“Le pétrole ravive les inquiétudes sur l’inflation” Julien Quistrebert, Tailor AM

Analyses de marchés
Julien Quistrebert

On va commencer par le pétrole qui est au cœur des attentions. Le passage du pétrole par le détroit d'Ormuz pose pas mal de questions.

Comment est-ce que vous avez analysé cette dernière semaine autour du pétrole ?

Effectivement, c'est une situation extrêmement complexe. Les dernières nouvelles sur le minage du détroit sont assez inquiétantes. On voit d'ailleurs que les pays de la zone ont réduit fortement leur production. On est passé de 20 millions de barils le jour à 6 millions de barils. Ce sont des chiffres assez impressionnants, d'où les mouvements qu'on a eus aussi en début de semaine avec un baril qui a quasiment touché les 120 dollars puis qui est revenu dans la zone des 85-90, des mouvements assez importants, des réactions aussi bien sûr, l'IEA qui envisage de libérer une partie des stocks stratégiques, 180 millions de barils, et puis des alternatives qui commencent à émerger, le Saoudi Aramco, le groupe national saoudien dispose d'un pipeline pour exporter par la mer Rouge qui devrais voir monter les volumes jusqu'à 7 millions de barils au jour, ce serait une respiration. La levée des sanctions naturellement aussi, en tout cas temporaire, sur le pétrole russe. Les gouvernements essayent de trouver des solutions pour réduire les tensions qui sont finalement encore extrêmement vives.

Côté américain, on a eu notamment les chiffres de l'emploi vendredi dernier, des chiffres plutôt décevants, ce qui accélère l'inquiétude autour de cette zone.

Oui, tout à fait. On a eu 92 000 destructions d'emplois sur le dernier rapport de février. Effectivement, la politique de Trump avec les droits de douane semble avoir un effet assez négatif. Notamment, on a eu la partie manufacturiere qui est compliquée, mais la partie service aussi avec les shutdowns, les réductions d'emplois dans le secteur public. Et puis en parallèle, on a des prix à la pompe naturellement qui augmentent. On est passé de 2,80 dollars le par gallon au mois de janvier à 3,53 au 9 mars. On sait que c'est extrêmement important pour l'électorat de Trump. L'approche des mid-terms, évidemment, lui met une pression.
C'est pour ça que nous restons dans le camp plutôt d'une résolution avec du conflit iranien dans les prochaines semaines et on ne croit pas à quelque chose en tout cas qui s'installera dans le temps puisque Trump se mettrait dans une position beaucoup trop compliquée. On attendra aussi cet après-midi les chiffres du CPI américain attendus à 2,4 %, alors c'est avant les tensions au Moyen-Orient, mais ça donnera aussi une tendance si on compare aussi avec ce qu'on a vu en Europe.

Côté européen, le pétrole réveille un peu les inquiétudes autour de l'inflation ?

Oui, tout à fait. On a déjà des chiffres d'inflation, des derniers, qui ont été plutôt décevants. L'inflation sous-jacente qui est passée de 2, 2% à 2, 4%, dans les composantes de l'inflation chez à peu près toutes les lignes, à l'exception de l'alimentation. Et puis on a eu une sortie du membre slovaque de la Banque Centrale Européenne qui parle d'une volonté de la BCE d'être assez ferme sur les inflations et que des hausses de taux seraient peut-être plus rapides que prévues. Donc là le marché est quasiment sur une à deux hausses de taux pour la BCE, on était à zéro il y a quelques semaines. On voit bien que les scénarios de détente monétaire s'éloignent un petit peu.
De notre côté, on pense que ce serait une erreur de remonter les taux parce que malgré tout c'est de l'inflation importée et que les mouvements sur les taux courts ont peu d'impact sur une tension géopolitique et que le sujet c'est de maintenir l'emploi et l'investissement en tout cas sur la zone. Mais une zone de doute persiste.

Donc on le voit, il y a pas mal d'inquiétudes, alors des inquiétudes sous-jacentes qui se réveillent et des choses un peu plus nouvelles. Comment est-ce que vous naviguez chez Tailor dans ce contexte ? Comment est-ce que faites évoluer vos portefeuilles ?

Comme je disais au préalable, notre vision est plutôt une résolution dans les prochaines semaines, plutôt la vision optimiste, je dirais. Dans ce cadre-là, notre stratégie est assez simple, c'est réinvestissement progressif puisqu'on a des marges de manœuvre en termes d'investissement, essentiellement sur l'Europe. Alors pourquoi l'Europe ? Parce que les US ont plutôt bien résisté, on sait que c'est une zone exportatrice, le dollar a un peu remonté dans cette période de tension. On pense qu'il y a moins de potentiel. Les émergents sont les plus sensibles à ces tensions. Je vous rappelle que 60% de la consommation de pétrole chinois passe par le détroit d'Ormuz. L'Europe évidemment est sensible, mais ça reste dans des mesures qui sont assez raisonnables. Si on prend le gaz par exemple, quasiment à 60 euros le mégawatt-heure, on avait dépassé les 200 au moment de la crise russe, et le gaz qui vient du Moyen-Orient est sur des niveaux relativement raisonnables, 8 millions de tonnes sur 110 millions de tonnes importées de GNL en Europe. L'inquiétude c'est juste les stocks qui sont très bas, 30%. On est au printemps donc tout va bien, mais il va falloir la reconstituer pour l'hiver prochain.

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