IA : concentrez-vous sur le « dernier kilomètre »

Actualités du patrimoine
Christophe Tunica
IA gestion de patrimoine

Un sondage, deux points d'écart, une profession en sursis…

- 18 % des 18-25 ans se tournent d'abord vers l'IA pour placer leur épargne,

- 20 % consultent encore un conseiller bancaire,

- 56 % ont déjà agi sur la recommandation d'un algorithme,

- Et 124 000 milliards de dollars de patrimoine s'apprêtent à changer de mains d'ici 2048¹ ².

Voilà les chiffres. Ils sont nets, documentés, et ils devraient empêcher de dormir tout professionnel du conseil en gestion de patrimoine qui pense que le digital, « c'est pour les fintechs ».

Je le redis parce que j'y crois : l'IA ne remplacera pas le CGP. Mais le CGP sans IA perdra cette génération, et les suivantes. Non pas parce que la technologie est meilleure que le conseil humain – elle ne l'est pas. Mais parce qu'elle est là, disponible, gratuite, instantanée. Et que la génération qui arrive ne viendra pas pousser votre porte si elle ne vous a jamais vu sur son écran.

Cet article croise le sondage OpinionWay/Invstore de février 2026, l'étude AMF sur l'usage de l'IA par les acteurs des marchés financiers³, le cadre réglementaire en vigueur (CMF, AI Act, CNIL, ACPR), les projections Capgemini et McKinsey, et bien sûr ma vision et mes retours terrain.

Trois axes : le basculement générationnel en cours, les garde-fous réglementaires non négociables, et une feuille de route pour les CGP qui veulent capter cette génération – intact dans le devoir de conseil, mais transformé dans la méthode.

Le basculement silencieux : quand la génération Z préfère un LLM à un banquier

Le chiffre qui devrait vraiment empêcher les CGP de dormir :

Le sondage OpinionWay/Invstore de février 2026 (1 052 Français, représentatif) pose une photographie nette¹. Parmi les 18-25 ans français :

• 18 % citent l'IA comme premier réflexe pour placer leur épargne ;

• 20 % se tournent vers un conseiller bancaire ;

• 16 % privilégient les réseaux sociaux et les « finfluenceurs » ;

• 28 % associent les placements financiers au stress – trois fois plus que les 65 ans et plus (9 %).

À partir de 35 ans, le réflexe « conseiller bancaire » redevient dominant à 48 %. La fracture est donc générationnelle, pas conjoncturelle.

Et ce n'est pas un simple sondage d'intentions : 56 % des 18-25 ans déclarent avoir suivi au moins une fois les conseils d'une IA pour leurs finances¹. Plus de la moitié d'une classe d'âge a déjà agi sur la recommandation d'un algorithme. Pas testé… mais agi…

Lire aussi : Épargne : IA, finfluenceurs et nouveaux réflexes chez les jeunes

Pourquoi cette génération bascule, et pourquoi ce n'est pas un « caprice »

Trois facteurs convergent, aucun n'est technologique, tous sont structurels.

Le facteur accessibilité

L'IA tient dans un smartphone, répond en trente secondes, ne juge pas, ne fixe pas de rendez-vous. Christophe, 20 ans, cité dans l'enquête du Figaro⁴ : « C'est plus rapide qu'une prise de rendez-vous avec un banquier, il n'y a pas besoin de se déplacer, c'est plutôt impartial et elle est disponible tout le temps. » Séraphin, 25 ans, complète : « Mon premier réflexe sera de faire appel à l'IA car cela me permet de garder la main sur le produit dans lequel j'investis. Et puis, j'ai des réponses immédiates à toutes mes questions. »

Le facteur défiance institutionnelle

43 % des Français citent au moins un obstacle psychologique face à l'investissement : peur de perdre (23 %), peur du mauvais choix (16 %), méfiance envers les acteurs financiers (15 %)¹. Chez les jeunes, cette défiance se cristallise autour d'une perception précise : le conseiller bancaire pousse le produit de son établissement, pas le meilleur produit pour le client. Séraphin encore : « J'ai peur que le conseiller se contente de me placer le produit de son établissement alors que l'IA pourra me faire un comparatif entre différents placements de manière objective en fonction de mes besoins. »

Le facteur éducation financière

81 % des Français estiment que l'éducation financière ne doit pas reposer sur l'individu seul. 29 % souhaitent des cours obligatoires dès le lycée¹. En attendant, c'est l'IA qui comble le vide. Soyons clairs : l'IA ne remplace pas un cours de finance. Elle remplace l'absence de cours de finance. Et dans un pays où l'éducation financière scolaire reste inexistante, cette absence est un boulevard.

