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TSMC : la baisse du titre remet-elle en cause le secteur des semi-conducteurs ?

Investissements thématiques

Par Arnaud Benoist-Vidal, Financière de l'Arc

« Le dragon qui s'élève trop haut finit par le regretter »

Ce proverbe millénaire chinois est l'ancêtre de celui d'origine germanique que nous connaissons tous, à savoir : « Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel ». Cet adage est sans doute trop souvent utilisé dans les médias pour expliquer la baisse, sans réelle explication, d'un actif financier après une période de forte hausse, comme c'est actuellement le cas pour les valeurs de semi-conducteurs.

Ainsi, TSMC vient de publier des résultats somptueux, avec une croissance au 1er semestre sur un an glissant de 35 % de ses revenus et de 68 % de son bénéfice net. Ce dernier a atteint un nouveau record historique et s'est élevé à plus de 1 279 milliards de dollars taïwanais, soit plus de 40 milliards de dollars américains. Jamais l'entreprise basée sur l'île de Taïwan, à Hsinchu, n'avait gagné autant d'argent en six mois. Et pourtant, le cours de l'ADR coté aux États-Unis vient de perdre plus de 15 % sur ses plus hauts de début juillet. Est-ce le début de la fin pour ce segment de la cote, ou une simple consolidation après une flambée des cours depuis au moins deux ans ?

Un phénomène d'expansion suivi par celui de compression des multiples

L’Histoire est remplie d'exemples de titres ou de secteurs dont la performance fut exceptionnelle en Bourse et qui ont soudainement souffert d'une désaffection des investisseurs. Fort de mes 37 années d'expérience, j'ai le regret de vous informer qu'il existe bien un effet de mode en Bourse, comme celui des tendances de consommation.

Quel que soit le secteur, il est possible de remarquer que l'euphorie naît d'une superbe performance opérationnelle initialement sous-estimée par le marché. Cela commence donc avec des flux positifs liés à un mouvement de rattrapage. Ensuite, on assiste à une expansion des multiples de valorisation dans le cas où la forte progression des résultats se prolonge sur plusieurs trimestres. Dans cette configuration, dite de phase 2, les investisseurs paient une prime à la croissance et au caractère exceptionnel de la valeur au regard du reste des marchés. Cet enthousiasme provoque un excès de flux qui fait flamber le titre.

Dans une 3ème phase, les profits continuent de progresser plus fortement que le cours de Bourse. C'est une période de compression des multiples, qui peut sans doute s'expliquer par le fait que les investisseurs sont toujours positifs, mais anticipent à terme une normalisation de la croissance. C'est le cas de Nvidia aujourd'hui, dont les actionnaires se voient néanmoins récompensés par une hausse de l'action de plus de 11 % en 2026 et de 20 % sur un an.

Puis une 4ème phase désagréable peut survenir. Celle-ci se produit dans le cas malheureux, où la croissance ralentit plus fortement que prévu et se situe à un niveau inférieur à celle du reste du marché, voire pire, disparaît. Dans cette configuration, nous assistons inexorablement à une nette baisse des cours pendant cette période plus ou moins longue. Ce fut le cas des valeurs du luxe entre février 2025 et mars 2026, où le titre Hermès International a subi une chute de 40 %.

Pour ce secteur qui fut longtemps choyé par le marché, il est intéressant de noter que nous sommes probablement à l'aube d'une nouvelle phase 1, si la croissance redémarrait ces prochains trimestres.

Revenons aux valeurs de semi-conducteurs. À ce stade, nous jugeons que nous sommes entrés dans la phase 3 de compression des multiples, avec progression de l'action, et non en phase 4.

Le sujet de la forte augmentation des investissements

Souvenez-vous des hyperscalers et du sujet des dépenses astronomiques nécessaires pour accompagner la révolution de l'intelligence artificielle. Le chiffre cumulé de plus de 950 milliards de dollars en 2027 pour Amazon, Alphabet, Microsoft, Meta et Oracle a refroidi la bouilloire et a fait fuir de nombreux acheteurs soucieux de la hausse de l'endettement et de sa soutenabilité.

TSMC a fait hier deux annonces complémentaires. La première est un niveau d'investissements pour cet exercice qui se situe désormais entre 60 et 64 milliards de dollars, contre 52 à 56 milliards auparavant. La seconde est une enveloppe supplémentaire de 100 milliards de dollars, qui porte le total des engagements aux États-Unis, dans le cadre de l'accord avec Donald Trump, à 265 milliards de dollars.

Cela rappelle évidemment de mauvais souvenirs. Toutefois, rappelons que le niveau pour cette année est inférieur à l'excédent de trésorerie opérationnelle et se fera par autofinancement. Le chiffre de 265 milliards est pluriannuel et porte sur une durée encore indéterminée ; il ne devrait donc pas, selon nous, remettre en question la santé financière de l'entreprise.

Nous sommes donc bien en phase 3 de compression des multiples, sans l'inquiétude d'endettement excessif pour cette entreprise qui disposait de 90 milliards de dollars de liquidités disponibles à fin juin. Un montant bien supérieur à celui de ses dettes financières (autour de 30 milliards de dollars).

