Pourquoi le S&P 500 ferme la porte à SpaceX ?

Comme tous les mardis, Eric Lafrenière fait le point sur les marchés américains dans notre podcast Good Morning America
Commençons par le bilan de la semaine dernière. Qu'est-ce qu'il fallait retenir ?
Après plusieurs semaines de progression soutenue, les marchés américains ont marqué une nette pause la semaine dernière. Un rapport sur l'emploi plus robuste qu'anticipé a ravivé les craintes inflationnistes et entraîné une remontée des rendements obligataires, mettant les valeurs technologiques sous pression. Sur la semaine, le Nasdaq a cédé 4,7 %, sa plus forte baisse depuis plusieurs mois, tandis que le S&P500 reculait de 2,6 %, mettant fin à 9 semaines consécutives de hausse.
Quels événements est-ce qu'il faut suivre cette semaine ?
Cette semaine s'annonce chargée. Mercredi, la publication de l'indice des prix à la consommation pour le mois de mai constituera le rendez-vous central. Le consensus anticipe une inflation à 4,2 % sur un an contre 3,8 % le mois précédent.
Le lendemain, on aura côté Europe la Banque Centrale Européenne qui rendra sa décision de politique monétaire avec une hausse de 25 points de base largement intégrée dans les cours.
Du côté des entreprises, les résultats d'Oracle, Adobe et Lennar retiendront l'attention.
Une introduction en bourse historique pour SpaceX
On va maintenant passer à notre sujet du jour, on va parler de l'introduction en bourse de SpaceX et notamment du choix du S&P de ne pas faire évoluer sa politique en matière d'entrée dans l'indice.
SpaceX s'apprête à réaliser la plus grande introduction en bourse de l'histoire des marchés financiers, une levée de 75 Mds $, une valorisation de 1 750 Mds $ et une demande des investisseurs qui a atteint le double de l'offre dès les premiers jours de la période de souscription. Le titre devrait commencer à s'échanger sur le Nasdaq sous le symbole SPCX aux alentours du 12 juin.
Pourtant, malgré cette envergure historique, l'accès au S&P500, l'indice de référence du marché américain, reste pour l'heure hors de portée. Le 4 juin dernier, S&P Dow Jones a tranché. Aucune exception ne sera accordée aux mégacapitalisations souhaitant intégrer rapidement ses indices. La décision met fin à plusieurs semaines de consultation auprès des acteurs de marché qui s'interrogeaient sur l'opportunité d'adapter des règles conçues à une autre époque.
Les critères du S&P 500 maintenus malgré le poids de SpaceX
Ces règles sont claires. Toute société nouvellement cotée doit justifier d'au moins 12 mois de cotation, d'un flottant public supérieur à 10 % et surtout d'une rentabilité avérée, y compris sur le dernier trimestre.
Or, SpaceX a enregistré une perte nette de 5 Mds $ en 2025, en grande partie due à l'intégration de xAI dont les pertes opérationnelles ont pesé lourd dans les comptes. Ces critères, S&P a choisi de les maintenir intégralement au nom de la cohérence et de la stabilité des benchmarks.
Quels sont les enjeux pour les marchés de ce refus du S&P ?
La portée de cette décision est considérable. Le S&P500 est suivi par environ 7 500 Mds $ de fonds passifs, auxquels s'ajoutent 3 400 Mds $ gérés activement en référence à cet indice. Une inclusion rapide de SpaceX aurait mécaniquement contraint ces fonds à absorber pour quelque 14 Mds $ d'actions, une demande structurelle indépendante de toute conviction d'investissement.
D'autres fournisseurs d'indices ont fait un choix inverse. Le Nasdaq et le FTSE Russell intégreront SpaceX dans un délai de 15 jours suivant son introduction. Mais leur pondération sera modeste, inférieure à 0,15 %, compte tenu de la faiblesse du flottant initial. L'impact immédiat sur les flux restera donc limité de cette introduction dans ces indices.
Le débat sur l’intégration des mégacapitalisations ne fait que commencer
On va voir d'autres IPO au cours de l'année, donc la question reste ouverte, quel impact est-ce que ça peut avoir à plus long terme ?
Au-delà du cas de SpaceX, c'est une question de fond qui émerge. Les indices boursiers doivent-ils s'adapter à une réalité où des entreprises atteignent des valorisations de plusieurs milliers de milliards avant même de dégager un bénéfice ? OpenAI et Anthropic, valorisés aux alentours de 1 000 Mds $ chacune sur les marchés privés, pourraient bientôt se poser la même question.
Pour l'instant, S&P a choisi la continuité plutôt que l'adaptation. SpaceX devra donc suivre la voie classique, démontrer sa rentabilité, patienter 12 mois et convaincre les marchés sur la durée. Une trajectoire qui, si elle aboutit, pourrait faire son entrée dans le S&P 500, l'un des événements de marché les plus attendus de ces prochaines années.
Lire aussi : IPO de SpaceX, OpenAI et Anthropic : pourquoi leur entrée en Bourse ne bouleverserait pas le S&P 500
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