Pourquoi consacrer 15 % de son portefeuille au Private Equity ?

Extrait du Point stratégique de Louis Flamand, CIO d’Altaroc de juillet 2026 "Une allocation de 15 % en Private Equity : Performance, diversification et construction de portefeuille"
"Le portefeuille 60/40 a longtemps suffi. Ce temps est révolu. Dans un régime de taux structurellement plus élevés et de corrélations actions-obligations inversées, incorporer le Private Equity n’est plus un pari tactique : c’est une nécessité de construction."
Pourquoi le portefeuille 60/40 ne suffit plus aujourd'hui
Le portefeuille 60/40 constitue depuis longtemps l'allocation de référence de la gestion patrimoniale traditionnelle : 60 % d'actions cotées et 40 % d'obligations. Cette répartition repose sur la complémentarité historique des deux classes d'actifs : quand les actions baissent, les obligations montent, offrant ainsi diversification et amortissement naturel des chocs.
Le retour de l'inflation remet en cause le modèle traditionnel
Dans un environnement inflationniste, la diversification traditionnelle entre actions et obligations perd l'essentiel de son efficacité. (...)
En 2022, le portefeuille 60/40 a enregistré une performance de -18 %¹, les actions mondiales ayant reculé de -19,5 %¹ et les obligations mondiales de -16,2 %¹ sur la même période. C'est la première fois depuis des décennies que les deux classes d'actifs chutaient simultanément.
Lire aussi : Le non coté mérite sa place dans les portefeuilles des investisseurs privés
Les marchés cotés représentent une part de plus en plus réduite de la création de valeur
Le nombre de sociétés cotées en bourse a diminué d'environ 30 % à l'échelle mondiale au cours des 40 dernières années. (...)
En 2025, les méga-capitalisations technologiques ont représenté 75 % de la progression du S&P 500³ sur l'année. (...)
Plus fondamentalement, la création de valeur s'est déplacée vers le non-coté. Bain & Co. indique que 85 % des entreprises américaines réalisant plus de 100 millions de dollars de chiffre d'affaires sont des sociétés privées⁴. (...)
Depuis 2012, le nombre d'entreprises soutenues par le Private Equity dépasse très largement celui des sociétés cotées aux États-Unis. Investir uniquement sur les marchés publics revient donc à se priver de l'essentiel de la création de valeur économique contemporaine.
Voir aussi : Les moteurs de création de valeurs dans le non-coté ont-ils changé ?
Pourquoi Altaroc retient une allocation de 15 %
Notre conviction est qu'une allocation d'au moins 15 % en Private Equity constitue aujourd'hui un socle raisonnable pour un investisseur particulier. (...)
15 % constitue ainsi un socle, non un plafond. (...)
La capacité à immobiliser du capital sur longue durée croît avec le patrimoine : plus la fortune est élevée, plus les contraintes de liquidité s'allègent et plus l'exposition au Private Equity peut légitimement augmenter, jusqu'à 30 % voire au-delà pour les patrimoines les plus importants.
Voir aussi : Private Equity : un engouement croissant, mais un potentiel encore sous-exploité dans les allocations
Les fondamentaux du Private Equity
Une prime de performance documentée sur le long terme
