Le Private Equity en France : le blocage des valorisations en 2025

Le Private Equity français traverse une phase de ralentissement marquée, qui ne relève ni d’un accident conjoncturel ni d’un simple attentisme. En 2025, un peu plus de 420 acquisitions ont été annoncées par des fonds en France, pour un montant total de 23,3 Mds de dollars, soit un recul de plus de 20 % sur un an et 1 point bas depuis la crise sanitaire. Le marché reste actif, mais il fonctionne désormais à un rythme nettement plus lent, aussi bien à l’entrée qu’à la sortie, en dehors de quelques opérations de grande taille qui ne suffisent pas à masquer la contraction du cœur du marché.

Le Private Equity français freiné par le blocage des valorisations
La principale difficulté réside dans la formation des prix. Dans un environnement politique et macroéconomique instable, les vendeurs continuent de se référer aux niveaux de valorisation observés entre 2019 et 2022, tandis que les acheteurs intègrent désormais des taux durablement plus élevés, un coût du capital accru et des perspectives de croissance moins linéaires. Ce décalage constitue aujourd’hui le principal facteur de blocage et explique la forte polarisation des valorisations selon les secteurs.
Les actifs exposés à la santé, aux services essentiels ou à certaines niches technologiques parviennent encore à attirer des multiples élevés. À l’inverse, d’autres segments demeurent durablement délaissés. Dans ce contexte exigeant, seules les entreprises présentant des fondamentaux solides et une trajectoire de croissance lisible parviennent à conclure des opérations. Le spécialiste du diagnostic médical Sebia a ainsi ouvert son capital sur la base d’une valorisation proche de 5 Mds d’euros, tandis que Diot-Siaci s’est valorisé autour de 4,8 milliards. Dans la santé animale, Ceva a franchi un cap supplémentaire avec une valorisation avoisinant 9 Mds d’euros. Les enchères se raréfient, les due diligences s’allongent, les comités d’investissement deviennent plus prudents et les dossiers doivent être documentés en profondeur. Plusieurs opérations emblématiques n’ont pas abouti, comme la cession de Kersia ou celle de Solina, illustrant un marché désormais sans indulgence pour les actifs dont le narratif financier ne convainc plus.
Un contraste international et une pression croissante sur les sorties
En Europe, malgré un recul du nombre de transactions, le montant total des opérations de private equity a progressé pour dépasser 200 milliards de dollars en 2025. À l’échelle mondiale, les transactions ont atteint près de 900 milliards de dollars, largement portées par les États-Unis, qui concentrent plus de 60 % des volumes, notamment grâce à des mégadeals adossés à des financements structurés et à une réouverture partielle du marché du crédit LBO. Près d’un millier d’entreprises détenues par des fonds, valorisées chacune à plus d’un milliard d’euros, restent en portefeuille depuis plus de 6 ans, pour une valeur cumulée dépassant 3 000 milliards de dollars. Ce stock d’actifs non cédés pèse sur la remontée des liquidités vers les investisseurs institutionnels et limite la capacité des fonds à lever de nouveaux véhicules.
Dans ce contexte, la réouverture progressive du marché des introductions en Bourse pourrait offrir une voie de sortie complémentaire pour les actifs de grande taille. Le private equity n’est pas en crise au sens strict. Il entre dans une phase de normalisation marquée par le retour du prix du risque et la fin d’un cycle de valorisations déconnectées des fondamentaux. En France, cette transition est plus brutale qu’ailleurs et impose une adaptation rapide. Dans un environnement désormais contraint, la valeur ne se décrète plus : elle se démontre, se justifie et, parfois, se renégocie.
Source : Cercle de l'Epargne
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Focus sur le Private Equity au S1 2025
Au premier semestre 2025, les montants investis en Private Equity atteignent 10,1 milliards d’euros, après 14,9 milliards d’euros au second semestre 2024. Les semestres précédents affichaient 11,1 milliards d’euros (S1 2024), 11,5 milliards d’euros (S2 2023) et 10,9 milliards d’euros (S1 2023). Cette évolution marque un repli après un pic d’activité en 2024, lié à la reprise des opérations de grande taille.

Une progression soutenue des investissements depuis 2009
En 2024, les montants investis rebondissaient, portés par une reprise des opérations de grande taille. Cette dynamique a permis d’atteindre 26,0 milliards d’euros, après 22,4 milliards d’euros en 2023 et 24,7 milliards d’euros en 2022. Ce niveau record illustre la vitalité du marché du private equity français et sa contribution au financement des entreprises.
Sur le long terme, les montants investis montrent une évolution régulière. Le marché français est passé de 4,1 milliards d’euros en 2009 à 26,0 milliards d’euros en 2024, avec un taux de croissance annuel moyen de +6 % entre 2019 et 2024. Ces chiffres soulignent la solidité du private equity français et la profondeur de son tissu d’investissement.
Malgré le ralentissement observé au premier semestre 2025, les volumes investis demeurent à un niveau élevé. Cette constance traduit la résilience du marché français du private equity et la continuité des stratégies d’investissement mises en œuvre. Le secteur reste un levier majeur pour le financement de l’économie réelle.
Avec une croissance régulière et des montants investis en hausse sur quinze ans, le private equity français figure parmi les marchés les plus structurés d’Europe. L’évolution entre 2009 et 2025 illustre un développement stable, soutenu par la diversification des acteurs et des segments d’investissement.
Une résilience du Private Equity malgré les incertitudes économiques
L’étude semestrielle de France Invest, réalisée avec Grant Thornton, met en avant la résilience des levées de fonds et des investissements au S1 2025, malgré les incertitudes économiques. Si les montants investis affichent une baisse par rapport à la fin de 2024, le niveau global d’activité demeure solide. Cette stabilité illustre la capacité du private equity français à maintenir un flux d’investissement soutenu dans un environnement moins porteur, confirmant la robustesse du secteur.
Sources : France Invest, Grant Thornton – Activité du private equity français au S1 2025
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