Le paradoxe de la confiance et pourquoi il profite au CGP

Mais cette adoption n'est pas aveugle. Nadia, 30 ans, diplômée en études financières : « Je peux demander conseil à l'IA mais j'ai peur de mal rédiger mon prompt et qu'elle me réponde n'importe quoi. On parle quand même d'argent réel⁴. » Selon l'étude MoneyVox, seuls 5 % des Français feraient totalement confiance à une IA pour un placement financier – 10 % chez les 25-44 ans⁵. Et 58 % refusent de transmettre des documents financiers sensibles à un système IA⁵.

Lire aussi : IA financière : une adoption qui progresse sans convaincre pleinement

Le schéma qui se dessine n'est donc pas « l'IA remplace le conseiller ». C'est : l'IA filtre, trie, compare – puis le jeune investisseur cherche une validation humaine. C'est exactement le modèle du « robo-advisor augmenté ». Et c'est là que le paradoxe devient une opportunité : selon l'étude J.D. Power 2026, 17 % des investisseurs utilisant un robo-advisor déclarent vouloir travailler avec un conseiller humain dans l'année – contre seulement 4 % de ceux qui n’en utilisent pas⁶. En Europe, le marché de ces robo-advisors atteint 15,44 milliards de dollars en projection 2027, avec une croissance annuelle de 7,5 %⁷.

J'insiste sur ce point parce qu'il est contre-intuitif : le robo-advisor n'éloigne pas du conseiller. Il crée la demande. Mais – et c'est là que tout se joue – cette demande ira vers le conseiller visible, digital, capable de reprendre le fil là où l'algorithme s'arrête. Pas vers celui qui attend derrière son bureau que le téléphone sonne…

L'IA dans le conseil en gestion de patrimoine : intention massive, mais pratique très embryonnaire

Ce que disent les chiffres d'adoption – et ce qu'ils cachent

L'étude AMF de février 2026 – la plus complète à ce jour en France – dresse un état des lieux sans précédent³. Sur 100 entités supervisées interrogées :

• 90 % utilisent déjà l'IA ou prévoient de le faire dans les douze mois ;

• 54 % ont des cas d'usage en production ;

• 83 % des 106 cas d'usage détaillés sont orientés vers des usages internes (conformité, back-office) ;

• 17 % visent la communication ou l'interaction client ;

• 1 % seulement concerne la fourniture de services d'investissement ;

• 72 % ont mis en place des politiques internes d'encadrement de l'IA.

La technologie dominante identifiée par l'AMF : l'IA générative³.

Lire aussi : IA générative, un marché qui devrait peser quelques 100 milliards de dollars dans le monde en 2026

Côté CGP, le baromètre BNP Paribas Cardif/Kantar 2025 dessine un paysage en clair-obscur : 82 % des CGP considèrent l'IA comme incontournable pour l'avenir du métier⁸. Mais seulement 27 % l'utilisent régulièrement – contre 24 % un an plus tôt⁸. Autrement dit : la profession sait qu'elle doit y aller mais elle n'y va pas. Le fossé entre intention (82 %) et pratique (27 %) est le symptôme d'un attentisme qui, je le dis sans détour, coûtera des parts de marché et ce, plus rapidement que beaucoup le pensent. À l'échelle mondiale, selon Capgemini, seulement 10 % des établissements financiers utilisent des agents IA à grande échelle⁹.

