Le retour en grâce des valeurs à dividendes ? Avec Arnaud Raimon (Alienor Capital)

Nous allons parler aujourd'hui de valeurs à dividendes et de valeurs de rendement. Faisons un petit retour en arrière sur ces valeurs qui étaient un peu tombées en désuétude. Comment est-ce qu'on peut l'expliquer ?
On peut l'expliquer par le fait que ça s'est mal passé. En fait, tout se passait bien jusqu'à la crise de 2008. Les valeurs à dividende, les valeurs value intéressaient, les valeurs à dividende en particulier. Et puis, à partir de 2008-2009, beaucoup de secteurs ont connu à tour de rôle des problèmes importants, des secteurs à dividende. Et donc les gens s'en sont détournés en constatant que les modèles, les business models tournaient mal et que les dividendes étaient érodés d'année en année. Le secteur est tombé en désuétude, il ne restait plus dedans que des valeurs cycliques sur lesquelles il fallait rentrer, sortir, c'était compliqué. On a vu plein de fonds à dividendes qui se sont progressivement dénaturés en introduisant des valeurs de croissance dans les portefeuilles. C'est un thème qui a été tout doucement abandonné.
Si on en parle aujourd'hui, c'est que le thème redevient intéressant. Est-ce qu'on peut expliquer pourquoi ?
La principale raison, c'est que ces secteurs qui étaient structurellement à problème ont résolu leurs problèmes. C'est le cas des foncières cotées, c'est le cas des énergéticiens qui performent bien et dont les valeurs et les dividendes vont crescendo. C'est le cas des banques, c'est le cas de l'assurance. Il y a plein de beaux secteurs à dividende élevé et croissant, alors que c'étaient des secteurs à modèle et à dividendes décroissants jusqu'à il y a à peu près 18-24 mois. Et puis, il y a eu aussi beaucoup de belles sociétés, d'autres secteurs qui ont connu des problèmes ponctuels ces 18 derniers mois, mais dont les dividendes ont été maintenus par les conseils d'administration et donc mécaniquement le rendement en dividende a monté.
Faisons un focus sur un de ces secteurs.
Je propose de regarder les banques plus en détail parce qu'après le re-rating des banques ces trois dernières années, on pourrait penser que c'est terminé et nous ne le pensons pas. On pense que ça reste un très bon secteur à haut dividende auquel il faut s'intéresser parce que les dividendes vont continuer à progresser et les cours de bourse sont encore raisonnables en multiples. On serait avec des PE moyens de 9,5 sur des résultats qui vont aussi crescendo, donc le re-rating des valeurs n'est pas terminé et les dividendes vont continuer à monter.
Parlons des banques, pourquoi ça se passe bien sur les banques ?
Tout simplement parce que l'environnement de taux est porteur d'abord, donc pour la partie net interest income, c'est la marge d'intérêt, elles ont toujours ces marges importantes et donc ça permet au PNB d'aller crescendo. La normalisation des taux est faite, donc la hausse des PNB va être modeste, on parle de 2, 3, 4 % de hausse de PNB en rythme annuel. Mais à côté de ça, vous avez aussi un énorme effort de productivité qui est fait dans les banques. L'IA va y contribuer aussi d'ailleurs de façon significative dans les années qui viennent. Mais on voit bien que le ratio coût sur PNB baisse d'année en année dans les banques. Pour les banques les plus optimisées, on a un ratio coût sur PNB de l'ordre de 50 %, mais aujourd'hui on évoque même la possibilité de descendre à 35 ou 40 % dans les années qui viennent grâce aux plans de rationalisation qui sont mis en place et grâce aussi à ce que l'IA va permettre de faire en termes de productivité. Et puis en plus, comme le contexte économique est correct, la provision sur risque, sur créances douteuses, ne monte pas, elle est stable et à des niveaux bas. Donc tout ça aide à la croissance des bénéfices par action des banques en Europe.
Un autre type de valeur spécifique côté valeurs à dividende, c'est les anges déchus. Comment est-ce qu'ils s'intègrent au portefeuille ?
Qu'est-ce qu'ils apportent en termes de performance et de caractéristiques ? Les anges déchus, ce sont de belles valeurs qui sont dans des secteurs qui ne sont pas ceux qu'on a évoqués, mais qui ont connu, eux, des problèmes récents, ponctuels, mais qui peuvent être traités, dont les dividendes n'ont pas été baissés, même en cas d'activité un peu en souffrance, ou en tout cas de perception d'activité en souffrance. C'est par exemple le cas de Pernod Ricard. Pernod Ricard est tombé de 200 euros à 75 euros. Et le dividende a été maintenu, donc Pernod Ricard qui rendait à l'époque un peu plus de 2 % de rendement en dividende, rend aujourd'hui 5,50 % en dividende. Le dividende a été maintenu, c'est le cas aussi d'Edenred dont l'activité va, mais qui connaît quelques problèmes réglementaires dans certains pays, mais l'activité va bien et va crescendo. Il va y avoir une petite marge en baisse cette année en 2026 à cause de problèmes en Italie et aussi au Brésil, mais l'activité reste porteuse et le titre a énormément décoté. Pourtant, le dividende a été maintenu et même continue à monter d'année en année. Donc aujourd'hui, on a du rendement qui est de plus de 6 % sur Edenred. C'est aussi le cas, par exemple, de la Française des Jeux, qui a beaucoup baissé en bourse et pourtant, dont l'activité reste porteuse.
On va terminer avec les valeurs cycliques. On en a pas mal parlé. Est-ce que vous pensez qu'il y a encore du potentiel autour de ces valeurs, malgré l'année qui vient de s'écouler ?
Sur certains secteurs, oui. Sur d'autres, non. Parce que le re-rating a déjà eu lieu. Donc là, malheureusement, ce sont des secteurs traditionnellement riches en valeurs à dividende, mais des dividendes qui sont plus ou moins stables. Les secteurs sont cycliques ou alors les valorisations sont cycliques. Dans ces secteurs, par exemple, typiquement on avait les télécoms qui font du yo-yo en termes de valorisation. Les télécoms ont connu un re-rating important depuis 18 mois. Orange a beaucoup progressé en bourse, à peu près 70 % depuis 18 mois. Bouygues aussi a bien progressé. Donc c'est plutôt un secteur dont il faut s'éloigner, mais il y a des secteurs qui aujourd'hui redeviennent intéressants dans ces secteurs cycliques pour le dividende. C'est par exemple tout doucement le cas de l'automobile avec certaines valeurs. Alors là, il faut faire les choses avec doigté, mais on peut s'intéresser par exemple à Renault. C'est aussi surtout le cas par exemple pour la chimie. La chimie aujourd'hui redevient intéressante dans un cycle qui est en train de tout doucement redémarrer pour la chimie. On en est aux prémices, la chimie est très décotée, on a des rendements en dividende de 6 ou 7 % sur Solvay et Arkema, on peut s'intéresser à ce type de valeur.
On rappelle que vous avez lancé un fonds dédié à cette thématique des hauts dividendes. En deux mots, quel est son nom et quels sont ses objectifs ?
Alienor High Dividends Europe, c'est un fonds qui regroupe 47 valeurs et 13 secteurs, donc quand même bien diversifié. Il y a 6,3 % de rendement en dividende sur le fonds et une croissance attendue en 2026 de 3 % sur le dividende, donc ce n'est pas du dividende déclinant mais du dividende en croissance.
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