Mesuré sur longue période (données Cambridge Associates jusqu’en 2022), le Private Equity a généré un rendement excédentaire moyen de 430 points de base par rapport aux marchés actions cotés⁵. (...)
Cette prime est documentée sur longue période et dans toutes les géographies. En Europe notamment, selon le rapport Bain 2026 (méthode PME), le Private Equity surperforme clairement les marchés cotés sur 10 ans (PE Europe : 15 % vs MSCI Europe : 9 % en TRI net agrégé, au 30 septembre 2025)⁵.
Lire aussi : Private Equity : décryptage des stratégies, risques et rendements
Les travaux académiques confirment cette surperformance
Les économistes académiques, sans motivation ou intérêt commercial dans l’industrie du Private Equity, ont apporté un éclairage indépendant et rigoureux sur la performance historique du Private Equity et ses déterminants. (...)
Leur conclusion est rigoureuse : la performance moyenne des fonds de Buy-Out a excédé celle des marchés actions cotés sur la quasi-totalité des millésimes analysés. La surperformance par rapport au S&P 500 atteint en moyenne 20 à 27 % sur la durée totale d’un fonds⁶. (...)
Ilmanen, Chandra et McQuinn d’AQR Capital Management (Journal of Alternative Investments, 2019)⁷ apportent une nuance importante : la prime de rendement brute du Private Equity s’explique en partie par l’effet de levier et l’exposition aux small caps. (...)
Cette nuance renforce plutôt qu’elle n’infirme l’importance de la sélection du gérant comme premier vecteur de performance. (...)
Un autre avantage, souvent sous-estimé, réside dans la moindre volatilité du Private Equity. (...)
Les actifs privés font l’objet d’une valorisation périodique fondée avant tout sur les fondamentaux des entreprises en portefeuille, ce qui se traduit mécaniquement par des variations de valeur plus limitées et plus régulières.
Lire aussi : Le problème du "rendement moyen" du Private Equity
L'importance de la sélection du gérant : ce que montrent les données PitchBook
(...) Les données PitchBook au 31 mars 2026 (...) documentent précisément la performance réelle de la classe d'actifs sur une période couvrant plusieurs cycles macro. (...) Les TRI nets médians des millésimes 2010-2019 s'établissent de manière très régulière entre 15 % et 17 % par an (...). L'écart entre premier et troisième quartile est de l'ordre de 10 à 17 points de TRI net par an selon les millésimes, bien supérieur à ce que l'on observe sur les marchés cotés. La sélection du gestionnaire est donc le premier facteur de performance en Private Equity, avant l'allocation sectorielle ou géographique. Les millésimes 2021-2022 affichent des TRI médians plus modestes (10,8 % à 12,5 %), reflétant à la fois la jeunesse de ces fonds et les pressions liées à la hausse des taux depuis 2022.
Lire aussi : Private Equity : la sélection des gérants, plus décisive que jamais
(...)
L’impact quantifié : simulation sur un portefeuille diversifié
Une analyse de simulation publiée par KKR en novembre 2023, calibrée sur les rendements historiques réels, permet de quantifier l’impact d’une allocation de 15% en Private Equity dans un portefeuille diversifié. KKR y construit trois portefeuilles modèles autour d’objectifs distincts, tout en conservant 70% d’actifs liquides : « Generate Income » (...), « Preserve Capital » (...) et « Boost Return » (...).

