79% de la capacité mondiale de data centers exposée à un risque climatique aigu


Un triste « wake-up call »
Les incendies qui frappent actuellement le sud de la France de la Gironde au Var nous rappellent avec brutalité que le changement climatique n'est plus une menace lointaine. Il « s'impose » désormais dans notre quotidien, mais aussi dans les décisions d'investissement.
Nous nous appuyons ici sur étude qui a été publiée par First Street en juin dernier, un organisme américain qui vient d’être racheté par MSCI et spécialisé dans la modélisation des risques climatiques physiques. Ses analyses sont aujourd'hui largement utilisées par des investisseurs institutionnels, des banques, des assureurs, des agences publiques et des acteurs de l'immobilier pour intégrer les risques climatiques dans leurs décisions d'investissement.
Quand le climat devient un critère de sélection des data centers
L'intelligence artificielle est souvent présentée comme une révolution logicielle. Pourtant, elle repose sur une infrastructure extrêmement physique : des centres de données qui consomment d'immenses quantités d'électricité, d'eau et de systèmes de refroidissement.
Or c'est précisément cette infrastructure que le changement climatique commence à fragiliser.
Le rapport de First Street analyse 97 grands marchés mondiaux de data centers et aboutit à un constat saisissant : 54% de la capacité mondiale est déjà exposée à des risques climatiques chroniques, comme les vagues de chaleur ou le stress hydrique, tandis que 79% est située dans des zones présentant un risque élevé d'événements extrêmes, qu'il s'agisse d'inondations, de vents violents ou d'incendies.
Autrement dit, le risque climatique n'est plus un scénario extrême. Il devient une caractéristique structurelle des infrastructures numériques.

Un risque économique avant d'être environnemental
L'intérêt du rapport réside surtout dans son approche financière.
Les auteurs montrent que les risques chroniques et les risques aigus n'affectent pas les actifs de la même manière.
Les premiers dégradent progressivement la rentabilité : hausse des coûts d'électricité nécessaires au refroidissement, consommation d'eau plus importante, baisse d'efficacité des équipements.
Les seconds provoquent des chocs beaucoup plus brutaux : interruption d'activité, réparations, hausse des primes d'assurance, voire indisponibilité temporaire des installations.
Dans les deux cas, ce sont les flux de trésorerie futurs qui sont affectés. Et donc, à terme, la valeur des actifs.
Toutes les régions ne sont pas égales face au risque climatique
L'une des conclusions les plus intéressantes concerne la géographie des investissements.
Les grands pôles mondiaux des data centers, comme la Virginie du Nord, le Texas, Marseille ou Johor en Malaisie, concentrent déjà une part importante des capacités mondiales. Or plusieurs de ces régions figurent également parmi les plus exposées aux risques climatiques.
À l'inverse, les pays nordiques bénéficient d'un climat naturellement plus favorable au refroidissement des serveurs, d'une meilleure disponibilité énergétique et d'une exposition plus limitée aux événements climatiques extrêmes.
Pour les investisseurs, le choix d'un emplacement ne dépendra donc plus seulement du prix du foncier, de la connectivité ou de l'accès à l'électricité. Le climat devient progressivement une variable économique à part entière.
Le prochain avantage compétitif
Le rapport va plus loin encore.
Selon First Street, ces risques restent aujourd'hui insuffisamment intégrés dans les valorisations. Deux data centers présentant des caractéristiques techniques comparables peuvent être évalués de manière similaire, alors que leurs coûts futurs d'exploitation, d'assurance ou de financement pourraient diverger sensiblement en raison de leur exposition climatique.
Cette mauvaise prise en compte crée à la fois un risque pour certains actifs… mais aussi des opportunités pour les investisseurs capables d'intégrer ces paramètres avant le marché.
Conclusion
La révolution de l'intelligence artificielle est souvent analysée sous l'angle des semi-conducteurs, des logiciels ou des hyperscalers. Le rapport de First Street rappelle qu'elle repose aussi sur des infrastructures physiques dont la performance dépend de plus en plus… du climat.
À mesure que les besoins en calcul explosent, la localisation des data centers pourrait devenir un facteur aussi stratégique que la puissance des processeurs qu'ils hébergent. Et dans ce nouvel environnement, le climat n'est plus seulement un enjeu environnemental : il devient progressivement un facteur de valorisation des actifs.
Par Gérald Grant, Fundesys
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79% de la capacité mondiale de data centers exposée à un risque climatique aigu

Le climat devient progressivement une variable économique à part entière
Vagues de chaleur, stress hydrique, incendies : comment le changement climatique redessine la géographie des data centers et leur valorisation.
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