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Taux longs : pourquoi la hausse se poursuit-elle ?

Analyses de marchés
taux longs analyse financiere de l'arc aout 2026

Par Financière de l'Arc, Solide comme un rock ?

Quel pays européen emprunte le plus cher à 10 ans entre la France, la Suisse, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, la Suède, le Portugal, l’Espagne, l’Italie et la Grèce ? La triste réponse est la France avec un taux à 4,14 % ce jeudi 20 août, qui figure bel et bien en bas de ce classement, punie au coin de la classe avec, de surcroît, un bonnet d’âne. Pour nos créanciers, il y a bien longtemps que le coq gaulois ne chante plus. Du moins, plus aussi fort qu’auparavant. Le décrochage date surtout de l’annonce de la dissolution de juin 2024, où le lion belge des Flandres et le coq de Barcelos portugais ont profité de cet imbroglio politique pour passer devant nous avec des taux d’emprunt plus faibles. L’instabilité gouvernementale qui a suivi a fait passer le taureau espagnol et la chouette grecque devant notre animal national, respectivement en juin et en septembre 2024. Il restait le loup italien qui finit, lui aussi, par dévorer tout cru notre coq en septembre 2025. Désormais, la nation transalpine emprunte moins cher que notre douce France.

Une hausse généralisée des taux longs

Les raisons de ce déclassement sont bien connues et ont été longuement énumérées et commentées dans tous les médias. D’ailleurs, ce qui inquiète les investisseurs ces jours-ci n’est pas la situation préoccupante de l’Hexagone, qui emprunte, soit dit en passant, et grâce à notre monnaie unique européenne, moins cher que les États-Unis et le Royaume-Uni, mais la hausse généralisée des taux longs sur tous les continents. Ainsi, les rendements à 30 ans outre-Atlantique ont atteint cette semaine un sommet inédit depuis juin 2007 à 5,33 %, tandis que la même échéance se négociait en Allemagne autour de 3,78 %, au plus haut depuis juin 2011.

Lire aussi : Des actions ou des obligations ? Les alarmes sonnent sur les marchés

Une charge d’intérêts plus lourde et des cours des obligations en baisse

Cette flambée de la partie longue de la courbe est problématique pour plusieurs raisons. La première est qu’elle alourdit la charge nette d’intérêts des États. Celle-ci avait grimpé à 3,15 % du PIB américain en 2025, s’approchant du pic d’après-guerre de 1991 (3,16 %). Nul doute que, dans ce contexte de flambée actuelle des taux longs, les projections du Congressional Budget Office (CBO) d’une charge nette d’intérêts dépassant 4,10 % en 2035 seront dépassées.

Selon le Trésor américain (le site fiscaldata.treasury.gov), ce poste représente 15 % des dépenses du gouvernement recensées en 2026 à fin juillet et figure au 3e rang derrière ceux de la Sécurité sociale et du programme de soins Medicare. Ironie du sort, en plein conflit dans le Golfe persique, la charge d’intérêts dépasse même les sommes allouées à la défense (13 % des dépenses). La seconde raison est qu’elle diminue, par effet d’actualisation, la valeur des actifs financiers. Ainsi, depuis le début de l’année, les porteurs d’obligations du Trésor américain à 10 ans et à 30 ans ont perdu respectivement 1,45 % et 3,31 %, selon les indices Bloomberg US Treasury Bellwethers Total Return.

Les coupons perçus ne compensent donc plus les pertes du prix des obligations causées par la hausse des taux. Cette situation peut, si elle perdure, provoquer un mouvement plus prononcé de ventes, voire de panique.

Réaction bienvenue du gouvernement américain

Il fallait calmer les esprits et le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a fini par agir ce 19 août, en annonçant un doublement des rachats de dette de maturité longue. Pour un pays dont l’endettement global a dépassé le seuil symbolique des 40 000 milliards de dollars, cela consiste à emprunter davantage sur le court terme afin de rembourser davantage sur le long terme. Ce tour de passe-passe d’apprenti sorcier est possible grâce à une pentification élevée de la courbe des taux, comme actuellement. Ainsi, l’écart de rendement entre les échéances à 3 mois et à 30 ans avait atteint un pic de 150 points de base.

