Piratage du fisc : une 3ème fuite, cette fois sur les successions, quelles précautions pour les contribuables ?

Après les données fiscales des contribuables et les informations cadastrales, la DGFiP a confirmé mardi 18 août une troisième fuite, cette fois liée aux successions. L'accès frauduleux, repéré la veille par les services de l'État, a été coupé rapidement.
Cette nouvelle brèche survient moins d'une semaine après les premières révélations. Plusieurs centaines de milliers de particuliers et de professionnels sont touchés par les fuites précédentes, dont certaines portent sur des informations fiscales sensibles. Face à cette accumulation d'incidents, le ministre de l'Action et des Comptes publics, David Amiel, a présenté ses excuses et annoncé plusieurs mesures pour renforcer la cybersécurité de l'administration.
Une nouvelle fuite de données touche le portail des successions
La directrice générale des finances publiques, Amélie Verdier, a confirmé un accès non autorisé à un portail consacré aux successions. Détecté le 17 août, il a été bloqué rapidement.
La DGFiP juge cependant cet incident nettement moins grave que les précédents. La brèche « n'est vraiment pas du tout de la même ampleur », a précisé Amélie Verdier, qui compare les informations concernées à celles que l'on trouve dans des annonces légales publiques, autrement dit, des données déjà largement accessibles.
L'attaquant a pu consulter l'historique des demandes effectuées sur un portail public qui permet de savoir si une personne débitrice décédée laisse un héritier vers qui un créancier peut se tourner.
« Ce n'est pas du tout de la même ampleur car c'est un outil accessible à tous et l'attaquant a eu accès à un journal de demande », a-t-elle résumé.
Pour l'instant, rien ne permet de dire si cette intrusion est l'œuvre des mêmes auteurs que les autres incidents ayant visé les données fiscales et cadastrales.
Des données fiscales et cadastrales déjà compromises
La fuite liée aux successions est le dernier épisode d'une série commencée quelques jours plus tôt. Dès le 12 août, un premier accès frauduleux avait été rendu public. Il avait permis de consulter des informations sur des contribuables particuliers et professionnels, notamment via des historiques d'échanges avec l'administration fiscale.
Parmi les données récupérées figurent des éléments d'identification personnelle, mais aussi l'adresse, le taux de prélèvement à la source, le quotient familial ou encore le revenu fiscal de référence.
Les chiffres varient selon les sources. La DGFiP évoque au moins 678 000 comptes de particuliers et professionnels touchés par le vol. Le détail présenté par le gouvernement le 18 août ramène cette première fuite à 350 000 particuliers.
Dès le lendemain des premières révélations, le 13 août, les données cadastrales sont à leur tour apparues dans le périmètre des informations compromises. Selon le gouvernement, l'accès au service des données professionnelles cadastrales concerne au maximum 433 485 particuliers et 1 082 professionnels. L'administration avait d'abord parlé d'environ 200 000 comptes dans ses fichiers cadastraux. Une autre estimation, citée par ailleurs, avance le chiffre de 1,8 M de comptes. Ces chiffres ne portant pas sur le même périmètre, impossible d'en tirer un total unique.
Derrière ces différents accès, la compromission d'identifiants constitue un point commun important. Les pirates auraient récupéré ceux d'au moins 3 personnes ayant accès à ces informations : l'une travaillait au sein de l'administration fiscale, une autre dans une administration différente, et la troisième serait, selon les éléments communiqués par le ministère, un élu.
C'est dans cette succession d'incidents qu'est intervenue, le 17 août, la détection de l'accès au portail lié aux successions. Contrairement aux informations fiscales et cadastrales déjà compromises, la DGFiP considère les données accessibles sur ce portail comme nettement moins sensibles.
La DGFiP annonce un plan pour renforcer sa cybersécurité
Face à cette série d'incidents, David Amiel a présenté des excuses au nom de l'administration. « Oui, nous nous excusons, parce que ce qui est arrivé est insupportable pour les Français », a-t-il déclaré. Amélie Verdier a fait de même. Le ministre reconnaît des failles bien réelles : « Nos systèmes d'information comportent des faiblesses ». Il a aussi insisté sur l'accueil des contribuables inquiets pour la sécurité de leurs données : un usager qui se tourne vers les services des impôts doit, selon lui, « être accueilli avec le plus grand respect ». Cette remarque fait écho à une capture d'écran diffusée sur X, montrant la réponse peu amène d'un agent du fisc à un internaute qui s'inquiétait.
Bercy a détaillé plusieurs mesures pour muscler la protection des systèmes de la DGFiP. Une partie du plan vise « la lutte contre la compromission des comptes des agents », un point directement lié à la manière dont les intrusions ont eu lieu. Le gouvernement annonce également un renforcement de la formation cyber des agents.
David Amiel a par ailleurs demandé que des tests soient menés « avec des intelligences artificielles sous contrôle », estimant que les progrès de ces outils augmentent aussi les risques auxquels l'administration doit faire face.
Le parquet de Paris a ouvert une enquête, notamment pour « extraction frauduleuse de données » et « association de malfaiteurs ». Le groupe ZéroBytes, présenté comme l'auteur présumé du vol de données fiscales, affirme de son côté avoir revendu les informations dérobées.
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Fuite de données du fisc : quelle vigilance pour les contribuables ?
Pour les personnes touchées par les fuites fiscales, le risque principal tient désormais à l'usage frauduleux de ces informations : des données réelles peuvent rendre plus crédibles des tentatives d'hameçonnage ou faciliter une usurpation d'identité.
L'administration a commencé à contacter les plus de 350 000 particuliers concernés par la première fuite, pour leur préciser quelles informations ont été compromises et les sensibiliser aux risques.
Il est donc conseillé d'examiner avec attention les courriels et autres sollicitations qui font référence à sa situation fiscale ou à des informations personnelles. Le fait qu'un message contienne des données exactes ne garantit pas qu'il vient réellement de l'administration : certaines de ces informations font justement partie de celles qui ont fuité.
Mieux vaut aussi se méfier des demandes invitant à transmettre de nouvelles informations personnelles ou à cliquer sur un lien reçu par message. Les personnes contactées par la DGFiP ont intérêt à prendre connaissance précisément des données signalées comme compromises, pour mieux repérer les tentatives de fraude qui pourraient s'appuyer dessus.
Bercy se veut toutefois rassurant sur un point : les espaces personnels sur impots.gouv.fr n'ont pas été compromis, pas plus que les identifiants et mots de passe des usagers. Il n'est donc pas nécessaire de les modifier en urgence. Un repère simple permet par ailleurs de distinguer un vrai message de la DGFiP d'une tentative d'arnaque : les adresses officielles se terminent toujours par « @dgfip.finances.gouv.fr », et le courriel envoyé aux contribuables concernés ne contient aucun lien cliquable. Pour toute vérification, mieux vaut saisir soi-même l'adresse impots.gouv.fr dans son navigateur plutôt que de suivre un lien reçu par message.
L'administration recommande également de surveiller ses comptes bancaires dans les prochaines semaines et de signaler sans tarder à sa banque toute opération inhabituelle. Les messages ou sites suspects peuvent quant à eux être signalés via la plateforme cybermalveillance.gouv.fr. Enfin, aucun outil public ne permet de vérifier soi-même si l'on figure parmi les personnes concernées : tout site qui propose ce service en échange d'informations personnelles est à fuir.
Sources : Le Figaro, Le Monde, Libération, Capital
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