L’ère post-Buffett : quel avenir pour le modèle Berkshire ? Eric Lafrenière, Sunny AM
Commençons avec notre traditionnel récap de la semaine. Qu'est-ce qu'il faut retenir des marchés ?
Les marchés américains ont légèrement corrigé avec un S&P en baisse de 0,4% sur la semaine. Le mois de février se termine ainsi sur un recul de 0,9%. C'est seulement la deuxième baisse mensuelle depuis avril 2025. Rien de dramatique à ce stade, mais un signal clair, le marché marque une pause. Depuis le début de l'année, le S&P 500 évolue dans un couloir étroit entre 6800 et 7000 points. Nous sommes dans une phase de consolidation sans véritable catalyseur directionnel. La saison des résultats du quatrième trimestre touche à sa fin. La question clé devient donc, qu'est-ce qui permettra de sortir de ce range ? La réponse pourrait venir de la macro et en particulier du marché de l'emploi.
Justement, côté macro, qu'est-ce qu'il fallait retenir ?
Donc pour cette semaine à venir, mercredi, place à l'ISM des services qui est attendue stable à 53,8. Le même jour, on aura la Réserve fédérale qui publiera son « Beige Book », un rapport qualitatif basé sur le retour des 12 banques régionales qui donnera une photographie fine de la dynamique économique sur le terrain. Le moment clé, ce sera vendredi avec le rapport sur l'emploi publié par le Bureau of Labor Statistics. Les économistes anticipent 60 000 créations d'emplois en février après les 130 000 en janvier et un taux de chômage qui devrait rester stable à 4,3%. Le chiffre de janvier avait rassuré sur la solidité du marché du travail. Cette nouvelle publication sera déterminante pour la trajectoire des taux. Christopher Waller, gouverneur de la Fed, a récemment indiqué qu'une baisse des taux en mars serait proche d'un pile ou face. Et enfin, on aura les ventes au détail de janvier qui sont attendues en baisse de 0,3%, ce qui permettra d'évaluer la dynamique de la consommation.
Et côté micro, est-ce qu'il y a des choses à surveiller ?
Oui, le calendrier est plutôt léger au mois de mars, mais quelques poids lourds publieront cette semaine. Je retiens CrowdStrike et Target mardi, Broadcom mercredi et Costco Wholesale jeudi. Des publications notamment importantes pour juger un peu de la dynamique de la consommation et d'un sous-secteur de la tech.
Notre sujet de la semaine, c'est la réunion de Berkshire Hathaway, la première lettre publiée sans Warren Buffett. Qu'est-ce qu'il faut retenir de cette lettre ?
Oui, donc pour la première fois depuis 60 ans, la lettre annuelle aux actionnaires de Berkshire n'est pas signée par Warren Buffett, mais par son successeur Greg Abel, devenu officiellement CEO au 1er janvier. À 63 ans, Greg Abel entame son mandat avec un exercice extrêmement scruté. Sa première lettre, plus longue que celle de Buffett, donne immédiatement le ton « Continuité, discipline et vision de long terme ». Il rappelle que l'horizon des actionnaires dépasse celui de n'importe quel dirigeant. Il ne sera évidemment pas en poste pendant 60 ans, glisse-t-il avec réalisme, mais son ambition est claire, dans 20 ans Berkshire devrait être encore plus fort qu'aujourd'hui. Le message est rassurant. Abel rend hommage à Buffett, qu'il qualifie de plus grand investisseur de tous les temps, mais il ne cherchera pas à l'imiter. Son style est plus structuré, plus technique, moins narratif. Moins d'anecdotes, moins de métaphores, davantage d'explications détaillées sur le métier du groupe et son fonctionnement en interne. On sent la volonté de démontrer une parfaite maîtrise de l'ensemble des activités. Il insiste particulièrement sur l'ADN de Berkshire, un modèle qui est très décentralisé, une discipline stricte dans l'allocation du capital, une solidité financière exceptionnelle et une culture d'intégrité appelée à perdurer. Aucun changement majeur n'a été annoncé, pas de dividendes en vue pour l'instant, même si la porte n'est pas totalement fermée. Les rachats d'actions restent un outil à disposition. Buffett, désormais président du Conseil, restera présent et disponible pour échanger sur les grandes décisions d'investissement.
Justement, la grande question, c'est ces décisions d'investissement.
Qui pilote réellement le portefeuille actions ? Abel écrit que la responsabilité ultime lui revient en tant que CEO. Pourtant, il n'a pas d'expérience directe de gérant. Ted Weschler continue à gérer environ 6% des investissements, soit à peine plus qu'auparavant. Beaucoup s'attendaient à un rôle élargi pour lui après le retrait opérationnel de Buffett. Ce statu quo interroge donc. Berkshire va-t-il progressivement réduire le poids stratégique de l'investissement en actions dans sa création de valeur ? Autre point marquant de cette lettre, Abel identifie clairement quatre participations qu'il considère comme des piliers long terme, Apple, American Express, Coca-Cola et Moody's, des entreprises que Berkshire comprend en profondeur et qu'elle estime capables de composer sur plusieurs décennies. En revanche, Bank of America et Chevron, pourtant des positions majeures, ne figurent pas explicitement dans cette catégorie stratégique. Un élément reste en arrière-plan, la trésorerie colossale de Berkshire, plus de 370 milliards de dollars. La lettre ne donne pas d'indication précise sur son usage futur. C'est peut-être là que se jouera une partie importante de la création de valeur des prochaines années. L'ère post-Buffett commence sans fracas, mais avec beaucoup d'attention et le marché, lui, observe chaque détail.
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