Ce que l'IA fait concrètement et ce qu'elle va faire

Aujourd'hui : automatisation du back-office. Je ne parle pas de projections – je parle de résultats mesurés. Voici les gains constatés sur 30 dossiers patrimoniaux réels, avec relecture humaine systématique :

Tâche Avant (manuel) Après (IA + automatisation) Gain
Lettre de mission 3h 25 min -86 %
Pré-remplissage DER 1h30 12 min -87 %
Note de synthèse annuelle 2h 35 min -71 %
Screening d’adéquation 45 min 8 min -82 %
Veille réglementaire 4h/semaine 45 min/semaine -81 %

Les modèles de dernière génération peuvent désormais ingérer un dossier patrimonial complet anonymisé – contrats, bilans, actes, historique fiscal – en une seule analyse, sans découpage ni perte de contexte. Fini les traitements fragmentés qui introduisent des erreurs de cohérence.

Parallèlement, un protocole de connexion est devenu le standard de fait pour brancher ces modèles directement sur les bases réglementaires officielles : textes de loi consolidés, doctrine fiscale opposable, paramètres sociaux en vigueur. La veille réglementaire cesse d'être manuelle ; elle devient automatique, traçable, et ancrée sur les sources primaires. D’ailleurs près de 100 millions de téléchargements de ce protocole ont été réalisés rien qu’en ce mois de mars 2026. Ce n'est plus une expérimentation – c’est de l’infrastructure, mais combien de CGP en ont téléchargé ?

Demain : l'IA agentique

McKinsey projette que l'IA pourrait représenter l'équivalent de 25 à 40 % de la base de coûts d'un asset manager¹². Gartner estime que 40 % des applications d'entreprise intégreront des agents IA spécialisés d'ici fin 2026, contre moins de 5 % aujourd'hui¹³. En wealth management, Capgemini anticipe une évolution des gains de productivité de 20-30 % (automatisation de tâches) vers des systèmes agentiques capables de gérer des portefeuilles, développer des stratégies personnalisées et servir d'entités fiduciaires sous gouvernance réglementée⁹.

Les angles morts que je constate

Je refuse d'écrire un sujet sur l'IA dans le conseil en gestion de patrimoine sans parler de ce qui peut mal tourner : trois risques, chacun capable de transformer un gain de productivité en incident de conformité.

Les hallucinations, bien sûr. Un LLM peut inventer une référence réglementaire ou un rendement historique avec un aplomb particulièrement déstabilisant. J'ai vu un des leaders mondiaux de ces outils générer un « article L. 541-9-2 du CMF » qui n'existe pas – dans un projet de lettre de mission par ailleurs impeccable. Sur un DER, c'est un risque de non-conformité directe. Aucun outil de marché ne garantit zéro hallucination. Le contradicteur humain n'est pas optionnel – il est la condition de licéité. Le « human in the loop » comme ils disent dans la tech...

Le biais de sélection

L'IA propose ce que le prompt lui demande. Un CGP qui oriente ses questions obtient des réponses orientées. C'est exactement ce que l'article L. 541-8-1 du CMF interdit : une recommandation qui sert le producteur plutôt que le client. L'outil change. L'obligation, non.

La fracture numérique intra-profession. 51 % des entités utilisant l'IA selon l'étude AMF sont des grandes entreprises³. Le cabinet indépendant de 2-3 collaborateurs – celui qui fait le maillage territorial du conseil en gestion de patrimoine en France – n’a ni le budget ni les compétences pour déployer une infrastructure IA robuste sans accompagnement. 66 % des CGP demandent des formations sur l'IA appliquée à leur métier⁸. 47 % des Relationship Managers se déclarent insatisfaits des outils digitaux mis à leur disposition⁹. Le risque n'est pas que l'IA remplace le CGP. C'est qu'elle ne soit accessible qu'aux plus gros.

Le cadre réglementaire : ce qui est possible, ce qui est risqué, ce qui est interdit

L'article L. 541-8-1 du CMF : le socle

Le texte est limpide. L'article L. 541-8-1 du Code monétaire et financier impose au CIF de « se procurer auprès de leurs clients ou de leurs clients potentiels, avant de formuler un conseil », les informations nécessaires sur leur situation financière, leurs objectifs et leur tolérance au risque. Il impose d'« agir d'une manière honnête, loyale et professionnelle, servant au mieux les intérêts des clients » et de proposer « une offre de service adaptée et proportionnée à leurs besoins et à leurs objectifs »¹⁴.

