« Liberation Day » : Les marchés sont-ils prêts à encaisser le retour des tarifs douaniers de Trump ? (Janus Henderson Investors)

Alors que les marchés attendent des éclaircissements sur l’évolution du programme tarifaire de l’administration Trump, Oliver Blackbourn, gestionnaire de portefeuille, et Adam Hetts, responsable mondial des placements multi-actifs, exposent les principales considérations pour les investisseurs.
Le « jour de la libération » pourrait-il libérer les marchés du carcan de la politique commerciale américaine ? Les investisseurs et les dirigeants d’entreprise redoutent l’incertitude, et la façon fragmentaire et peu fiable dont sont faites les annonces tarifaires en génère beaucoup.
Aujourd’hui, de nombreux droits de douane devraient être annoncés, mais tout reste incertain : ampleur, calendrier, disparités selon les pays. Les estimations du taux tarifaire moyen vont de quelques points de pourcentage à des niveaux à deux chiffres dans les scénarios plus pessimistes. Il n’est pas clair non plus si les droits de douane servent de levier dans une stratégie de négociation plus large. Ce qui semble moins incertain, c’est leur impact globalement négatif sur la croissance économique, les consommateurs et les marchés.
Inquiétudes des consommateurs
Les consommateurs américains ont déjà exprimé leurs inquiétudes dans des enquêtes récentes. Celle de l’Université du Michigan indique qu’ils anticipent une inflation moyenne de 5 % sur l’année à venir. Ce chiffre, bien qu’à prendre avec prudence, coïncide avec une nette baisse de la confiance des ménages, préoccupés par la hausse des prix liée aux droits de douane.
Indice de confiance des consommateurs de l’Université du Michigan, 31 janvier 1999 - 31 mars 2025Source : Bloomberg, au 31 mars 2025.
Le moral des entreprises s’est également effondré après avoir fortement rebondi au second semestre 2024. Aux États-Unis, on craint que la hausse des prix pèse sur les revenus réels et la croissance des dépenses. À l’étranger, où les exportations sont souvent cruciales, l’impact se mesure surtout à travers les conséquences industrielles et leur effet d’entraînement sur l’économie.
Implications pour le marché
Les différences de performance entre les marchés ont été marquées récemment. Après une belle progression post-électorale en novembre 2024, les actions américaines ont reculé en ce début d’année, pénalisées par la montée de l’incertitude. Contrairement à l’Europe et à la Chine, soutenues par de nouvelles mesures de relance, les actions américaines n’ont pas profité de catalyseurs positifs.
Cependant, ces deux marchés apparaissent vulnérables, notamment l’Europe, où un décalage semble exister entre l’effet immédiat de nouveaux tarifs et l’impact à plus long terme des politiques de relance budgétaire.
Il est toujours difficile de savoir ce que les marchés anticipent, mais quelques indices apparaissent. Les enquêtes auprès des investisseurs montrent des attentes modérées concernant l’application des droits de douane, désormais plus en phase avec la rhétorique officielle qu’en décembre. Ainsi, une annonce conforme aux discours pourrait encore provoquer une réaction négative. Par ailleurs, les valorisations restent élevées par rapport aux moyennes historiques, ce qui laisse peu de marge en cas de mauvaise surprise sur les bénéfices.
Cela dit, certains signes de pessimisme excessif pourraient indiquer un mouvement de marché déjà bien engagé. Ce sentiment est particulièrement visible dans les enquêtes montrant une forte dégradation du moral des investisseurs américains, particuliers comme professionnels. Un tel pessimisme est souvent suivi par de meilleures performances, mais n’exclut pas de nouvelles baisses. Il est aussi à noter que les investisseurs institutionnels n’ont pas encore totalement capitulé, ce qui pourrait entraîner de nouvelles ventes si les mauvaises nouvelles se poursuivent.
Considérations sur le positionnement des portefeuilles
La question clé est de savoir si une guerre commerciale mondiale peut précipiter une récession en fin de cycle. Pour l’heure, notre réponse reste « non », mais les actions américaines, toujours relativement chères, restent vulnérables aux mauvaises surprises, qu’elles viennent du « jour de la libération » ou de données économiques majeures à venir (comme l’indice ISM manufacturier ou les chiffres de l’emploi non-agricole).
Il faut aussi rappeler qu’il est notoirement difficile de prévoir les mouvements de marché. Certains des meilleurs jours surviennent en période d’incertitude. Pour les investisseurs capables de supporter cette volatilité à court terme, les politiques de relance en Europe et en Chine, combinées à celles que pourrait adopter l’administration américaine (baisse d’impôts, déréglementation…), pourraient créer un contexte favorable à moyen terme pour les investisseurs actifs. Rester investi dans un portefeuille bien diversifié reste sans doute la meilleure stratégie pour faire face à la volatilité actuelle.
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