Le portefeuille « Boost Return », qui alloue 15% au Private Equity tout en maintenant une structure 60/40 globale (...), améliore le rendement annualisé de 9,1% à 10,2%, soit +110 points de base par an, avec un meilleur ratio rendement/risque (0,73 vs 0,67) et un rendement de 11,9% contre 9,5% en scénario d’inflation élevée. Sur un horizon de 20 ans, ces 110 points de base supplémentaires se traduisent par plus de 20% de capital supplémentaire (697 vs 571 pour 100 investis, extrapolation Altaroc à partir des rendements composés KKR, par effet des intérêts composés.
Cette simulation est calibrée sur la performance agrégée de l’industrie (Cambridge Associates US PE Index), qui reflète une performance proche de la médiane du marché. Elle constitue donc une estimation conservatrice : un investisseur accédant à des gérants de premier ou deuxième quartile, ce que cible Altaroc dans sa sélection, bénéficierait d’un écart de rendement significativement supérieur aux 110 points de base modélisés. Les données PitchBook montrent qu’un écart médian/premier quartile de l’ordre de 7 points de TRI net sur les millésimes 2010-2019, l’amélioration potentielle par rapport au scénario médian pourrait atteindre plusieurs centaines de points de base supplémentaires.
Le contexte de marché en 2025-2026 : pourquoi les conditions soutiennent la thèse des 15 %
Les données de marché récentes ne sont pas de simples faits conjoncturels : elles illustrent et renforcent la thèse d'une allocation de 15 % en Private Equity. (...) La valeur des deals de Buy-Out a progressé de 44 % en 2025 pour atteindre 904 milliards de dollars, tandis que la valeur des sorties Buy-Out a rebondi de 47 % à 717 milliards de dollars (...) 13 mégadeals de plus de 10 milliards de dollars ont représenté 274 milliards de dollars de la hausse de la valeur des deals en 2025. (...) Malgré ces turbulences, les marchés privés ont fait preuve de résilience en dehors du segment technologique, ce qui confirme le rôle stabilisateur du Private Equity dans un portefeuille diversifié. La liquidité : un défi structurel qui crée une opportunité pour les nouveaux millésimes (...) Les distributions aux investisseurs en pourcentage de la valeur nette d'actif (NAV) sont restées inférieures à 15 % pendant quatre années consécutives (...). L'industrie fait face à un stock considérable d'entreprises non cédées : 32 000 sociétés représentant 3 800 milliards de dollars. (...) Ce stock ne restera pas immobile : pour lever de nouveaux fonds, les gérants (GPs) doivent restituer du capital à leurs investisseurs, ce qui les contraint à monétiser leurs positions existantes. Ces sorties devront nécessairement trouver acquéreur dans les prochaines années et alimenteront un flux de transactions soutenu, dont les millésimes en cours de déploiement seront les premiers bénéficiaires (...) autant de conditions historiquement associées aux meilleurs millésimes.
Pourquoi le contexte actuel favorise les nouveaux investissements
Cette pression sur la liquidité se reflète dans les levées de fonds : le Buy-Out a reculé de 16 % à 395 milliards de dollars en 2025¹³, et le nombre de fonds ayant bouclé une clôture finale a chuté de 23 %. (...)
Dans ce contexte, la sélection du gérant n'a jamais été aussi déterminante. (...)
Ce resserrement des levées dessine en réalité un nouveau paradigme favorable pour les investisseurs : (...)
Moins de capitaux en compétition signifie moins de surenchère sur les prix d'acquisition, dans un marché où les valorisations ont déjà baissé. (...)
Les investisseurs qui s'engagent aujourd'hui seront positionnés pour bénéficier à la fois de prix d'entrée raisonnables et d'un flux de transactions abondant.
Un changement de paradigme pour le Private Equity
Les conditions de financement LBO se sont normalisées depuis le pic de 2023. (...)
Selon les données Jefferies (mai 2026), le coût total de la dette LBO s'établit à environ 8,1 % aux États-Unis¹⁵ et 6,2 % en Europe¹⁵. (...)
Ces niveaux sont supérieurs à la moyenne de la période 2011-2019, mais en nette détente depuis le pic de 2023.
Parallèlement, les multiples de levier sur les transactions récentes se situent entre 4,4x et 5,4x¹⁵ en dette senior de premier lien, contre une moyenne de 5,5x aux États-Unis sur la période 2015-2019. (...)
Ce recul du levier s'explique par deux dynamiques complémentaires. (...)
La hausse des taux depuis 2022 a mécaniquement contraint les leviers, obligeant les emprunteurs à lever moins de dette pour maintenir une couverture des intérêts acceptable. (...)
L'évolution du mix de transactions, avec la montée en puissance des deals de croissance dans les logiciels, les services aux entreprises et la santé, a structurellement tiré le levier moyen vers le bas. (...)