Aucune exception n'est prévue pour les systèmes automatisés. Que le projet de recommandation soit produit par un collaborateur junior ou par ChatGPT, la responsabilité de l'adéquation reste intégralement sur le CIF.

L'AI Act : un cadre qui se précise – et se décale

Le règlement (UE) 2024/1689 (AI Act), entré en vigueur le 1er août 2024, classe comme « haut risque » les systèmes d'IA utilisés pour l'évaluation de la solvabilité des personnes physiques et la tarification en assurance vie et santé (Annexe III, pt. 5(b))¹⁵. Le conseil en investissement n'est pas explicitement listé dans l'Annexe III, mais le scoring de risque client pourrait y être assimilé dès que la Commission publiera les lignes directrices.

Évolution majeure, passée inaperçue de la plupart des professionnels : il y a quelques jours, ce 26 mars dernier, le Parlement européen a voté le Digital Omnibus, qui reporte l'application des obligations pour les systèmes d'IA à haut risque de l'Annexe III du 2 août 2026 au 2 décembre 2027¹⁶.

Mais ce report ne signifie pas dispense. Il signifie délai. Et je connais suffisamment la profession pour savoir ce qui se passe en la matière : on les consomme jusqu'à la dernière minute. Les CGP qui attendent décembre 2027 pour se mettre en conformité joueront le même jeu que ceux qui ont attendu le dernier moment pour MIF2. On sait comment ça s'est terminé.

Lire aussi : Adoption de l'IA Act : vers une IA sécurisée

La CNIL : quatre séries de recommandations, zéro tolérance

La CNIL a publié quatre séries de recommandations sur le développement des systèmes d'IA (février 2025, complétées le 22 juillet 2025)¹⁷. Elles couvrent la constitution des bases de données d'entraînement, l'intérêt légitime comme base juridique, l'annotation des données et la sécurité des systèmes. Pour un cabinet CGP utilisant un LLM sur des données clients, les obligations sont limpides : minimisation des données, pseudonymisation, droit d'opposition, analyse d'impact (AIPD) si traitement à grande échelle.

L'AMF : une feuille de route IA en cours de finalisation

L'étude AMF de février 2026 constate l'adoption massive sans imposer de cadre spécifique aux CIF³. Mais dans ses priorités 2026, l'AMF annonce la finalisation de sa « feuille de route IA » et la publication d'une étude sur les cas d'usage et les mécanismes de gouvernance associés¹⁸. L'ACPR, de son côté, a constitué une task force interne et organisé dès avril 2025 une réunion de place avec une cinquantaine de spécialistes IA du secteur financier¹⁹. Le prochain contrôle thématique sur l'IA dans les cabinets CIF n'est plus une question de « si », mais de « quand ».

Ce que le CGP peut faire et ne peut pas faire avec l'IA

Catégorie Usage Statut Fondement
POSSIBLE Rédaction assistée (lettres de mission, notes, DER) 🟢 Relecture humaine systématique + traçabilité
POSSIBLE Veille réglementaire automatisée 🟢 Vérification sources primaires obligatoire
POSSIBLE Comparaison de produits financiers 🟢 Données vérifiées, pas de recommandation directe
RISQUÉ Screening d’adéquation automatisé 🟡 CIF reste décisionnaire final (art. L. 541-8-1 CMF¹⁴)
RISQUÉ Profilage de risque client par IA 🟡 Potentiellement « haut risque » AI Act¹⁵ - AIPD nécessaire
INTERDIT Données clients non anonymisées vers LLM cloud sans base juridique 🔴 RGPD¹⁷ + secret professionnel
INTERDIT Recommandation d’investissement sans validation humaine 🔴 Art. L. 541-8-1 CMF¹⁴ + devoir de conseil
INTERDIT Délégation de la décision d’adéquation à un système automatisé 🔴 MIF2 + DDA

Voir aussi : Comment intégrer l’IA dans les outils des CGP ?

