Produits structurés : quel sous-jacent privilégier dans le contexte actuel ?

À l’occasion du MidSommar 2026 de la CNCGP, Martin Detroyat, Responsable de la distribution en France de SILEX, et Gustave Debois-Frogé, Directeur régional Île-de-France d’Equitim, analysent l’impact de la remontée des taux sur les produits structurés. Ils reviennent sur les sous-jacents à privilégier dans un environnement de marché incertain, l’intérêt croissant des indices transatlantiques et les réponses apportées aux interrogations récurrentes sur la complexité et le risque de cette classe d’actifs.
Que change la hausse des taux actuelle justement pour les produits structurés ?
Martin Detroyat : La hausse des taux a eu un double effet. C'est ce qui nous met, nous, un petit peu dans cette position un petit peu schizophrène, c'est-à-dire qu'à la fois, on en est content pour les nouvelles émissions de produits structurés qu'on fait sur ces produits dits à capital garanti, donc des produits de taux qui peuvent être basés soit sur le CMS, soit sur l'Euribor. Pour autant, ça nous met aussi dans une position un petit peu plus délicate pour les produits qui auraient été lancés il y a de ça un an, un an ou deux sur des niveaux de taux qui étaient un tout petit peu plus bas. En décembre 2024, on était quand même sur des niveaux de taux CMS 10 ans qui étaient proches de 2 %. Aujourd'hui, on revient un petit peu plus au-dessus de 3 %. Donc, forcément, ça, c'est un double effet. Ça nous permet de lancer des produits avec de meilleures conditions aujourd'hui. Pour autant, ce qui a été lancé par le passé nécessite un petit peu de SAV. Je tiens quand même à chaque fois à rappeler que ces produits sont toujours à capital garanti. Donc, ce qui est désagréable, ce n'est que la VL à un instant T.
Qu'est-ce qu'on peut prévoir sur la deuxième partie de l'année ?
Gustave Debois-Frogé : Effectivement, déjà pour nous, la deuxième partie de l'année a déjà bien commencé. Aujourd'hui, depuis le début de l'année, on voit du coup un attrait assez fort sur les produits, notamment indiciels. Notamment transatlantiques, on va chercher des thématiques et surtout, je le disais, chercher des expositions géographiques un peu plus larges. Ce qui passe notamment par des produits avec des indices, des paniers d'actions un peu plus diversifiés.
Voir aussi : Comment les produits structurés s’adaptent-ils à un environnement incertain ?
Quel type de produits et de sous-jacents il faut privilégier ?
Martin Detroyat : Aujourd'hui, si on considère que les marchés sont effectivement un petit peu hauts, on pensait que ce qui se passait d'un point de vue géopolitique allait rebattre un peu les cartes sur les marchés. Il n'en est pas forcément ainsi, à part sur quelques secteurs du luxe qui ont effectivement pâti de ce nouvel environnement. Le reste des marchés se porte plutôt bien. On va éviter de commenter vraiment ce qui se passe au jour le jour. Mais en tout cas, les indices, c'est assez compliqué. Et puis surtout, on est un petit peu tributaire du moindre tweet qui peut un petit peu rebattre les cartes. Mais aujourd'hui, les marchés peuvent être vus comme étant un petit peu hauts. Nous, on a tendance aujourd'hui, pour les clients qui sont un petit peu frileux à venir s'exposer sur le marché actions, en tout cas à rester effectivement sur des indices, à diversifier au maximum sur du transatlantique, sur du multisectoriel. Et puis, pourquoi pas utiliser le mécanisme de phœnix qui va permettre de distribuer un coupon en cours de vie jusqu'à un certain niveau de baisse de cet indice. Phœnix mémoire, toujours. On ne sait jamais jusqu'à quel niveau les marchés pourraient baisser. Donc, autant mettre en mémoire le temps que ça rebondisse. Alors, un exemple de produit, justement, que vous proposez en ce moment sur un indice qu'on a lancé chez SILEX. On a la capacité, on a une équipe de recherche pour lancer nos propres indices que derrière, on lance en architecture ouverte auprès de nos partenaires émetteurs. On a un phœnix mémoire de ce type-là, avec une barrière de distribution trimestrielle dès le premier trimestre jusqu'à une baisse de 30 % de l'indice, de cet indice transatlantique, un coupon de 8,65 % par an, une protection à moins 50 %. Et on a juste mis une petite particularité, c'est que le rappel se fait à partir du quatrième trimestre jusqu'à une baisse de 5 % de l'indice. Donc, on s'autorise même un point d'entrée qui pourrait être à 5 % plus bas pour que le produit puisse être rappelé dès les premières constatations.
Lire aussi : Produits structurés : allocation, mécanique et optimisation du couple rendement / risque
C'est quoi un indice transatlantique ?
Gustave Debois-Frogé : Effectivement, très bonne question. C'est un mix des deux, souvent 50 % de thématiques, donc des actions sous-jacentes européennes, et 50 % d'actions transatlantiques, souvent américaines, mais de ce continent-là. Aujourd'hui, on aime bien, et notamment depuis le début de l'année, ce qui n'était pas forcément le cas sur les dernières années, aller chercher de la diversification dans un marché qui est un peu plus incertain et donc aller sur du géographiquement diversifié. On a vu très récemment arriver des indices, notamment avec des composants asiatiques dedans qui avaient parfois baissé. Donc, on trouve ça intéressant d'en rajouter dans les portefeuilles, surtout quand nos partenaires et nos investisseurs n'en ont pas forcément.
Un exemple qui illustre cela que vous proposez, vous, en ce moment.
