Crédit : un optimisme justifié par la santé des entreprises ?



Malgré la guerre au Moyen-Orient et les évolutions du discours des banques centrales, les investisseurs continuent de soutenir les marchés obligataires. Une confiance qui repose sur une macroéconomie résiliente et sur l'idée que les tensions actuelles resteront temporaires. Explications avec Akram Gharbi, Responsable de la gestion High Yield et obligations convertibles de Crédit Mutuel AM, Christophe Roche, Dirigeant Fondateur d'Octopus Patrimoine et Sébastien Delattre, Associé Gérant d'Ambre Patrimoine.
Voir le Face au marché au complet : Quelle stratégie crédit dans un contexte volatil ?
Vincent Touraine : Où en sont les marchés de taux et de crédit en particulier à l'heure où la volatilité ou l'inflation font la tendance sur les marchés ? C'est la première partie de ce Face au Marché consacré à Crédit Mutuel AM avec vous Akram Gharbi et nos deux experts que sont Christophe Roche et Sébastien Delattre. Mais avant qu'ils ne vous posent leurs questions, un petit mot de présentation rapide de Crédit Mutuel Asset Management, qu'est-ce qu'il faut retenir ?
Une résilience des marchés de crédit face à un environnement incertain
Akram Gharbi : Le Crédit Mutuel Asset Management, c'est l'entité de gestion d'actifs du groupe Crédit Mutuel Alliance Fédérale. On gère à peu près 170 milliards d'euros sous gestion et avec plusieurs expertises. Donc ça va du monétaire au crédit Investment Grade, au crédit High Yield, aux actions internationales, actions européennes, etc. Et puis on a d'autres expertises de niche par ailleurs.
Vincent Touraine : Quelle est la place de La Française ?
Akram Gharbi : La Française, bien connue des CGP, c'est l'entité de distribution du groupe Crédit Mutuel AM en externe. Et donc, oui, c'est sous la gamme La Française aussi bien en France qu'à l'étranger. C'est là où intervient La Française.
Pourquoi les marchés du crédit continuent de faire preuve de résistance
Sébastien Delattre : Depuis le début de l'année, les marchés de crédit semblent plutôt bien résister malgré l'environnement qui est plutôt complexe. Est-ce que c'est une résilience qui peut être durable, une forme de complaisance ou un repricing du marché qui n'a pas encore vraiment eu lieu ?
Akram Gharbi : Oui, question pas simple. Effectivement, si on va depuis le début d'année, on a un marché crédit comme l'ensemble des classes d'actifs à risque qui est plutôt résistant. Le marché qui souffre probablement le plus, c'est le marché européen à cause de la guerre en cours. Là où les primes de risque sont toujours à l'écartement depuis le début du conflit, à peu près d'une dizaine de points de base, alors qu'on voit le marché américain ou les marchés émergents, on a des primes de risque qui sont 30 centimes en dessous, fin février, avec le début de la guerre. Donc c'est des marchés résistants.
La question, est-ce que c'est complaisant, est-ce que c'est justifié ? Je dirais quelque part que c'est un peu justifié compte tenu des fondamentaux des entreprises. Parce qu'aujourd'hui, la situation, c'est que les fondamentaux des entreprises sont plutôt bons. Et on l'a vu récemment avec les publications. Il n'y a pas de besoin de liquidité. Si on parle du marché crédit, le taux de défaut est très faible. Il va le rester parce que les nouveaux leviers, la liquidité des entreprises, elle est bonne. Donc on a une macroéconomie qui tient plutôt bien.
Sachant qu'en face, on a aussi des banques centrales, même s'ils commencent un petit peu à changer de discours, qui restent plutôt ce qu'on appelle dovish. Surtout, si on parle de la Fed. Donc je dirais que c'est justifié, et surtout le marché, pour aller au bout, pense que le conflit va être de courte durée.
Le conflit au Moyen-Orient, évidemment, ne pense pas que c'est un conflit qui va durer parce que chacun a intérêt à arrêter cette guerre et puis il faudrait juste qu'il trouve une porte de sortie par le haut, aussi bien Trump que les Iraniens, etc. Mais c'est ça le scénario du marché. Et donc voilà, si peut-être la guerre s'enlise et puis le prix du baril monte à 150, oui, je pense que le contexte peut changer.
