Comment intégrer Atlas et Sirius dans une allocation patrimoniale ?


Comment intégrer des stratégies alternatives dans une allocation patrimoniale ? Yann Louin, Senior Sales Manager chez Pictet Asset Management, explique le rôle d'Atlas et de Sirius, leur complémentarité, l'évolution de la collecte vers la gestion alternative et les nouvelles pistes de développement de Pictet AM, notamment autour de l'intelligence artificielle. Avec Thomas d'Hauteville, fondateur de la Financière d'Hauteville et Paul Mary, CIF et conseiller chez Savinianne.
Voir ou revoir la partie 1 Pictet AM s'appuie sur une exposition mondiale pour développer ses stratégies long/short
Voir ou revoir la partie 2 Atlas et Sirius : deux stratégies alternatives aux profils complémentaire
Quelle place pour Sirius et Atlas dans une allocation ? Quelle complémentarité aussi pour ces deux stratégies ? C'est la troisième et dernière partie de ce Face au Marché consacré à Pictet AM.
Paul Mary : Comment définiriez-vous le rôle d'Atlas et de Sirius au sein d'une allocation d'actifs généraliste ?
Atlas et Sirius ciblent les allocations à faible niveau de risque
Yann Louin : Ce sont des stratégies qui évoluent sur des niveaux de risque extrêmement faibles, avec des volatilités comprises aux alentours de 2,5 % à 3 %. Donc effectivement, ce sont des stratégies plutôt adaptées pour une clientèle peu risquée ou qui a très peu de temps devant elle, ou pour de la trésorerie d'entreprise. Ou alors pour une clientèle qui souhaite contenir le coût d'opportunité. C'est vrai que depuis deux ou trois ans, ne pas être investi sur les marchés, c'est un coût d'opportunité important, puisque les marchés ont plutôt bien progressé. Il n'y a qu'à voir la différence d'enrichissement entre les Américains en moyenne et les Européens, les Américains étant beaucoup plus investis sur les marchés. Donc ce sont des solutions qui ont vocation à être les moins volatiles possible, à capter la performance et surtout à absorber le risque lorsqu'il y a des événements comme le Liberation Day, la guerre en Ukraine ou la guerre en Iran. Et ce sont des événements qui ont été plutôt bien gérés par les équipes de gestion.
En quoi ces deux stratégies sont-elles complémentaires ? Parce que leur corrélation est très faible, parce que leur parcours de performance est très complémentaire. On s'est amusé à faire le test d'assembler les deux stratégies dans un portefeuille 50/50 et on se rend compte que le couple rendement/risque est amélioré. Il y a une sorte d'effet multiplicateur. Ce sont les bienfaits de la décorrélation et de la complémentarité des stratégies, qui travaillent à la fois sur des classes d'actifs très différentes, avec des niveaux d'exposition très différents et des styles de gestion également très différents.
Thomas d'Hauteville : Par rapport à la maison Pictet, est-ce que vous pourriez dire aujourd'hui que finalement la gestion alternative a pris un peu le pas sur la gestion thématique en termes de dynamique de collecte et de dynamique, on va dire, un peu philosophique ?
La décorrélation entre Atlas et Sirius améliore le couple rendement/risque
Yann Louin : En termes de dynamique philosophique, je ne pense pas encore. Mais en termes de dynamique de collecte, effectivement, la collecte nouvelle, en tout cas sur le périmètre des indépendants du patrimoine, est favorable aux stratégies de gestion alternative parce que ce sont des produits qui sont plus recherchés aujourd'hui par la clientèle privée. Pour tout un tas de raisons. Parfois, c'est pour aller chercher les bonus des fonds en euros. Parfois, c'est pour répondre à une clientèle qui ne veut plus être investie dans les fonds en euros, pour trouver des solutions sur des stratégies, sur des enveloppes compte-titres, par exemple. Et puis, c'est vrai que nous avons un stock important sur les thématiques. C'est quasiment 70 milliards d'actifs gérés sur la gestion thématique. Et comme chaque année, avec des parcours de performance qui sont très dispersés, nous avons de très belles réussites aujourd'hui sur les fonds de transition énergétique ou de transition technologique. C'est un petit peu plus mesuré sur des stratégies plus industrielles, plus exposées aux services. Je pense à la stratégie Water notamment. Donc il y a, je dirais, une complémentarité entre les deux. Et c'était d'ailleurs l'idée, lorsque je suis arrivé chez Pictet en 2018, de faire monter en puissance ces stratégies alternatives pour que le modèle puisse fonctionner sur ses deux jambes et bénéficier pleinement de cette complémentarité et de ces deux expertises qui sont très propres à Pictet.
