Chine : la faiblesse de la demande entretient les déséquilibres
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Par Thuy Van Hebinck-Pham, Direction de la Recherche - Économiste de Groupama AM
La consommation des ménages reste le principal frein à l'économie chinoise
Les dernières statistiques confirment que la consommation des ménages demeure le principal point faible de l’économie. En mai 2026, les ventes au détail se sont contractées de 0,6 % sur un an (cf. graphique 1). Il s’agit de la première baisse depuis plus de 3 ans. Certes, une partie de ce recul s’explique par un effet de base défavorable après les programmes de subventions mis en place l’an dernier. Toutefois, la contre-performance est généralisée. Les dépenses discrétionnaires, telles que les loisirs, la restauration ou certains services, continuent de montrer des signes d’essoufflement. Les segments encore dynamiques, notamment les équipements de communication liés à l’IA, ont affiché un net ralentissement par rapport au début de l’année.
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Pourquoi les ménages chinois privilégient toujours l'épargne à la consommation
La faiblesse de la consommation reflète avant tout une dégradation durable du moral des consommateurs. L’indice de confiance évolue à des niveaux historiquement bas malgré la croissance de l’activité et les mesures de soutien mises en place par les autorités (cf. graphique 2). La crise immobilière, les incertitudes sur les revenus futurs et l’absence de protection sociale développée continuent d’inciter les ménages à privilégier l’épargne de précaution au détriment de la consommation. Les enquêtes de la Banque populaire de Chine montrent d’ailleurs que leur préférence pour l’épargne continue de progresser, atteignant un niveau historiquement élevé (plus de 60 % contre 45 % avant la pandémie, cf. graphique 3). En revanche, les intentions de consommation et d’investissement restent faibles.
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Les déséquilibres entre production et demande intérieure s'accentuent en Chine
Une telle évolution constitue un enjeu structurel majeur pour Pékin. La faiblesse de la demande intérieure intervient alors même que les capacités productives continuent de progresser. Soutenue par la politique industrielle ambitieuse et par le développement des secteurs technologiques, l’économie se trouve aujourd’hui confrontée à un déséquilibre croissant, entre une offre dynamique et une demande domestique insuffisante pour absorber l’ensemble de la production. Cette situation contribue à entretenir les surcapacités dans de nombreux secteurs industriels. Elle explique aussi en partie la persistance de faibles pressions inflationnistes malgré la remontée des prix à la production (cf. mail du 3 juin 2026, Chine : une reflation tirée par les coûts, pas par la demande).
Les exportations chinoises accentuent les tensions commerciales mondiales
Les conséquences dépassent le cadre domestique. En l’absence d’une demande intérieure robuste, les entreprises cherchent des débouchés à l’extérieur afin d’écouler leurs capacités de production excédentaires. Cette dynamique contribue à renforcer la présence de la Chine dans les chaînes de valeur mondiales, mais alimente les tensions commerciales avec ses principaux partenaires. Elle pourrait aussi conduire à une exportation des pressions déflationnistes vers le reste du monde. Les prix à l’exportation évoluent d’ailleurs à leur plus bas niveau depuis 2021 (cf. graphique 4).
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La confiance des ménages reste la clé de la croissance chinoise
Ainsi, sans amélioration significative de la confiance des ménages, la croissance continuera d’évoluer à deux vitesses. Les autorités devront alors s’appuyer davantage sur l’industrie et les exportations pour soutenir l’activité, au risque d’accentuer les déséquilibres internes et les tensions commerciales mondiales.
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Chine : Solide performance au premier trimestre 2025, mais le plus dur reste à venir
Publié le 23 Avr. 2025
En Chine, les statistiques du mois de mars ont montré une économie résiliente malgré des vents contraires. La production industrielle s’est fortement accélérée, notamment dans les secteurs des équipements, des machines électriques ou de l’automobile (cf. graphique 1). Cette performance confirme celle de l’activité à l’exportation. Malgré la hausse de 20 % des tarifs douaniers mise en place par les Etats-Unis vis-à-vis des produits chinois importés, les exportations de biens ont augmenté de 12 % sur un an. Parallèlement, la reprise des ventes au détail s’est élargie à un plus grand nombre de secteurs. Les investissements en infrastructures ont accéléré, tandis que les dépenses dans le secteur manufacturier sont restées résilientes. Enfin, les signes de stabilisation sur le marché immobilier se sont confirmés. Portée par la reprise des transactions dans les grandes villes, la baisse des prix des logements neufs et anciens a continué de ralentir (cf. graphique 2).