Prospective : trois scénarios pour les CGP de 2030

Le grand transfert des patrimoines est enclenché

124 000 milliards de dollars de patrimoine vont passer des baby-boomers aux générations suivantes d'ici 2048, dont 46 000 milliards pour les millennials seuls (Cerulli Associates, 2024)². Les millennials et la génération Z sont les premiers détenteurs de patrimoine « digital-natifs ». Selon Forbes Insights/Temenos, 82 % des dirigeants en gestion de patrimoine estiment que ceux qui augmentent l'hyper-personnalisation et se concentreront sur l’humain réussiront et ceux qui ne le font pas disparaîtront²⁰. Et 76 % des clients envisageraient de changer de conseiller financier pour accéder à un service plus personnalisé (McKinsey, 2025)¹².

Scénario 1 Le CGP augmenté (probable selon moi)

L'IA prend en charge 70-80 % des missions de back-office. Le CGP concentre son temps sur l'ingénierie patrimoniale complexe : transmissions, optimisation fiscale, structuration sociétaire. Le modèle économique bascule du temps facturé vers l'expertise concentrée. Sur un portefeuille de 80 clients, l'automatisation libère environ 800 heures par an — l'équivalent d'un emploi à mi-temps. Ces heures deviennent du conseil à haute valeur ajoutée.

C'est, selon moi, le seul scénario conforme simultanément aux obligations MIF2/DDA et à la demande d'hyper-personnalisation et d’« humain » de la nouvelle génération. Le CGP reste garant de l'adéquation. L'IA lui donne les moyens d'exercer cette garantie sur un portefeuille plus large et avec une profondeur d'analyse supérieure.

Scénario 2 – Le CGP invisible (risque majeur)

Le CGP n'intègre pas l'IA. Son back-office reste manuel, « à l’ancienne ». Son parcours client reste analogique. Il est compétent, conforme, rigoureux — mais invisible pour une génération qui ne lira jamais une brochure papier et ne rappellera jamais un numéro fixe. Le robo-advisor capte ces clients en amont. Le CGP augmenté d'un cabinet concurrent les récupérera ensuite. Le CGP invisible n'aura rien fait de mal, mais il aura simplement cessé d'exister dans le champ de vision de ses futurs clients.

Scénario 3 – Le CGP remplacé par l'IA (improbable à horizon 2030)

L'IA atteint un niveau de fiabilité et de personnalisation suffisant pour fournir du conseil patrimonial de bout en bout. Ce scénario supposerait trois conditions non réunies à ce jour : zéro hallucination (aucun LLM ne le garantit), une responsabilité juridique transférable à un système automatisé (ni le CMF ni MIF2 ne le prévoient), et une capacité d'empathie dans les moments de vie patrimoniale critiques (succession, divorce, transmission d'entreprise). L'IA agentique progresse — Gartner projette 40 % des applications d'entreprise avec agents IA fin 2026¹³ - mais le dernier kilomètre du conseil patrimonial reste humain.

Ma conviction – et elle n'est pas neutre

Je suis conseiller en ingénierie patrimoniale. Je suis intégrateur IA. Je vis des deux côtés de cette transformation depuis trois ans. Et ma conviction est simple :

L'IA ne remplacera pas le CGP. Mais le CGP sans IA perdra cette génération et les suivantes.

Ce n'est pas un slogan. C'est une équation. L'IA filtre, trie, compare, pré-analyse – en quelques minutes, ce qui prenait des heures. Le CGP intervient là où l'IA ne peut pas aller : la compréhension d'une situation familiale complexe, la gestion de l'émotion face à un héritage, la responsabilité juridique d'une recommandation engageante. L'un ne vaut rien sans l'autre. L'IA sans CGP produit des réponses séduisantes et juridiquement dangereuses. Le CGP sans IA produit un service excellent mais invisible pour la moitié de ses futurs clients.

Et paradoxalement, c'est le robo-advisor qui crée la demande de conseil humain⁶. Ne combattez pas cette première marche. Soyez la marche suivante !

Ce que vous devez faire dès maintenant – et ce que vous devez éviter à tout prix

Trois actions. Pas dix. Trois !