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Paul Mary : Je reviens sur la partie un peu plus technique. Les politiques monétaires ont beaucoup d'influence sur les devises notamment. Comment gérez-vous ce risque au sein des deux stratégies et notamment dans un long/short obligataire pays frontières ? Il doit y avoir des enjeux de notation assez prégnants.
La collecte est aujourd'hui favorable à la gestion alternative
Yann Louin : C'est exactement ce que nous traitons tous les jours. Les devises, c'est très lié à la politique monétaire, c'est très lié à la gestion du budget, c'est très lié à la gestion des réserves monétaires, ce qui permet de défendre la monnaie dans beaucoup d'économies. Prenons le cas, par exemple, de l'Ouzbékistan. C'est un pays qui peut faire peur quand on ne maîtrise pas trop le sujet. L'Ouzbékistan, c'est le pays qui a le plus grand pourcentage de réserves de change en or. C'est 80 % des réserves de change en or. C'est quasiment un proxy or. C'est un pays sur lequel nous nous sommes positionnés sur la partie longue du portefeuille cette année, qui a extrêmement bien fonctionné, parce que d'une part il y a tout un tas de mesures qui ont été mises en place, notamment le plafonnement de la dette sur PIB à 60 %, le plafonnement des dépenses à 50 %, et puis le fait que le pays soit exportateur d'or a plutôt été une très bonne nouvelle, en tout cas un facteur de soutien à la performance.
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Paul Mary : La profondeur de marché est suffisante dans des pays tels que celui-ci ?
Les positions reposent sur l'analyse des devises et des fondamentaux des pays
Yann Louin : Nous avons entre 20 et 25 stratégies qui sont juxtaposées dans le portefeuille. Ce sont donc des petites positions à chaque fois qui s'accumulent et des parcours de performance qui viennent s'additionner pour faire la performance globale. Prenons un contre-exemple : l'Indonésie, par exemple. L'Indonésie est un pays un petit peu moins bien géré d'un point de vue budgétaire aujourd'hui, avec notamment l'émission des Bonds Patriot, ce fameux Crédit Danantara de 3,7 milliards de dollars, qui est hors bilan. Ça, d'après nous, c'est une mesure qui n'est pas forcément vertueuse pour l'économie indonésienne, avec des risques de déclassement en termes de notation par les principales agences de notation. Et donc, on est positionné short aujourd'hui sur l'Indonésie.
Thomas d'Hauteville : Histoire de prendre un petit peu de hauteur et de regarder vers l'avant, est-ce que vous avez de nouvelles stratégies à l'étude pour la partie alternative ?
Quest AI rejoint les stratégies alternatives développées par Pictet
Yann Louin : Il y a constamment de nouvelles stratégies à l'étude chez Pictet, dans le sens où toutes les stratégies qui sont déployées sous la forme de ce qu'on appelle les PTR, donc des stratégies d'investissement déployées sous la forme de fonds, ont toutes été testées au sein d'une stratégie multi-mandats qui s'appelle chez nous Diversified Alpha. Donc Atlas a été testé pendant deux ans avant d'être lancé. Mandarin, c'était la même chose, Sirius, etc. Aujourd'hui, nous avons cette stratégie multi-mandats qui est composée de 20 à 22 mandats selon les périodes. Et chaque fois que nous identifions une stratégie pertinente, nous la déployons ensuite sous une forme isolée, sous la forme de PTR. Donc effectivement, il y a plusieurs stratégies à l'étude. Une a récemment vu le jour : Quest AI. C'est une stratégie intégralement pilotée par l'intelligence artificielle. Pictet a été la première société de gestion à déployer des stratégies exclusivement pilotées par l'IA, et Quest AI en fait partie. C'est une stratégie long/short, market neutre, actions internationales, qui apporte là aussi beaucoup de décorrélation et de complémentarité.
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