Quel marché Anthropic va adresser aujourd’hui ? (Amplegest)

Une disruption de l’IA qui s’étend à de nombreux secteurs économiques
Ce que le marché comprend — et ce qu’il confond
Assurance. Juridique. Cybersécurité. Marketing. Depuis le début de l’année 2026, la liste des secteurs frontalement adressés par les fournisseurs de modèles fondationnels s’allonge à un rythme que le marché peine à absorber. Chaque semaine apporte son lot d’annonces — un plugin, un agent spécialisé, une offre verticale — et avec elles, un repricing immédiat des incumbents du secteur visé. Sur les desks, la question « quel sera le prochain ? » est devenue un rituel matinal, mi-amusé mi-inquiet, qui en dit long sur l’état d’esprit des investisseurs : personne ne sait exactement où s’arrête le périmètre de disruption de l’IA, et c’est précisément cette incertitude qui fait bouger les cours.
Ce phénomène invite à élargir considérablement le périmètre de ce que le marché a qualifié de « SaaS Apocalypse ». Le derating sévère observé sur le segment du logiciel depuis 2024 pourrait constituer le symptôme précurseur d’une dynamique bien plus large. Car la menace que pose l’IA s’étend à l’ensemble des modèles économiques dont la proposition de valeur repose sur trois opérations : la lecture, l’écriture et l’interprétation de données structurées en libre-service. La question pertinente n’est plus de déterminer si l’IA sera en mesure d’adresser un nouveau vertical, mais d’identifier lesquels seront les prochains — et d’évaluer la vitesse à laquelle cette substitution peut s’opérer.
Les bases de données publiques : première ligne de front
Les segments les plus immédiatement exposés sont ceux dont l’activité s’articule autour de bases de données publiques ou semi-publiques — des corpus d’information appartenant au domaine commun, que l’IA peut structurer, enrichir et repackager en produits finis intégrant analyse et conseil. Le secteur médical en offre une illustration frappante : protocoles thérapeutiques, interactions médicamenteuses, littérature scientifique indexée — autant de bases publiques ou semi-publiques. Des startups comme OpenEvidence (plus de 300 M$ levés depuis 2022) ou Pathway (rachetée par Doximity) viennent directement concurrencer UpToDate de Wolters Kluwer, référence depuis trente ans dans l’aide à la décision clinique.
Le secteur juridique suit la même logique. Lois, jurisprudence et réglementations appartiennent au domaine public. Le 3 février 2026, le lancement par Anthropic d’un plugin juridique pour Claude Cowork a provoqué un séisme boursier : Thomson Reuters −16 %, RELX −14 %, Wolters Kluwer −13 % — la pire journée pour RELX depuis 1988. LegalZoom a perdu 18 %. Environ 285 milliards de dollars de capitalisation effacés en une seule séance. Le signal est sans ambiguïté : lorsqu’un fournisseur de modèle fondationnel adresse un vertical, les intermédiaires opérant sur des données publiques voient instantanément leur prime de valorisation remise en question. Ce risque s’étend à la comptabilité, la fiscalité, l’information financière et la conformité réglementaire.
L’interface utilisateur : l’autre vulnérabilité structurelle
Une seconde catégorie d’acteurs voit sa barrière à l’entrée s’éroder : les éditeurs dont l’avantage compétitif réside dans leur interface utilisateur. L’émergence du « vibe coding » — la capacité de créer des applications fonctionnelles par description en langage naturel — change la donne. Des plateformes comme Base44, Lovable ou Replit permettent de générer des interfaces abouties connectées à des bases de données scalables en quelques heures. Un test CNBC a montré qu’un clone fonctionnel de Monday.com pouvait être construit en moins d’une heure avec Claude Code, pour moins de 15 dollars. Les analystes de KeyBanc identifient Monday.com, Asana et Sprout Social comme les plus exposés — modèle tarifaire au siège, pas de système d’enregistrement critique, pas encore de plateforme multi-produits. Atlassian, HubSpot, Zendesk et Smartsheet figurent également parmi les noms cités comme vulnérables. Depuis début 2026, l’ETF IGV a perdu plus de 23 %, entrant en bear market technique.
Quand le marché surestime l’impact de l’IA sur certains secteurs
Quand le marché se trompe de cible
Toutefois, le marché, dans sa précipitation à pricer le risque de disruption, pourrait commettre, selon nous, des erreurs de lecture significatives. Le cas de la cybersécurité est emblématique. CrowdStrike, Palo Alto Networks ou Zscaler ont été emportés dans le mouvement de vente généralisé du software. Or la cybersécurité opère à des niveaux d’infrastructure bien au-delà du code applicatif : fonctionnalités kernel, imbrications matérielles, fusion avec l’infrastructure réseau. Reproduire une stack de cybersécurité par du vibe coding serait un risque de sécurité en soi. L’affaire OpenClaw le démontre : cet agent IA open source, viral en janvier 2026, est devenu un cas d’école en vulnérabilités systémiques — faille critique CVE-2026-25253 (CVSS 8.8), fuites massives de clés API, injections de prompt, plus de 800 compétences malveillantes sur le marketplace ClawHub, 21 000 instances exposées publiquement. Microsoft, Cisco, Kaspersky et Palo Alto ont tous publié des alertes dédiées. Le déploiement massif d’agents autonomes amplifie le besoin en cybersécurité ; il ne le réduit pas.
Le jeu vidéo offre un autre exemple d’emballement disproportionné. Le 30 janvier 2026, le lancement de Project Genie par Google (modèle Genie 3 de DeepMind, entraîné sur 200 000 heures de vidéos de jeux) a provoqué un sell-off brutal : Unity −24 %, Roblox −13 %, AppLovin −17 %, Take-Two −8 %. Or ce qui fait la valeur d’un éditeur, ce sont ses licences — Grand Theft Auto, Zelda, FIFA — des actifs de propriété intellectuelle que ne remet pas en question un outil générant des expériences de 60 secondes à 720p. Genie constitue plutôt un accélérateur de productivité pour les studios, susceptible d’améliorer leurs marges.
Enfin, les sociétés d’IT services — Accenture, Capgemini, Infosys, TCS — figurent parmi les victimes collatérales du narratif de disruption. Or le déploiement d’agents IA dans des environnements complexes nécessite précisément l’expertise de ces intégrateurs. Le programme « Frontier Alliances » d’OpenAI, annoncé le 23 février 2026, associant Accenture, Capgemini, McKinsey et BCG comme partenaires de déploiement, en constitue la validation la plus explicite. La complexité d’intégration reste la même — voire augmente — et la vague IA constitue potentiellement le plus puissant tailwind que le secteur ait connu depuis la migration vers le cloud.
Notre point de vue sur les gagnants et les perdants de la disruption par l’IA
Le marché confond donc trois réalités distinctes : les secteurs structurellement menacés, ceux qui bénéficient de la disruption, et ceux dont l’actif principal — la propriété intellectuelle — est orthogonal à la menace IA. C’est précisément dans ces phases de dislocation — lorsque le marché applique une grille de lecture uniforme à des réalités fondamentalement hétérogènes — que la sélection de valeurs retrouve toute sa primauté. Cette volatilité indifférenciée, loin de constituer un obstacle, ouvre un champ d’opportunités que nous entendons exploiter pleinement au sein d’Amplegest Digital Leaders, en distinguant avec rigueur les modèles véritablement menacés de ceux que le marché sanctionne à tort — et qui, demain, pourraient figurer parmi les premiers bénéficiaires de la révolution en cours.
Par Amplegest
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