Inflation, géopolitique : pourquoi les stratégies crédit alternatives reviennent au premier plan ?

Dans un environnement marqué par des tensions géopolitiques persistantes, une inflation plus durable qu'attendu et une volatilité accrue des marchés, les stratégies de crédit alternatives retrouvent une place centrale dans les allocations. Avec Rime Boulhane, Responsable des relations partenaires chez Candriam et Romain Gobert, Directeur commercial distribution externe de La Française.
Quels sont les principaux risques que vous voyez actuellement sur les marchés chez Candriam ?
Rime Boulhane : Juste avant d'identifier le risque, je me permets juste de redécrire le contexte dans lequel on se trouve aujourd'hui. Donc, on peut parler d'un monde fragmenté. Qu'est-ce qui pousse cette fragmentation ? On a d'un côté une inflation qui est finalement beaucoup plus durable que ce qu'on ne pensait. Quand l'inflation est arrivée à ces niveaux qu'on n'avait pas vus depuis 15 ans, on l'a d'abord pensée en lien avec la réouverture post-Covid et les tensions sur les chaînes d'approvisionnement qu'il y a eues. Mais la guerre en Ukraine est venue vraiment ancrer cette inflation plus longuement dans le paysage. Le deuxième point, c'est les tensions géopolitiques. Et la guerre au Moyen-Orient nous a montré qu'on avait vraiment une vraie vulnérabilité, notamment liée aux énergies. Donc, dans ce contexte, pour nous, le principal risque, c'est la recorrélation qu'on peut avoir entre les classes d'actifs traditionnelles, les actions et les obligations. Et c'est dans ce contexte, effectivement, qu'on a envie de mettre en avant l'apport de la gestion alternative en tant que stratégie décorrélante et qui apporte plus de résilience au portefeuille.
La question principale, c'est celle de l'inflation. Y a-t-il pour autant un risque de stagflation ?
Romain Gobert : Alors, c'est un mot dont on reparle beaucoup ces derniers temps. La stagflation, tout simplement, c'est une croissance molle ou faible, avec une inflation durable. Je pense que c'est pas mal de raisonner sur les différentes zones géographiques, puisque c'est assez différent entre les US et l'Europe notamment. En Europe, évidemment, il y a eu un tassement de l'activité, notamment avec les indicateurs PMI qui sont sortis et, en complément, évidemment, la hausse du prix du pétrole et on est quand même très dépendant du pétrole. Et donc, c'est vrai que l'inflation est assez intense en Europe. Maintenant, est-ce qu'elle est durable ? Ce n'est pas notre scénario central. On pense quand même que la situation européenne, c'est plutôt une zone désinflationniste. Pourquoi ? Tout simplement, la démographie qui est évidemment plus faible. Également, la dette publique qui est très importante. Et puis, il y a l'abondance aussi de l'épargne privée qui fait que, évidemment, cette inflation devrait normalement s'atténuer. Et notamment avec cet accord récent, on va voir si ça va durer ou pas, qui devrait faire baisser les prix du pétrole. Et puis, sur les US, c'est très différent puisque les US, il y a eu une forte croissance et la croissance est encore là, notamment à travers les investissements liés à l'IA, mais également les dépenses de défense. Et donc, c'est vrai que l'inflation est beaucoup plus importante, mais avec une croissance également importante. Et ce n'est pas vraiment notre scénario central. On pense quand même que la croissance ne sera pas molle aux États-Unis. Elle sera plus forte. Et donc, d'où ce sujet de stagflation, où on pense que, aussi bien dans une zone que dans l'autre, on n'est pas vraiment dans ce scénario de stagflation.
Dans ce contexte, vous mettez en avant tous les deux des stratégies alternatives crédit. Sur quoi repose-t-elle, cette stratégie crédit ?
Rime Boulhane :Alors effectivement, Vincent, c'est une stratégie crédit alpha. C'est une stratégie long/short crédit sur l'univers du High Yield avec une réelle capacité à générer de la performance en décorrélation avec les marchés directionnels. Elle repose sur une double approche. D'un côté, on a une approche fondamentale, donc on va avoir des positions vendeuses ou acheteuses selon notre avis sur les émetteurs en question. Et puis à côté de ça, on a une approche plutôt quantitative, market neutral, dans laquelle on va jouer sur les écarts entre devises, maturités ou niveaux de séniorité. Donc c'est une stratégie qui permet aux clients de s'exposer au segment du High Yield avec un risque qui est mieux maîtrisé puisque, historiquement, on a une volatilité autour de 1,5 %.
Est-ce que vous avez des exemples de positionnement au sein de vos portefeuilles ?
Rime Boulhane : Avec plaisir. Dans le contexte actuel, on se positionne plutôt sur des positions longues dans les secteurs plutôt défensifs qui permettent de mieux traverser le cycle qu'on connaît aujourd'hui. Donc, ça va être notamment les utilities ou les télécoms. Et sur la partie short, on va shorter notamment le secteur de l'automobile qui souffre aujourd'hui de la hausse des matières premières et de la concurrence avec la Chine. Il a été lancé en 2021. Il représente aujourd'hui à peu près 900 M€ d'encours sous gestion.
Que vise votre fonds Cigogne Management Credit Opportunities ?
Romain Gobert : Véritablement, la stratégie principale, je dirais, c'est obligations versus CDS. Donc, c'est la valeur relative. On va essayer d'aller chercher les inefficiences de marché entre l'obligation et son CDS. Également, le portage couvert où, en fait, on va prendre des obligations et couvrir le risque de taux pour garder le spread de crédit. Et puis, on va également sur des obligations convertibles. Tout ce qui est lié aux obligations et on va chercher les inefficiences de marché en fonction de la volatilité. Donc, on profite de la volatilité.
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