Complément de lecture avec l'analyse publiée le 20 janvier 2026 de Financière de l'Arc :

Connaissez-vous Hsinchu ?


Cette ville située à 60 kilomètres au sud de Taipei ne figure toujours pas dans nos manuels scolaires de géographie. Et pourtant, il s’agit d’un lieu hautement stratégique, puisque c’est le siège de Taiwan Semiconductor Manufacturing Company, alias TSMC, le plus grand fondeur de semi-conducteurs au monde.

Ce maillon essentiel de la chaîne de production mondiale fournit plus de 522 clients, dont les célèbres Nvidia, Broadcom, Apple, Amazon ainsi qu’Alphabet, et fabrique plus de 11 878 produits ou composants pour l’automobile, les ordinateurs, les téléphones portables, Internet et les produits digitaux de grande consommation.

L’entreprise a fait la une cette semaine en publiant un bénéfice net trimestriel de plus de 16 milliards de dollars au 4ème trimestre. De surcroît, elle fait sans aucun doute partie du méga accord entre les États-Unis et Taïwan, avec un engagement d’investissements de 250 milliards de dollars à réaliser sur le sol américain.

Pourquoi TSMC est-elle incontournable ? Quelle est son histoire et survivra-t-elle à une possible annexion de Taïwan dans le futur ?

Avec plus de 60 % de part de marché, TSMC est le mammouth qui écrase les autres. Sa domination dans la production des wafers, plaque circulaire de silicium sur laquelle on fabrique des composants électroniques, les plus avancés, 3 et 5 nanomètres, atteint même 90 %. Seul Samsung Foundry est réellement capable de se battre sur ce segment fournisseur de l’intelligence artificielle. Toutefois, selon les revues spécialisées, les caractéristiques techniques des produits du Coréen sont inférieures à celles du Taïwanais.

Nous avons déjà évoqué que les limites de la révolution actuelle dans l’intelligence artificielle étaient non seulement les capacités de calcul, mais également celles de l’énergie et surtout du réseau électrique. Pour y répondre, il va falloir investir massivement pour produire plus puissant et moins énergivore. La miniaturisation est une réponse possible, car en augmentant la densité, on augmente la puissance par watt d’énergie.

Ainsi, le produit de 3 nanomètres permettait un gain de performance de 15 % et une réduction d’énergie de 25 % par rapport au 5 nanomètres. Celui de 2 nanomètres, qui devrait entrer en production en 2026, promet une augmentation de 15 % de la densité des transistors, avec à la clé un bond de 15 % de la performance et une économie d’énergie entre 25 et 30 %. Le rendement de ces unités dépasserait les 60 %. D’ailleurs, plus de 96 % des capacités de ces puces sont réservées aux grandes entreprises américaines.

La génération suivante des 1,4 nanomètres, prévue pour 2028, anticipe déjà des améliorations similaires à celles des 2 nanomètres. Là encore, TSMC est pressentie pour être le leader dans ce segment de technologie de pointe.

Les faits marquants du communiqué et de la conférence de presse sur les résultats du 4ème trimestre ont été un chiffre d’affaires et un résultat net par action en progression respectivement de plus de 25 % et de 35 %. Non seulement ces données sont supérieures aux attentes, mais la marge brute et la marge opérationnelle ont atteint 62,3 % et 54 %.

La forte demande dans les wafers de 3 et de 5 nanomètres permet d’augmenter les prix moyens de vente, donc la profitabilité. La direction évoque désormais une croissance annuelle des ventes de 25 % pour les cinq prochaines années depuis 2024.

C’est une défaite avouée par l’Amérique. L’accord annoncé hier, le 15 janvier, sur le site du Département du Commerce américain, est intitulé : « Restaurer le leadership américain dans la fabrication de semi-conducteurs grâce à un accord sur le commerce et l’investissement avec Taïwan ».

Il est même stipulé que la part mondiale de l’Amérique dans la fabrication des wafers est passée de 37 % en 1990 à moins de 10 % en 2024. Les droits de douane réciproques dans plusieurs secteurs ne dépasseront pas 15 %, sans surtaxe pour les produits pharmaceutiques génériques.

Les sociétés qui ont effectué des investissements récents dans la production de puces aux États-Unis pourront importer de Taïwan des volumes jusqu’à 1,5 fois la capacité de production américaine sans droits de douane. Ce quota est fixé à 2,5 fois pour les nouvelles capacités qui seront prochainement construites. Les investissements américains dans les entreprises taïwanaises dans les secteurs de la technologie, la défense, la biotechnologie et les télécommunications seront également facilités.

Vous l’aurez compris, le futur de TSMC se jouera non seulement à Taïwan, mais surtout aux États-Unis, lorsque la production américaine démarrera. Les autres investissements déjà en cours au Japon et en Allemagne concerneront des produits moins avancés. TSMC va rester un leader mondial, qu’elle soit taïwanaise ou potentiellement chinoise.

Par Financière de l'Arc

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