Dans ces secteurs, la création de valeur repose sur la croissance opérationnelle et non sur l'effet de levier, le cash généré étant réinvesti dans la croissance plutôt que mobilisé pour servir la dette.
La croissance opérationnelle devient le principal moteur de performance
Les taux de défaut demeurent contenus, en deçà de 2 % en Europe comme aux États-Unis. (...)
La dette de LBO ne constitue donc pas un obstacle structurel à la création de valeur dans l'environnement actuel.
Dans ce contexte de moindre recours au levier financier, la performance repose désormais avant tout sur la capacité des sociétés en portefeuille à générer une croissance opérationnelle durable. (...)
Bain (2026) le quantifie explicitement : il faut aujourd'hui générer environ 12 % de croissance annuelle d'EBITDA pour atteindre un objectif de 2,5x MOIC sur cinq ans, contre 5 % suffisants il y a dix ans¹⁵. (...)
Les gérants qui ont prouvé leur capacité à créer de la valeur opérationnelle disposent d'un avantage structurel durable, indépendant du cycle de taux.
Quels sont les principaux risques du Private Equity et comment les gérer ?
Une analyse honnête du Private Equity doit exposer ses contreparties avec la même rigueur que ses vertus.
L'illiquidité est inhérente au Private Equity
Un fonds fermé appelle le capital progressivement et distribue les produits de cession entre les années 4 et 10 environ. (...) Les flux nets de trésorerie sont négatifs dans les premières années, avant que les investissements ne créent de la valeur et génèrent des distributions : c'est la courbe en J, dynamique structurelle et non le signe d'une mauvaise performance. (...) C'est précisément pourquoi l'allocation de 15 % représente un calibrage raisonnable pour un investisseur particulier disposant de contraintes de liquidité réelles.
Le Re-Up permet de lisser les performances dans le temps
Le fonds fermé constitue le véhicule historique du Private Equity institutionnel. (...) La discipline du Re-Up, consistant à se réengager systématiquement dans les millésimes successifs de ses gérants, amplifie cette logique. (...) En s'engageant chaque année, l'investisseur capture mécaniquement la performance structurelle de la classe d'actifs plutôt que celle d'un millésime particulier.
Les véhicules evergreen répondent à un objectif différent
Les véhicules evergreen (semi-liquides) atténuent mécaniquement certaines contraintes du fonds fermé. (...) Mais cette accessibilité s'accompagne d'un profil de performance structurellement inférieur à celui d'un programme de fonds fermés en discipline Re-Up. (...)
L'evergreen n'est donc pas une version simplifiée du fonds fermé offrant les mêmes performances avec plus de liquidité : c'est un positionnement différent, fondé sur un compromis assumé entre accessibilité et performance.
Les principes de mise en œuvre d'une allocation de 15 %
La mise en œuvre efficace de l'allocation de 15 % repose sur quatre principes :
- Construire progressivement en discipline de Re-Up.
- Séparer rigoureusement la poche illiquide et la poche liquide.
- Sélectionner des gérants avec un track record de création de valeur opérationnelle et de distribution.
- Privilégier des gérants peu dépendants du levier financier.
Contributeurs
Les indispensables de votre veille professionnelle
Graph du jour
Chaque jour, nous sélectionnons pour vous, professionnels de la gestion d'actifs, une actualité chiffrée précieuse à vos analyses de marchés.
Statistiques marchés, baromètres, enquêtes, classements, résumés en un graphique ou une infographie dans divers domaines : épargne, immobilier, économie, finances, etc. Ne manquez pas l'info visuelle quotidienne !
Kimi K3 relance la compétition entre les États-Unis et la Chine dans l'IA

Kimi K3 relance la compétition entre les États-Unis et la Chine dans l'IA
En juillet 2026, la publication du modèle Kimi K3 de l’entreprise chinoise Moonshot a retenu l’attention des observateurs de marché à plusieurs titres.
Le top 5 des graphiques les plus consultés
Demandeurs d’emploi : une légère baisse au 1er trimestre 2026
Croissance 2025 : l’Europe à plusieurs vitesses selon Bruxelles
Le prix du cacao fond face à l’affaiblissement de la demande
Dette et déficit : 50 ans de déséquilibre budgétaire
LMNP, réintégration des amortissements, faut-il privilégier la SCI à l'IS ?
Un outil pratique mis à votre disposition pour découvrir et vous inscrire aux prochains événements de nos partenaires : webinars, roadshow, formations, etc.

.webp)

%20(1).webp)




.webp)





.webp)






















