Carrière longue : le décret qui avance certains départs à la retraite

Les décrets de suspension de la réforme des retraites sont publiés
Les décrets d’application de la suspension de la réforme des retraites pour les carrières longues ont été publiés au Journal officiel du 8 mai 2026. Très attendus par les futurs retraités, les caisses de retraite et les employeurs, ces textes officialisent les nouvelles règles applicables aux départs anticipés à compter du 1er septembre 2026.
Le décret n°2026-345 du 7 mai 2026 vient préciser les paramètres liés aux carrières longues dans le cadre de la suspension partielle de la réforme de 2023 votée dans la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026.
Même si le contenu du texte avait déjà largement circulé ces derniers mois, sa publication apporte désormais une sécurité juridique indispensable aux assurés souhaitant organiser leur départ à la retraite dans les prochains mois.
Pour de nombreux futurs retraités, plusieurs semaines d’incertitude administrative prenaient en effet une dimension concrète : impossibilité de fixer officiellement une date de départ, difficultés vis-à-vis des employeurs, attente des caisses pour instruire les dossiers ou encore absence de visibilité sur le nombre exact de trimestres requis.
Une suspension applicable uniquement après le 1er septembre 2026
La suspension de la réforme des retraites ne concerne pas tous les futurs retraités. Le calendrier fixé par le gouvernement prévoit une entrée en vigueur à compter du 1er septembre 2026. Les départs prenant effet avant cette date restent soumis aux règles issues de la réforme de 2023. En revanche, les assurés dont la retraite débute après le 1er septembre peuvent bénéficier de paramètres plus favorables.
Le principal changement porte sur le nombre de trimestres requis pour partir à taux plein ou bénéficier du dispositif carrière longue.
Pour les personnes nées en 1964, la durée d’assurance nécessaire passe finalement de 171 à 170 trimestres. Pour les assurés nés entre avril et décembre 1965, elle recule de 172 à 171 trimestres.
Le décret confirme également les nouveaux âges de départ anticipé pour les assurés ayant commencé à travailler avant 16, 18, 20 ou 21 ans.
Dans certains cas, le gain reste limité à quelques mois. Mais pour les futurs retraités concernés, ces ajustements peuvent modifier concrètement la date de départ et accélérer l’ouverture des droits.
Pourquoi les carrières longues sont les premières concernées
Les carrières longues figurent parmi les premiers dispositifs impactés par la suspension de la réforme des retraites. Ces mécanismes permettent aux assurés ayant commencé à travailler jeunes de partir avant l’âge légal à condition de justifier d’un nombre suffisant de trimestres réputés cotisés.
Le décret était particulièrement attendu pour cette catégorie d’assurés car les caisses de retraite ne pouvaient pas adapter officiellement les dossiers sans texte réglementaire.
Plusieurs témoignages de futurs retraités avaient mis en avant ces difficultés administratives ces dernières semaines. Certains assurés ne savaient toujours pas s’ils pourraient partir en septembre, en octobre ou seulement plusieurs mois plus tard.
La Caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav) a désormais confirmé que l’enregistrement des dossiers intégrant les nouvelles règles était bien effectif pour les départs programmés au 1er septembre ou au 1er octobre 2026.
Les premières notifications devraient être adressées d’ici la fin août pour les dossiers complets.
Le décret confirme plusieurs ajustements pour les générations nées entre 1964 et 1970
Pour une personne née en juillet 1965 ayant commencé à travailler avant 20 ans, l’âge minimal de départ reste fixé à 60 ans et 9 mois. En revanche, la suspension réduit le nombre de trimestres requis après le 1er septembre 2026.
Ainsi, un assuré qui n’atteignait les 172 trimestres qu’au 1er janvier 2027 pourra finalement partir dès octobre 2026 avec 171 trimestres réputés cotisés, soit un gain de trois mois.
Le décret prévoit également des modifications progressives des âges de départ anticipé pour les générations 1966, 1967, 1968, 1969 et 1970 selon les différents paliers carrière longue.
Pour les assurés nés en 1966 et ayant commencé à travailler avant 20 ans, l’âge de départ anticipé passe ainsi de 61 ans à 60 ans et 9 mois après application de la suspension.
D’autres mesures retraites restent encore attendues
La publication du décret carrière longue ne clôt pas totalement la réforme des retraites engagée dans le cadre du PLFSS 2026.
Deux autres décrets restent attendus dans les prochaines semaines. Le premier doit permettre d’intégrer deux trimestres liés aux enfants parmi les trimestres réputés cotisés pour les carrières longues. Le second doit modifier le calcul de la retraite des mères de famille avec la prise en compte des 23 ou 24 meilleures années au lieu de 25 selon le nombre d’enfants.