Au total, la croissance du PIB est ressortie plus forte que ce que nous avions anticipé : à +5,4 % sur un an (+5,0 % selon notre prévision de mars 2025). Une telle performance constitue une nouvelle encourageante pour les autorités et offre une marge de manœuvre pour atteindre l’objectif de croissance d’environ 5 % du PIB cette année. Nous restons toutefois vigilants. Cette vigueur de l’activité est de nature à être transitoire et le plus dur reste à venir pour l’économie chinoise :
- D’une part, elle a été amplifiée artificiellement par l’anticipation des exportations en prévision de nouvelles mesures tarifaires plus strictes. Le tableau externe va se dégrader plus fortement dans les prochains mois. Depuis début avril, les Etats-Unis ont imposé de nouvelles hausses de droit de douane pour les biens chinois importés, portant le tarif douanier effectif à 167 % (cf. graphique 3). Selon nos estimations, un tel niveau provoquerait une perte directe du PIB d’environ 4 points, si aucune négociation n’a lieu ou si aucune redirection des flux commerciaux n’est effectuée.
- D’autre part, elle a été soutenue par des efforts de relance du gouvernement. Notamment, la Chine a mis en place depuis le début de l’année des séries de mesures visant à élargir l'échelle de son programme d’échange de biens de consommation dans le but de stimuler la demande interne. La plus concrète consiste à allouer 300 milliards de yuans supplémentaires pour soutenir les subventions pour l’achat de nouvelles voitures, smartphones ou appareils électroménagers. Un tel dispositif ne peut soutenir la consommation durablement.
Dans ce contexte, alors que les États-Unis et la Chine sont entrés dans une nouvelle phase de confrontation et qu’il est peu probable qu’une résolution rapide soit trouvée dans un avenir proche, que va faire Pékin pour préserver la « stabilité économique » ? Nous pensons que les autorités vont poursuivre l’approche pragmatique et réactive :
- Politique monétaire : la dégradation de l’activité à l’exportation liée aux tarifs douaniers et les pressions déflationnistes justifieront de nouvelles actions, mais prudentes pour préserver la stabilité financière : nouvelle baisse du ratio des réserves obligatoires de banques (-100 points de base cette année) et de baisses graduelles des taux d’intérêt interbancaires.
- Politique de change : la banque centrale n’a aucune raison de dévaluer brutalement le taux de change. La stabilité financière reste un objectif politique essentiel, ce qui justifie le maintien quasi stable jusqu’ici de la parité de référence et l’ancrage à un niveau plus fort que le cours du marché malgré les hausses des droits de douane américains (cf. graphique 4). Une dévaluation soudaine pourrait in fine accélérer les sorties de capitaux et réduire la valeur des réserves en devises, à l’image de l’épisode 2015-2016. Nous n’excluons pas cependant une dévaluation graduelle pour maintenir la compétitivité, soutenir la croissance et préserver la stabilité financière.
- Politique budgétaire : un nouveau plan de relance est attendu, probablement lors de la prochaine réunion du Bureau Politique du Parti communiste (Poliburo) en juillet. Si les droits de douane restent en place tels qu’annoncés depuis le 2 avril et si les données montrent un fort ralentissement, Pékin pourrait approuver un plan de relance équivalent à au moins 2,5 % du PIB pour compenser les effets des tarifs sur les exportations chinoises. Le soutien à la consommation sera prioritaire.
- Réformes structurelles : bien que les mesures de relance puissent contribuer à stimuler la demande intérieure de la Chine à court terme, des réformes structurelles restent nécessaires pour rééquilibrer le modèle de croissance. La guerre commerciale pourrait forcer les autorités à accélérer le processus, notamment en ce qui concerne l’amélioration du système de protection sociale afin de réduire l’épargne de précaution. Ceci n’est pas à l’ordre du jour pour le moment.
En conclusion, nous maintenons nos prévisions de croissance à ce stade : 4,5 % en 2025 et 4 % en 2026 avec l’hypothèse que les négociations vont avoir lieu et avec succès. Elles seront abaissées d’au moins 1 % si la hausse des droits de douane demeure telle qu’annoncée depuis le 2 avril.

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