Souveraineté, Défense, investir face au retour des enjeux géopolitiques


Depuis plusieurs années, Tikehau Capital développe des stratégies d’investissement ciblées sur les grands enjeux structurants de l’économie européenne. Le gestionnaire d’actifs alternatifs s’appuie sur son expertise en capital-investissement pour accompagner les acteurs clés de la Défense, de la sécurité et de l’aéronautique civile.
Avec Henri Marcoux, Directeur Général adjoint de Tikehau Capital, Lissa Wilms, Directrice Générale d'Angage Finances et Jérôme Rusak, Président du Groupe Rayne.
Voir la video table ronde complète : Investir au cœur de la souveraineté européenne
Pour commencer un mot de présentation de Tikehau Capital ?
Henri Marcoux : Tikehau Capital c'est 52 milliards d'encours. Le gestionnaire d'actifs alternatif, présent dans 17 pays où nous collectons de l'épargne, dont 9 pays européens où nous déployons du capital. Quatre classes d'actifs, dette privée, 23 milliards. Immobilier, 15 milliards. Gestion traditionnelle, 6 milliards. Et le capital investissement, dans les entreprises dont nous parlons aujourd'hui, 8 milliards d'encours.
La souveraineté européenne : rattrapage ou changement de paradigme ?
Lissa Wilms : Au sujet de la souveraineté européenne qui revient au premier plan, je voudrais savoir si c'était un simple rattrapage ou si c'était le signe d'un changement plus durable de paradigme.
Henri Marcoux : Personnellement, je pense que c'est un changement plus durable. On a vu clairement depuis 2022 l'invasion de l'Ukraine. Retour très fort de l'unilatéralisme, quand on voit ce qui se passe avec les grandes puissances autour de nous. La Chine d'un côté, la Russie avec l'Ukraine. Et puis je crois que là, on a un petit best-of récemment avec les États-Unis. Le président nous a aidés un peu cette semaine. Il a fait encore quelques déclarations additionnelles. Mais clairement, le monde a changé depuis 2022 avec une véritable prise de conscience, je l'espère, en tout cas au niveau européen, qu'il faut changer aussi nos modes opératoires.
On a vu un retour de l'unilatéralisme. On pense qu'on ne peut plus faire confiance à l'ensemble des autres pays. La déclaration sur la sécurité nationale des États-Unis au mois de novembre a clairement exposé l'ensemble de ces thématiques en disant que l'article 5 de l'OTAN était remis en question. Donc changement de priorité des États-Unis.
Le corollaire de ça, c'est qu'au niveau européen, une prise de conscience plus forte, qui s'est probablement accélérée en 2025, qu'il fallait reprendre un peu notre destin en main sur l'ensemble de ces enjeux.
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Défense et ESG : une évolution du regard des investisseurs
Jérôme Rusak : Est-ce que vous sentez que le regard des investisseurs sur le sujet de la Défense, notamment en termes éthiques, a changé ou a évolué ?
Henri Marcoux : Oui, oui. Clairement, il y a un véritable changement. Nous, nous avions démarré tout notre système d'investissement et toutes nos équipes que nous avions mises en place à partir de 2019-2020. Nous avions mis en place notre premier fonds aéronautique Défense.
Clairement, depuis le début de l'année 2025, ça s'est accéléré de la part des institutionnels, notamment français, pan-européens, un angle différent sur ces sujets qui finalement ressurgissent en se disant, oui, les enjeux ESG sont importants, ils sont toujours au cœur de ce qu'on a toujours fait, mais se défendre fait partie aujourd'hui de la souveraineté, défendre nos populations, et tout ce qui consiste à la dissuasion, notamment, le général de Gaulle avait mis en place cette fameuse dissuasion nucléaire, sont clairement au centre des préoccupations.
La Défense est-elle contradictoire avec les critères ESG ?
Ce n'est pas au détriment de l'ESG ?
Henri Marcoux : Non, ce n'est pas contradictoire. L'environnement ESG et toutes les règles ESG, je pense, apportent beaucoup plus de transparence, y compris sur ces sujets de Défense, alors qu'il y a un certain nombre d'interdictions, un certain nombre de revues préalables à l'investissement ou quand on investit dans les entreprises, de revues additionnelles.
Moi, je pense que c'est de la transparence, au contraire, additionnelle, c'est du positif.
Défense, énergie et infrastructures : des priorités complémentaires
Lissa Wilms : Justement, je rebondis sur ce que vous venez de dire. Vous parlez beaucoup de Défense et de sécurité. Il semble prendre le pas sur la souveraineté au sens large. Pourquoi est-ce que ce périmètre vous semble aujourd'hui plus prioritaire par rapport à l'énergie et aux infrastructures ?
Henri Marcoux : Je ne sais pas s'il est plus prioritaire par rapport aux énergies et aux infrastructures, je pense qu'il est complémentaire. C'est-à-dire qu'effectivement, dans ce panel et ces enjeux de réindustrialisation, la Défense a sa part aujourd'hui importante.
On voit qu'on doit reprendre notre destin en main, notamment sur ces sujets de Défense. Aujourd'hui, juste pour vous citer un chiffre qui me semble important, sur le budget militaire des pays de l'OTAN, il est passé d'un peu plus de 260 milliards en 2018-2019 à l'an dernier 2024, 380 milliards. Donc déjà, ce sont des ressources additionnelles pour ces sujets.
À horizon 2030, c'est 600 milliards. Donc là, on voit qu'effectivement, il y a vraiment des perspectives, enfin des fondamentaux sur ces sujets de Défense qui sont là, qui sont très présents.
Mais un élément important, c'est également sur ces budgets, qu'est-ce qui est dépensé pour des acteurs européens ? Or aujourd'hui, le constat, il fait assez mal. C'est 18 % de ces sommes qui sont engagées vis-à-vis des acteurs européens. Donc là, oui, fondamentaux importants, avec de véritables prises de conscience qu'on doit mettre des moyens supplémentaires. Les pays européens l'ont fait. Mais le deuxième corollaire qui est important, qui va être aussi un facteur important de création de valeur, c'est de se dire, ces 18 %, on doit augmenter cette part.
Technologies duales : une chaîne de valeur civile et militaire imbriquée
Jérôme Rusak : Rapidement sur certaines technologies utilisées, elles ont ce qu'on appelle un caractère dual, elles peuvent être utilisées de manière militaire ou de manière civile. Est-ce qu'il y a des passerelles dans les investissements que vous déployez ?
Henri Marcoux : Totalement. Je pense que c'est un élément très important à avoir en tête. C'est qu'aujourd'hui, l'ensemble de ces activités, notamment aéronautiques, civiles et militaires, sont très imbriquées. Ces industries sont totalement liées par l'ensemble des programmes sur lesquels elles travaillent.
Et du coup, toute la chaîne de valeur à laquelle nous, on va s'intéresser ou on s'est intéressé depuis 2018, elle est imbriquée. C'est-à-dire que les entreprises, quand on travaille sur une commande de vol cruise, nos sociétés en participation travaillent sur des commandes de vol d'hélicoptères.
Vous allez retrouver ces commandes de vol sur les hélicoptères civils, mais également sur les hélicoptères militaires. Donc ça, c'est aussi, je pense, d'un point de vue gestion de patrimoine, important de se dire que ces industries sont impliquées et qu'on n'est pas, par conséquent, uniquement présent sur un secteur Défense, qui pourrait dépendre effectivement de budgets ou non qui sont débloqués par les États, mais qu'on a également là des fondamentaux aussi très importants sur le trafic aérien et sur tout ce qui est civil.
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