IA : la nouvelle ruée vers le cuivre


La ruée vers le cuivre
Pour cette rentrée, un métal s’impose de nouveau au centre de l’attention : le cuivre. Le contrat américain vient d’inscrire un nouveau record, autour de 6,7 dollars la livre, soit près de 14800 dollars la tonne. Sur le London Metal Exchange, référence davantage mondiale, le cuivre évolue lui aussi à proximité de ses sommets historiques. Derrière cette envolée se dessine une histoire qui dépasse largement le cycle traditionnel des matières premières. Le cuivre devient l’un des métaux stratégiques de la nouvelle économie électrique.

De l’électrification à l’intelligence artificielle
Réseaux électriques, véhicules électriques, énergies renouvelables, stockage, datacenters : toutes ces infrastructures ont un point commun, elles consomment beaucoup de cuivre.
L’Agence internationale de l’énergie estime que la consommation mondiale d’électricité progressera en moyenne de 3,6% par an entre 2026 et 2030, soit nettement plus rapidement qu’au cours de la décennie précédente. Aux États-Unis, les seuls data centers devraient représenter environ la moitié de l’augmentation de la demande d’électricité d’ici 2030.
Et derrière cette consommation supplémentaire se trouvent des transformateurs, des câbles, des connexions et surtout des réseaux qu’il faut renforcer. L’IA ne consomme donc pas seulement des semi-conducteurs : elle consomme indirectement énormément d’infrastructures électriques.
C’est un point important, car il serait excessif d’attribuer la hausse structurelle du cuivre à l’IA seule. À l’échelle mondiale, les data centers ne représentent qu’environ un dixième de la croissance attendue de la demande électrique d’ici2030. L’électrification des transports, de l’industrie, du chauffage et le développement des réseaux constituent des moteurs au moins aussi importants.
Une demande rapide face à une offre lente
Le véritable problème du cuivre se situe peut-être davantage du côté de l’offre.
Construire un data center peut prendre deux ou trois ans. Développer une nouvelle mine de cuivre peut nécessiter plus d’une décennie entre la découverte du gisement, les autorisations, le financement et la mise en production.
Or la production minière mondiale ne devrait progresser que de 1,6% en 2026, une estimation récemment abaissée par l’International Copper Study Group après des difficultés de production notamment en République démocratique du Congo, au Chili et en Indonésie.
À plus long terme, l’AIE estime que le cuivre enregistrera la plus forte augmentation de demande en volume parmi les principaux minerais critiques, avec environ 7millions de tonnes supplémentaires nécessaires d’ici 2040. Même en intégrant les projets déjà annoncés, l'offre minière pourrait rester environ 25%inférieure aux besoins en 2035.
Mais attention à l’explication trop parfaite
Le record actuel ne traduit pourtant pas uniquement cette histoire structurelle.
Une partie importante de la hausse récente provient d’un phénomène beaucoup plus technique : la perspective de droits de douane américains sur le cuivre raffiné pousse les négociants à acheminer massivement du métal vers les États-Unis. Les stocks du COMEX atteignent ainsi des records tandis que le cuivre disponible ailleurs se raréfie. Reuters souligne même qu’en théorie, le marché mondial pourrait encore afficher un léger surplus en 2026.
Il faut donc distinguer le catalyseur du moment et la tendance de fond : les tensions commerciales accélèrent aujourd’hui la hausse des prix, mais l’électrification mondiale en constitue le véritable moteur de long terme.
Le nouveau pétrole ?
L’expression est tentante, mais probablement excessive. Contrairement au pétrole, le cuivre n’est pas consommé lorsqu’il est utilisé et peut être recyclé. Des prix élevés favorisent également la substitution, le recyclage et de nouveaux investissements miniers.
Reste une réalité difficile à contourner : nous entrons dans ce que l’AIE qualifie désormais d’« âge de l’électricité ». Pour accompagner la hausse de la demande,les investissements annuels dans les réseaux devraient augmenter d’environ 50%d’ici 2030 par rapport aux quelque 400 milliards de dollars actuels.
Après avoir beaucoup parlé des puces, des data centers et de l’énergie nécessaire pour les alimenter, le record du cuivre nous rappelle donc une étape supplémentaire de la révolution de l’IA : avant de faire circuler les données, il faut faire circuler l’électricité. Et pour cela, le monde aura besoin de beaucoup de cuivre.
Par Gérald Grant, Fundesys
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