Le livret A mobilisé pour financer les nouveaux réacteurs nucléaires ?

L’État confirme un financement public massif pour relancer le nucléaire
Le gouvernement entend mobiliser l’épargne réglementée pour soutenir la relance du nucléaire en France. À l’occasion d’un conseil de politique nucléaire organisé jeudi 12 mars sur le site de la centrale de Penly, en Seine-Maritime, Emmanuel Macron a confirmé le principe d’un financement public massif pour la construction d’au moins six nouveaux réacteurs EPR 2. Il s’agit du cinquième conseil de politique nucléaire organisé depuis 2022, et du premier tenu hors de Paris. Le déplacement du chef de l’État sur un site nucléaire du groupe EDF marque une nouvelle étape dans la stratégie énergétique française, l’atome restant la principale source de production d’électricité dans le pays.
Le programme prévoit la construction de six réacteurs de grande puissance, installés par paire sur trois sites existants : Penly, Gravelines dans le Nord et le Bugey dans l’Ain. L’ensemble du projet, qualifié de « chantier du siècle » par l’exécutif, vise à renouveler une partie du parc nucléaire français. Le coût total du programme est estimé à 72,8 milliards d’euros. La décision finale d’investissement doit être prise par EDF d’ici la fin de l’année 2026, pour une première mise en service envisagée autour de 2038.
Le Livret A mobilisé via le fonds d’épargne de la Caisse des dépôts
Pour financer ce programme industriel, l’État souhaite mobiliser le fonds d’épargne géré par la Caisse des dépôts. Ce mécanisme centralise une partie de l’épargne réglementée collectée sur le Livret A, le Livret de développement durable et solidaire et le Livret d’épargne populaire. Si la Commission européenne valide ce dispositif, ce fonds d’épargne permettra d’alimenter un prêt bonifié de l’État destiné à EDF. Selon l’Élysée, ce financement pourrait couvrir jusqu’à 60 % du coût total du programme EPR 2. Concrètement, l’épargne réglementée pourrait soutenir un prêt compris entre 3 et 4 milliards d’euros par an sur une période d’environ quinze ans, soit un volume global estimé entre 45 et 60 milliards d’euros.
Le dispositif s’accompagnera également d’un mécanisme de stabilisation du prix de l’électricité produite par ces futurs réacteurs. Celui-ci serait plafonné à 100 euros par mégawattheure afin de sécuriser les investissements nécessaires à la construction des centrales.
Une évolution historique du rôle de l’épargne réglementée
Jusqu’à présent, ce fonds finançait principalement des politiques publiques d’intérêt général comme le logement social, les infrastructures locales ou certaines activités de soutien aux PME.
Fin janvier 2026, l’encours total de l’épargne réglementée atteint des montants considérables. Les Français détiennent environ 447,8 milliards d’euros sur le Livret A, auxquels s’ajoutent 165,2 milliards d’euros sur le LDDS et 83,8 milliards d’euros sur le LEP. La Caisse des dépôts centralise environ 60 % de ces dépôts pour financer ses missions d’intérêt général.
Dans ce nouveau dispositif, la CDC prévoit d’intégrer le financement du nucléaire en ajustant la répartition de ses investissements, notamment en réduisant une partie de ses placements sur les marchés financiers. Pour les épargnants, les caractéristiques du Livret A restent inchangées : le capital demeure garanti par l’État et les dépôts restent disponibles à tout moment.
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Le logement social au cœur des inquiétudes
La mobilisation de l’épargne réglementée vers le nucléaire suscite néanmoins certaines interrogations, notamment sur les conséquences pour le financement du logement social, qui constitue historiquement la mission prioritaire du fonds d’épargne.
En 2024, les prêts accordés au secteur du logement social ont atteint 20,9 milliards d’euros. Les collectivités locales ont également bénéficié de 7,6 milliards d’euros de financements.
Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, assure que cette priorité sera maintenue et que l’intégration du nucléaire dans le fonds d’épargne n’affectera pas les volumes de financement destinés aux bailleurs sociaux. Certaines associations de consommateurs, comme l’UFC-Que Choisir, évoquent toutefois un possible effet d’éviction indirect si la collecte de l’épargne réglementée venait à ralentir.
Un outil de souveraineté énergétique et industrielle
Au-delà de l’ingénierie financière, le choix du gouvernement s’inscrit dans une stratégie plus large de souveraineté énergétique. L’exécutif mise sur la stabilité des dépôts de l’épargne réglementée pour sécuriser le financement d’infrastructures énergétiques conçues pour fonctionner pendant plusieurs décennies.
Cette orientation apparaît également plus consensuelle politiquement que d’autres pistes envisagées, comme le fléchage de l’épargne vers l’industrie de défense. Le nucléaire bénéficie en effet d’un argumentaire combinant indépendance énergétique et décarbonation de la production d’électricité.
La mise en œuvre du dispositif devra néanmoins être validée par la Commission européenne au regard des règles de concurrence du marché de l’énergie. Elle devra également faire l’objet d’un arbitrage dans le cadre d’une loi de finances.
La réussite du plan dépendra enfin de la capacité d’EDF à maîtriser les coûts et les délais de construction de ces nouveaux réacteurs.
Sources : Le Monde, La Tribune, Cercle des Épargnants
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