Banques centrales : faut-il croire à plusieurs hausses de taux de la BCE ?
Christophe Roche : Oui, Akram, vous m'avez tendu une perche avec les banques centrales. On attendait tous, vendredi dernier, les annonces de Mme Lagarde. On est passé à un cheveu, a priori, d'une petite hausse du taux directeur. Ça n'a pas été le cas. Ça a été maintenu. Mais pour autant, on nous annonce très certainement une hausse au mois de juin. Dans ce contexte, comment vous positionnez-vous par rapport à la gestion ?
Akram Gharbi : Effectivement, aujourd'hui, si on voit le marché, il s'attend à trois hausses de taux au niveau de la BCE, dont la première qui commence en juin. Donc on parle de 75 centimes de hausse des taux. C'est beaucoup. Côté Fed, Banque centrale américaine, il faut toujours regarder la Fed parce que c'est la Fed qui fait le marché. D'autant qu'on va avoir un nouveau président.
La Fed, on ne s'attend à rien, sachant qu'au début de l'année, on s'attendait à une baisse de 100 points de base. Aujourd'hui, le marché dit qu'il n'y aura pas de baisse de taux. Et puis sur la BCE, trois hausses de taux.
La question, est-ce qu'on y croit ou non ? Moi, personnellement, je ne crois pas qu'il y aura trois hausses de taux de la BCE. Pourquoi ? Parce qu'on peut monter les taux, ça ne changera rien à la situation du détroit d'Ormuz. Ce n'est pas ça qui va résoudre le problème.
Vincent Touraine : Mais ça peut calmer l'inflation.
Akram Gharbi : Oui. Mais la question, est-ce que cette inflation est durable ou est-ce que plutôt, à un moment donné, les choses vont se normaliser ? Et tout dépendra de la durée du conflit. Aujourd'hui, clairement, moi, je pense que la BCE va faire probablement une hausse des taux à 3.
Une opportunité sur les obligations selon Crédit Mutuel AM
Et donc pour répondre à votre question de façon très précise, le marché price 3, donc je pense qu'aujourd'hui, en tout cas nous ce qu'on fait dans les portefeuilles, on est acheteur, donc on est plutôt long sensi, parce qu'on pense qu'il y a une opportunité là-bas, au niveau des taux, on trouve que c'est des niveaux qui deviennent attractifs. Sur nos portefeuilles crédit, on est long sensi pour profiter de cette situation parce qu'on ne croit pas à trois hausses de taux.
Le marché High Yield valorise-t-il correctement le risque de défaut ?
Sébastien Delattre : Dans le contexte de ralentissement économique d'aujourd'hui, on a eu les publications là pour le premier trimestre, en France pas de croissance du tout, est-ce que sur le segment du High Yield, les spreads de crédit pricent suffisamment le risque de défaut ?
Akram Gharbi : Aujourd'hui, si on regarde les spreads High Yield, en Europe, on est à peu près à 285 points de base, ce qui correspond à un taux implicite de défaut à horizon 12 mois de l'ordre de 2,5 %. Tout dépendra de quel est le taux de recovery qu'on prend en face. Mais le marché, sur le marché européen, je pense qu'il y a un taux de défaut qui sera entre 2,5 %.
La question, est-ce que le marché a raison ou non ? Est-ce que c'est juste ? Ou est-ce qu'on peut penser que le taux de défaut peut être significativement au-delà de 2,5 % ?
Nous, nos hypothèses, depuis le début de l'année, c'est notre discours, on pense que le taux de défaut sur le marché européen sera plutôt de 2 %. Donc on pense qu'il n'y a pas de raison que les taux de défaut montent. La raison très simple, c'est que même si le contexte est compliqué, ça, effectivement, il y a beaucoup d'incertitudes, c'est que les fondamentaux, encore on revient à la base, des entreprises, elles restent bonnes plutôt. La liquidité reste bonne.
Vincent Touraine : Et nous, on reste là pour cette première partie. Le temps passe très vite, je le conçois. C'est la fin de la première partie de ce Face au Marché. À suivre, on s'intéresse aux différentes stratégies crédit de Crédit Mutuel Asset Management et sur leurs pertinences dans le contexte actuel. Restez avec nous.
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