Du Girardin industriel au Girardin agricole

Fiscalité
Franck Ladrière
girardin industriel vs girardin agricole

Du Girardin industriel au Girardin agricole : l’évolution d’un outil de défiscalisation vers un modèle plus vertueux et productif

Depuis plus de vingt ans, le dispositif Girardin prévu par l’article 199 undecies B du Code général des impôts permet aux contribuables de soutenir le développement économique des territoires d’Outre-mer tout en bénéficiant d’une réduction d’impôt immédiate. Mais si le Girardin industriel, historiquement le plus répandu, repose sur une logique financière complexe et parfois risquée, une évolution du dispositif a émergé depuis 2011 : le Girardin agricole, concentré sur la création d’infrastructures de production en Guyane.

Ce changement de paradigme marque le passage d’un modèle purement fiscal à une approche plus concrète, durable et mesurable du développement territorial.

Un dispositif industriel à la logique défensive

Le Girardin industriel finance l’acquisition de biens d’équipement éligibles au dispositif utilisés par des entreprises ultramarines exerçant une activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou de services.

Ces opérations sont généralement montées sous forme de Sociétés en Nom Collectif (SNC) : un cadre juridique exigeant, qui confère à l’investisseur le statut de commerçant et l’expose à une responsabilité illimitée et solidaire. Malgré des garanties fiscales assurantielles souvent mises en avant, la sécurité réelle de ces montages dépend de la solidité des opérateurs, de la conformité du matériel financé et du respect de la durée d’exploitation.

Surtout, leur suivi économique reste faible, voire inexistant pour certains opérateurs, sans contrôle annuel des retombées locales, ce qui rend difficile l’évaluation de leur impact réel sur les économies ultramarines.

En résumé, le Girardin industriel demeure un outil à dominante financière, dont la finalité économique s’est progressivement diluée derrière la mécanique de défiscalisation.

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Le Girardin agricole : un modèle solidaire et productif

Créé en 2011, le Girardin agricole a profondément renouvelé l’esprit du dispositif.

Il cible exclusivement les améliorations foncières agricoles temporaires : pistes d’accès et réseaux de canaux d’irrigation avec planches de culture, des investissements moins risqués que l’industriel par nature, indispensables à la mise en production des terres en Guyane.

Les investissements sont portés par des SAS, où les investisseurs disposent d’une responsabilité limitée à leur apport, tout en participant à un projet de développement local structurant dans un rapport gagnant-gagnant avec les agriculteurs aidés.

Ce modèle met fin au déséquilibre entre financeurs et exploitants : les agriculteurs participent au financement (en moyenne 2/3 du coût total), assurant un véritable alignement d’intérêts pour garantir la bonne fin fiscale des opérations aidées. En contrepartie, ils bénéficient d’une aide directe équivalente à 30 % de la valeur de l’infrastructure.

Chaque opération fait l’objet d’un suivi annuel sur site et d’un rapport économique détaillant les surfaces mises en production, les emplois créés et les retombées locales.

L’efficacité du dispositif n’est donc plus théorique : elle se mesure concrètement sur le terrain.

Un cadre sécurisé et transparent

Le Girardin agricole bénéficie d’un encadrement juridique et fiscal particulièrement solide avec des rescrits fiscaux confirmant l’éligibilité des travaux d’aménagements agricoles temporaires. La simplicité du montage sans recours bancaire ni flux financiers postérieurs à l’investissement renforce encore sa transparence. De plus, les investisseurs disposent de garanties contractuelles de bonne fin fiscale directement des exploitants, encadrées par un audit annuel indépendant permettant de justifier de l’utilité des investissements aidés.

Un impact mesurable pour les territoires

Sur le plan économique, les résultats sont tangibles : création de nouvelles exploitations agricoles, relance des filières locales, désenclavement de zones rurales, développement d’une agriculture vivrière et fruitière adaptée au climat amazonien.

Loin d’une défiscalisation abstraite, le Girardin agricole constitue un levier d’aménagement durable et un outil d’autonomie alimentaire pour la Guyane.

Chaque euro investi se traduit par des infrastructures durables, au service des producteurs et de la souveraineté alimentaire locale.

Du défensif au productif

L’évolution du Girardin illustre un mouvement de fond : celui du passage d’une défiscalisation « à rendement fiscal » vers une aide financière utile et traçable.

Le Girardin agricole réconcilie ainsi l’intérêt général et l’intérêt fiscal, en associant les contribuables à un projet productif, mesurable et solidaire.

À l’heure où la finance responsable cherche des incarnations concrètes, ce dispositif démontre qu’il est possible d’allier avantage fiscal, sécurité juridique et impact territorial durable.

Comparatif du dispositif fiscal Girardin industriel vs Girardin agricole

Le tableau ci-dessous présente une comparaison structurée entre les dispositifs Girardin Industriel et Girardin Agricole, deux mécanismes de défiscalisation issus de l’article 199 undecies B du Code général des impôts. S’ils partagent une finalité commune, encourager l’investissement productif dans les territoires d’Outre-mer, leurs modalités juridiques, économiques et opérationnelles diffèrent profondément.

Le Girardin Industriel, historiquement le plus ancien, repose sur le financement de biens d’équipement utilisés dans divers secteurs économiques. Il implique généralement des montages en Société en Nom Collectif (SNC), avec une responsabilité illimitée des associés et une gestion complexe du risque fiscal. Sa logique demeure principalement financière, et son efficacité économique réelle reste difficile à mesurer en l’absence de suivi annuel systématique.

À l’inverse, le Girardin Agricole, créé en 2011, cible exclusivement les aménagements fonciers agricoles temporaires (pistes et réseaux de canaux d’irrigation avec planches de culture) nécessaires au développement de nouvelles productions en Guyane. Les investissements sont portés par des SAS à capital variable, offrant une responsabilité limitée aux contribuables et un cadre juridique sécurisé. Ce dispositif met en place un alignement d’intérêts entre investisseurs et exploitants et un suivi annuel sur site des retombées économiques et opérationnelles, assurant une traçabilité et une efficacité mesurables des investissements aidés.

Critères Girardin Industriel Girardin Agricole
Type d’investissement Biens d’équipement dans tous secteurs éligibles Aménagements fonciers agricoles (pistes et réseaux de canaux avec planches de culture)
Structure juridique SNC → Statut de co-gérant, commerçant, avec responsabilité illimitée et solidaire SAS à capital variable → Statut d’associé avec responsabilité limitée à l’apport
Pour qui Non adapté à beaucoup de contribuables (professions réglementées et non commerçants) Adapté pour tous les contribuables
Montage financier 1/3 apport des contribuables + 2/3 financement bancaire 1/3 apport des contribuables + 2/3 financement exploitant (alignement d’intérêts)
Garanties Garantie assurantielle de bonne fin fiscale (plafonnée quand elle existe et sous conditions) Garantie contractuelle et opérationnelle + rescrit fiscal d’éligibilité
Suivi opérationnel Faible ou inexistant Contrôle annuel sur site et rapport économique
Impact économique Difficile à mesurer (absence de données consolidées) Mesurable : développement de nouvelles productions agricoles locales
Philosophie Dispositif à dominante financière et défensive Dispositif à dominante productive, solidaire et durable

Ce comparatif illustre ainsi le passage d’un modèle d’investissement à dominante financière à un modèle coopératif, solidaire et productif, au service du développement agricole durable des territoires ultramarins.

Par Franck Ladrière, Legidom

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