Ces futures mesures pourraient encore élargir le nombre d’assurés susceptibles de bénéficier d’un départ anticipé à partir de septembre 2026.
Selon plusieurs organisations syndicales et associations de retraités, les caisses pourraient faire face à un afflux important de demandes de liquidation à l’automne, notamment chez les assurés proches des seuils de trimestres requis.
Sources : MoneyVox, Légifrance, CFDT Retraités
Retour sur la suspension de la réforme des retraites votée dans le PLFSS 2026
La publication des décrets du 7 mai 2026 vient concrétiser une réforme engagée plusieurs mois plus tôt dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026.
Le 9 décembre 2025, l’Assemblée nationale avait adopté à une très courte majorité le PLFSS 2026, avec seulement treize voix d’avance après plusieurs jours de débats particulièrement tendus. Parmi les mesures les plus sensibles figurait la suspension partielle de la réforme des retraites de 2023 portée par le gouvernement d’Élisabeth Borne.
Cette réforme prévoyait un relèvement progressif de l’âge légal de départ à 64 ans ainsi qu’un allongement de la durée de cotisation nécessaire pour bénéficier d’une retraite à taux plein, portée progressivement de 168 à 172 trimestres.
Deux ans après son adoption, la trajectoire initiale a donc été partiellement gelée.
La réforme de 2023 concernait progressivement les générations nées entre le 1er septembre 1961 et le 31 décembre 1967. Pour ces assurés, l’âge légal augmentait par paliers de trois mois, tandis que la durée d’assurance évoluait également progressivement.
Avant la suspension votée dans le PLFSS 2026, les départs devaient s’échelonner entre 62 ans et trois mois et 64 ans selon les générations, avec une durée de cotisation comprise entre 169 et 172 trimestres.
Les générations 1964 et début 1965 parmi les principales bénéficiaires
La suspension de la réforme produit principalement ses effets pour les assurés nés à partir de 1964.
Pour cette génération, l’âge légal de départ est ramené à 62 ans et neuf mois contre 63 ans dans la trajectoire initiale, tandis que la durée d’assurance exigée passe de 171 à 170 trimestres.
Les assurés nés entre le 1er janvier et le 31 mars 1965 apparaissent comme les principaux bénéficiaires du dispositif. Leur âge de départ recule à 62 ans et neuf mois au lieu de 63 ans et trois mois, avec 170 trimestres requis au lieu de 172.
Pour les générations suivantes, les ajustements deviennent plus limités.
Les assurés nés entre avril et décembre 1965 voient leur âge légal fixé à 63 ans au lieu de 63 ans et trois mois, avec 171 trimestres requis au lieu de 172.
Les générations 1966, 1967 et 1968 gagnent également trois mois sur le calendrier initial, mais conservent une durée d’assurance de 172 trimestres dans la plupart des cas.
Les carrières longues finalement intégrées au dispositif
Lors des débats parlementaires, un amendement a élargi la suspension aux dispositifs de carrière longue ainsi qu’aux situations d’inaptitude et d’invalidité. Cette extension était particulièrement attendue par les assurés ayant commencé à travailler jeunes et pouvant bénéficier d’un départ anticipé avant l’âge légal. Le gouvernement avait confirmé dès novembre 2025 que les carrières longues seraient concernées par les nouvelles règles, mais les caisses de retraite attendaient les textes réglementaires pour appliquer officiellement ces paramètres.
Les décrets publiés le 8 mai 2026 viennent désormais sécuriser juridiquement ces départs anticipés.
Une réforme des retraites toujours sous tension politique
La suspension de la réforme des retraites n’a jamais totalement clos le débat politique sur le financement du système.Lors de l’examen du PLFSS 2026, le Sénat s’était opposé au gel du calendrier prévu par la réforme de 2023, provoquant plusieurs allers-retours parlementaires avant l’adoption définitive du texte. Le gouvernement avait alors assumé un coût estimé à 300 millions d’euros dès 2026 et près de 1,9 milliard d’euros l’année suivante. Plusieurs institutions, dont la Cour des comptes, avaient rappelé que même la réforme de 2023 ne suffisait pas à résorber durablement le déficit du système de retraite à long terme.
À moins d’un an de l’élection présidentielle de 2027, les retraites restent donc l’un des principaux sujets de tension budgétaire et sociale, avec de nouvelles évolutions possibles selon les futurs équilibres politiques.
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