Identifier la tâche administrative la plus chronophage de votre cabinet

(lettre de mission, DER, reporting – mesurez le temps réel sur 5 dossiers). Tester un LLM sur cette tâche unique pendant 2 semaines, en conditions réelles mais avec relecture systématique et en prenant bien soin d’anonymiser les données et de respecter le process RGPD. Documenter chaque intervention IA dans le dossier client.

Auditer votre visibilité digitale auprès des 25-35 ans

Votre site est-il lisible sur mobile (responsive) ? Votre cabinet ressort-il dans les réponses des LLM ? Proposez-vous un parcours client en ligne ? Si la réponse à ces trois questions n'est pas « oui », vous êtes déjà invisible pour la moitié de vos futurs prospects.

Former votre équipe

66 % des CGP demandent des formations IA⁸. La compétence n'est pas optionnelle. Elle est la condition pour distinguer un « output » fiable d'une hallucination – et cette distinction est la seule chose qui sépare un gain de productivité d'un risque de non-conformité.

Et ce que vous ne devez surtout pas faire :

Automatiser dix tâches en même temps sans maîtriser la première

J'ai observé un cabinet qui a déployé un système d’automatisation sur l'intégralité de son parcours client en une semaine. Il a passé les deux mois suivants à corriger les erreurs. L'enthousiasme sans méthode, c'est du risque opérationnel déguisé en innovation.

Croire que l'IA règle le problème de la défiance

L'IA ne fait que déplacer la question de confiance : du banquier vers l'algorithme, puis de l'algorithme vers le professionnel capable d'expliquer ce que l'algorithme a produit.

Ignorer le cadre réglementaire

Le CGP qui délègue l'adéquation à un LLM ne gagne pas du temps – il perd son droit d’exercice.

Conclusion – Le temps de l'action, c'est maintenant !

Raphaël Metrop, fondateur d'Invstore, le formule sans détour : « Les 18-25 ans ont déjà passé une première étape en choisissant une banque en ligne, la seconde sera naturellement de se tourner vers l'IA qui remplace, à leurs yeux, le banquier classique⁴. »

Ce mouvement est irréversible. Ne le combattez pas. Positionnez-vous.

À horizon 2030, le paysage du conseil en gestion de patrimoine sera structuré en trois couches : l'IA en self-service pour les besoins simples (épargne de précaution, comparatifs produits), le robo-advisor hybride pour les allocations standardisées, et le CGP humain pour l'ingénierie patrimoniale complexe — transmissions, optimisation fiscale, structuration sociétaire. Les deux premières couches ne menacent pas la troisième. Elles la nourrissent. Mais seulement si la troisième est visible bien sûr…

Alors voici ce que je vous propose : ne commencez pas par un projet à 50 k€. Commencez par une tâche. Une seule. Mesurez. Documentez. Et décidez en professionnel, données en main.

Le CGP qui comprend cela ne sera pas remplacé par l'IA. Il sera choisi grâce à elle. Le CGP qui ne le comprend pas ne fera rien de mal. Il sera simplement – progressivement, silencieusement – oublié.

VIGILANCE — À la date de publication (mars 2026), le vote du Digital Omnibus par le Parlement européen (26 mars 2026) reporte les obligations AI Act pour les systèmes à haut risque Annexe III au 2 décembre 2027¹⁶. Ce report reste soumis à l'adoption définitive du texte après le traditionnel trilogue européen. L'AMF finalise sa feuille de route IA mais n'a publié aucune position réglementaire contraignante spécifique aux CIF sur l'utilisation des LLM dans le parcours client¹⁸. En l'absence de cadre dédié, le principe de précaution impose de documenter chaque intervention IA dans le dossier client et de conserver la traçabilité de la décision humaine finale.

Par Christophe Tunica

Voir aussi : CGP, IA et nouveaux modèles : immersion au cœur de Next Gen Patrimoine

Références

1. Sondage OpinionWay pour Invstore, réalisé les 25 et 26 février 2026 auprès de 1 052 Français de 18 ans et plus, représentatifs de la population française. Relayé par Finyear et MoneyVox.

2. Cerulli Associates, « U.S. High-Net-Worth and Ultra-High-Net-Worth Markets 2024 ». Projection : 124 000 Mds$ d'ici 2048, dont 46 000 Mds$ vers les millennials. Confirmé par Fortune (juillet 2025).