Gustave Debois-Frogé : Effectivement, en travaillant ce type d'indices, je reviens là-dessus, sur des thématiques monde, aller chercher des valeurs asiatiques qu'on n'a pas forcément vues, d'autres valeurs de l'Inde et ainsi de suite qui nous ont pas mal portés récemment et dans lesquelles on trouve un intérêt assez fort dans un marché qui a pu baisser récemment.
On entend dire que les produits structurés sont opaques, risqués. Qu'est-ce que vous répondez à cela ?
Martin Detroyat : C'est vrai que c'est ce qu'on entend souvent. On tourne pas mal dans des séminaires, dans des réunions et c'est souvent ce qu'on oppose aux produits structurés, cette forme d'opacité. Moi, j'ai juste envie de dire : prenons le temps, à chacun des partenaires qui pensent ça, de soulever un petit peu le capot et de regarder ensemble ce qu'il y a à l'intérieur. D'opaque, il n'y a qu'éventuellement une formule mathématique qui peut être effectivement un petit peu complexe à comprendre. Mais en termes de mécanisme, il n'y aura pas de mauvaise surprise. Les mécanismes sont parfaitement connus à l'avance et suivront un scénario de marché. Est-ce qu'on a raison ? Est-ce qu'on a tort ? Ça, ce sera l'avenir qui nous le dira. Ce seront les marchés financiers qui feront que le produit va fonctionner ou non. Et après, au niveau du risque, parce que chaque produit structuré comporte aussi un risque. Il y en a qui sont plus risqués que d'autres. Et ça, c'est le rôle du partenaire, de notre partenaire conseiller en gestion de patrimoine, d'adapter le niveau de risque du produit au profil de risque du client. Et là, on est là pour l'accompagner et bien lui faire matérialiser effectivement le risque que comporte chaque produit, que ce soit sur le risque de perte en capital ou de VL.
Gustave Debois-Frogé : Oui, effectivement, pour terminer, mais plus dans une vision macro. Aujourd'hui, on est dans un marché qui devient plus mature. Donc, il faut s'appuyer sur des partenaires de qualité, de référence. Aujourd'hui, plus que vendre un produit structuré, c'est le comprendre, le définir, mesurer les différentes options. On a créé notamment une association qui s'appelle France Produits Structurés, à laquelle nous faisons tous les deux partie, qui permet justement de porter cette parole un peu plus globale d'un marché mature avec les acteurs de référence du domaine, ce qui nous paraît aujourd'hui très important à ce niveau.
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Retour sur notre interview sur le même sujet lors des Défis du patrimoine publié le 20 Févr. 2026 :
Dans un environnement marqué par des tensions géopolitiques persistantes et des incertitudes sur l’évolution des taux en 2026, la construction d’allocation appelle à un équilibre entre prudence et recherche de performance. Avec Alexandre Magne, Lynceus Partners, Sébastien Maio, Kepler Chevreux Solutions, Franck Magne, Eavest et Nicolas Commerot, Altitude Investments Solutions.
Les produits structurés indexés sur l’Euribor 3 mois pour sécuriser le capital
Alexandre Magne : Si on doit choisir un sous-jacent, on dirait Euribor 3 mois. C’est un taux court qui est plus lisible que, par exemple, le CMS 10 ans et sur lequel on est capable de bâtir des produits structurés offrant une garantie en capital à échéance et sur lesquels on peut espérer des rendements conditionnels distribués assez intéressants. L’Euribor 3 mois est un taux court terme lisible, corrélé aux décisions de la BCE. Donc on a tendance à orienter aujourd’hui nos clients qui cherchent du produit à capital garanti vers ce type de taux court terme.
Une diversification géographique et sectorielle pour la poche dynamique
Sébastien Maio : Pour la partie plutôt dynamique d’un portefeuille, on adore les indices. Je recommanderais un indice à la fois diversifié géographiquement, plutôt transatlantique, des États Unis, de l’Europe, un multisecteur où l’on va pouvoir regrouper à la fois de la défense, de la tech, un peu de bancaire pour avoir une diversification à l’intérieur même de son indice.
Défense, industrie, santé et technologie face aux tensions géopolitiques
Franck Magne : On a une vraie tension géopolitique. Il y a encore de l’incertitude au niveau des taux. Auprès de nos clients, on va se porter quand même sur des industries qui bénéficient de l’incertitude géopolitique. On va bien aimer la défense, l’industrie également. En parallèle de ça, on pense que la santé reste un secteur défensif. Et s’il y a un retournement ou plus de volatilité sur les marchés en 2026, la santé sera peut être un peu plus épargnée. Bien évidemment, notre thème majeur est l’IA et la tech, parce que ce sont pour nous les deux secteurs qui sont porteurs de plus de progrès. Je pense qu’on n’en est qu’au début de comprendre l’impact de l’IA sur l’ensemble des secteurs, donc ça reste quelque chose aux États Unis que l’on privilégierait.
Les analyses des thématiques d'investissement du moment
Une approche prudente sur les marchés actions en 2026
Nicolas Commerot : Sur les marchés actions, on recommande un peu de prudence. On pense qu’il peut y avoir un peu de tempête tout au long de 2026. On va privilégier les secteurs qui peuvent montrer de la résilience dans ces périodes où les marchés peuvent être un peu malmenés. Donc on va privilégier le secteur de la santé, le secteur de la consommation de base et de l’énergie qui, pour nous, ont montré historiquement de la résilience. Sur les matières premières, on va privilégier le cuivre et, sur les devises, on aime bien l’euro. On a un petit peu peur du dollar, on pense qu’il va continuer à baisser au courant de 2026.
Les analyses et perspectives de marchés
Retrouver toutes les interviews réalisées lors des Défis du Patrimoine 2026
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