Cette mesure a permis un coup d’arrêt bienvenu, quoique sans doute provisoire, à la hausse des taux longs. Nous la jugeons positive car elle prend à contrepied les spéculateurs à la baisse (les fameux vendeurs à découvert), en leur infligeant des pertes et en les obligeant ainsi à racheter leurs positions.

Les racines du mal sont plus profondes

Toutefois, son bienfait est probablement insuffisant, car le fond du problème est plus profond : des déficits cumulés abyssaux, une dette gigantesque (autour de 123 % du PIB selon les données du deuxième trimestre) et une inflation toujours élevée. Sur le sujet du déficit, la situation s’empire puisque celui-ci s’est creusé à fin juillet de 170 milliards de dollars par rapport à 2025 pour culminer à 1 799 milliards de dollars (soit à son plus haut niveau historique hormis les années Covid de 2020 et 2021).

Du coup, la dette va inexorablement continuer à s’envoler ces prochains mois. Sur le front de l’inflation, malgré une amélioration en juillet, les maux actuels sont le blocage prolongé du détroit d’Ormuz, qui provoque une forte volatilité des cours de plusieurs matières premières (pas uniquement énergétiques), et les investissements gigantesques dans les infrastructures de l’intelligence artificielle.

Ces derniers provoquent une forte hausse des prix des composants et des équipements utilisés dans toute la chaîne mondiale de création de valeur. Il existe un débat sur l’IA ou « A.I. » en anglais : va-t-elle être désinflationniste, grâce à un bond de la productivité, ou inflationniste à cause des pénuries sur toute la chaîne d’approvisionnement ? Dans ce dernier cas, on parle donc d’« A.I.nflation ». À court terme, les goulets d’étranglement et la hausse des prix l’emportent largement sur les gains de productivité. Au bout du compte, les créanciers exigent une prime de risque supplémentaire, matérialisée par davantage de rendement, liée à la détérioration des finances publiques et à une inflation structurellement plus élevée.

Lire aussi : Pourquoi ce coup chaud sur les taux cet été ?

Et les actions dans tout cela ?

En théorie, qui dit des taux longs plus élevés dit des cours des actions plus bas, également par effet d’actualisation, surtout pour les valeurs de croissance. Alors pourquoi les indices mondiaux étaient-ils à leur plus haut historique ce 13 août ? Parce que nous connaissons également une accélération des profits des entreprises. Ainsi, les prévisions de bénéfices par action n’ont cessé d’être révisées à la hausse, surtout depuis la saison des résultats du deuxième trimestre.

Ainsi, leur progression sur un an glissant ressort à 23 % en Europe et à 33 % aux États-Unis. Même en excluant le secteur de l’énergie, ce même taux de croissance ressort à 11 % et à 28 %. Le bilan reste donc plus que satisfaisant.

Lire aussi : Quelle place pour les obligations d’Etat dans les portefeuilles ?

Une situation instable

Dans ce contexte d’incertitudes fiscales et géopolitiques, avec de surcroît une inflation durablement élevée et des profits d’entreprises solides, les investisseurs préfèrent conserver leurs actions qui, pour le moment, semblent constituer un rempart face à la baisse des obligations. Oui, mais pour combien de temps encore ? On voit bien que l’équilibre des forces actuelles reste précaire. Leur modification, même modeste, peut faire basculer le curseur dans le mauvais sens.

Il faut donc que les taux longs se calment, que les profits continuent de progresser et, idéalement, que le détroit d’Ormuz rouvre rapidement afin de faire baisser durablement l’inflation. Même si nous restons globalement positifs et confiants sur les marchés, nous ne pouvons pas exclure une augmentation de la volatilité au cours des prochains mois. Le séminaire de la Fed à Jackson Hole, les résultats de Nvidia la semaine prochaine, ainsi que l’évolution des taux longs seront très probablement les principaux points à surveiller de très près.

Ecouter aussi : “Bond contre Dr No : rien que pour vos yeux sur les marchés !”

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