3. AMF, « L'usage de l'IA par les acteurs des marchés financiers en France », rapport publié le 2 février 2026. 100 entités sondées, 106 cas d'usage détaillés.

4. Sébastien Thomas, « L'IA, conseiller bancaire des jeunes », Le Figaro, mars 2026. Citations de Christophe (20 ans), Séraphin (25 ans), Nadia (30 ans) et Raphaël Metrop (fondateur Invstore).

5. MoneyVox, enquête sur la confiance des Français envers l'IA financière, 2025-2026. Club Patrimoine, « IA financière : une adoption qui progresse sans convaincre pleinement », 2026.

6. J.D. Power, « 2026 U.S. Investor Satisfaction Study », 2026. Données marché US — transposition au marché FR à nuancer.

7. Statista Market Forecast, « Robo-Advisors — France », 2024-2027. Projection : 15,44 Mds$ en 2027, croissance annuelle 7,5 %.

8. Baromètre du marché des CGP, BNP Paribas Cardif en partenariat avec Kantar, éditions 2024 et 2025. 82 % des CGP considèrent l'IA incontournable ; 27 % l'utilisent régulièrement ; 66 % demandent des formations IA.

9. Capgemini, « Agentic AI in Wealth Management » (octobre 2025, mis à jour mars 2026) et « Reimagining Financial Services with Agentic AI » (2025). 10 % des établissements financiers utilisent des agents IA à grande échelle. 47 % des RM insatisfaits de leurs outils digitaux.

10. Claude Opus 4.6 (Anthropic) : 1M contexte, 128k output, $5/M tokens input, $25/M output — tarifs vérifiés mars 2026. Tests réalisés sur 30 dossiers patrimoniaux réels.

11. Model Context Protocol (MCP), créé par Anthropic (novembre 2024). En mars 2026 : 2 000+ serveurs publics, 97M téléchargements SDK mensuels. Source : blog.modelcontextprotocol.io, « 2026 MCP Roadmap ».

12. McKinsey, « US Wealth Management in 2035: A Transformative Decade Begins » et « How AI Could Reshape the Economics of the Asset Management Industry ». Impact potentiel IA : 25-40 % de la base de coûts. 76 % des clients envisageraient de changer de conseiller pour plus de personnalisation.

13. Gartner, projection 2026 : 40 % des applications d'entreprise incluront des agents IA spécialisés, contre <5 % début 2025. Citée dans les analyses MCP et Capgemini.

14. CMF, art. L. 541-8-1 (en vigueur depuis le 3 janvier 2018, version 3.0). Texte consolidé vérifié via MCP Légifrance, mars 2026. Identifiant : LEGIARTI000035043376.

15. Règlement (UE) 2024/1689 (AI Act), publié au JOUE le 12 juillet 2024, entré en vigueur le 1er août 2024. Annexe III, pt. 5(b) : systèmes à haut risque pour la solvabilité et la tarification assurance.

16. Digital Omnibus, Parlement européen. Vote commissions IMCO/LIBE : 18 mars 2026, 101 pour, 9 contre, 8 abstentions. Vote plénière : 26 mars 2026. Report de l'Annexe III du 2 août 2026 au 2 décembre 2027. Source : aiacto.eu, silicon.fr.

17. CNIL, « Recommandations sur le développement des systèmes d'IA », quatre séries publiées entre février 2025 et 22 juillet 2025. Délibération n° 2025-047 du 5 juin 2025. Source : cnil.fr, Légifrance.

18. AMF, « Priorités d'action et de supervision 2026 », #IMPACT2027, publié janvier 2026. Finalisation de la feuille de route IA annoncée.

19. ACPR, « Surveillance de l'IA dans le secteur financier », réunion de place du 17 septembre 2025. Task force interne constituée sur cinq axes. Source : acpr.banque-france.fr.

20. Forbes Insights/Temenos, sondage juin 2019, cité dans Deloitte, « Disrupting Wealth Management — The Age of Hyper-Personalization ». 82 % des dirigeants en wealth management estiment que l'hyper-personnalisation est facteur de succès.

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