Comment les banques centrales ont-elles réagi à la guerre en Iran ? (Cpram)

La semaine dernière, plusieurs banques centrales majeures (Fed, BCE, BoJ, BoE notamment) ont tenu leur comité de politique monétaire dans un contexte de forte augmentation des prix de l’énergie.
Nous revenons ici sur les principaux points de convergence et les spécificités dans leurs évaluations de la situation et dans leurs réactions.
Hausse des prix de l’énergie : un impact partagé sur l’inflation et la croissance
Sans surprise, les banques centrales perçoivent la hausse des prix de l’énergie comme ayant un impact négatif sur la croissance et haussier sur l’inflation. Elles indiquent aussi que l’incertitude est particulièrement élevée. Par exemple, Jerome Powell, Président de la Federal Reserve, a répété plusieurs fois « We just don’t know » et Christine Lagarde, Présidente de la Banque Centrale Européenne, a indiqué que « la guerre au Moyen-Orient avait rendu les perspectives significativement plus incertaines. » La BoJ et la Riksbank estiment également qu’il est trop tôt pour se faire une idée de l’impact sur l’activité et l’inflation.
Les banques centrales n’ont pas pris de décision de taux pour le moment et préfèrent prendre le temps de voir l’évolution des prix de l’énergie. Andrew Bailey, le gouverneur de la BoE, résume bien leur positionnement : « Je tiens à mettre en garde contre toute conclusion hâtive quant à une éventuelle hausse des taux d'intérêt… Aujourd'hui, nous avons transmis un message très clair : la position à adopter est le statuquo ».
Les banques centrales sont bien conscientes qu’elles ne définissent pas les prix de l’énergie. Comme le dit Andrew Bailey, « la politique monétaire ne peut pas inverser le choc sur les prix de l’énergie » mais la BoE peut « répondre au risque d’un effet plus persistant surl’inflation. »
Au-delà des prix de l’énergie, l’interrogation porte déjà sur les effets de second tour, c'est-à- dire d'augmentation des prix non-énergétiques en réaction à la hausse des prix de l'énergie. Le terme « effets de second tour » est par exemple apparu 8 fois durant la conférence de presse de Christine Lagarde. Là encore, les banques centrales indiquent toutes que plus le conflit durera, plus le risque d’effets de second tour sera important. Dans ce cadre, la question des anticipations d’inflation sera clé dans la fonction de réaction. Jerome Powell a indiqué que la Fed pouvait ne pas surréagir si les anticipations d’inflation de long terme étaient bien ancrées et Christine Lagarde a évoqué la situation comme celle des 3 fois 2% : 2% d’inflation à moyen terme, 2% d’anticipations d’inflation à moyen terme et 2% de taux d’intérêt.
Les banques centrales indiquent être mieux positionnées que pour la crise énergétique de 2022, essentiellement pour deux raisons : 1) les taux directeurs sont plus élevés qu’en 2022 (au début de l’année 2022, aucune banque centrale développée n’avait des taux supérieurs à 1%) et plus proches des taux neutres, 2) les marchés du travail sont nettement moins tendus qu’en 2022, ce qui atténue le risque d’effets de second tour.
Banques centrales : des divergences nationales dans les scénarios économiques
Alors que la majorité des banques centrales ont soit baissé leurs prévisions de croissance soit sous-entendu qu’elles pourraient le faire, la Fed a relevé ses prévisions de croissance pour 2026, 2027, 2028 et pour le long terme. Jerome Powell a expliqué qu’il s’agissait là d’une hypothèse de plus forte croissance de la productivité. En revanche, les prévisions de taux de chômage n’ont quasiment pas été modifiées (légèrement relevée pour 2027). En réalité, la Fed a un scénario de plus en plus un scénario de « jobless boom » pour les Etats-Unis. Les membres du FOMC continuent d’afficher des « dots » indiquant une baisse de taux en 2026 et une en 2027, qui se matérialiseraient si la désinflation prévue se matérialisait.
Probablement échaudée par la très forte inflation de 2022 (pic à 10,6%), la BCE a préparé des scénarios « adverse » et « sévère » d’évolutions des prix de l’énergie. Elle est la seule dans ce cas. Cela dénote probablement aussi d’une conscience de la vulnérabilité de l’Europe par rapport au sujet de l’énergie.
La BoJ a maintenu une communication relativement offensive et semble chercher à ancrer les anticipations. Sa pause pourrait néanmoins être plus longue que prévu en raison de l’incertitude élevée.
La RBA a annoncé une seconde hausse de taux consécutive le 17 mars et sa gouverneure s’est dite préoccupée d’éventuels effets de second tour dans le sillage des prix de l’énergie.
La BNS sous-entend qu’elle pourrait agir sur le marché des changes pour contrer l’appréciation du franc suisse, traditionnelle valeur refuge.
La BoE et la Riksbank ont maintenu la possibilité d’une baisse de taux dans l’éventualité où le choc actuel serait de courte durée.
La Banque du Canada a maintenu son principal taux inchangé. Mais la situation est différente dans le cas du Canada car l’économie canadienne peut tirer parti de prix de l’énergie plus élevés.
Le choc sur les prix de l’énergie causé par la guerre en Iran va peser sur la croissance et tirer l’inflation à la hausse, ce qui est particulièrement inconfortable pour les banques centrales. Toutes insistent sur l’incertitude liée à la durée du conflit et ont cherché cette semaine à gagner du temps. La question porte déjà sur les éventuels effets de second tour mais elles indiquent généralement être mieux positionnées que pour la crise énergétique de 2022, essentiellement pour deux raisons : 1) les taux directeurs sont plus élevés qu’en 2022 et plus proches des taux neutres, 2) les marchés du travail sont nettement moins tendus qu’en 2022.
Banques centrales listées : Fed (Federal Reserve, États-Unis), BCE (Banque Centrale Européenne, Zone euro), BoE (Bank of England, Royaume-Uni), BoJ (Bank of Japan, Japon), RBA (Reserve Bank of Australia, Australie), RBNZ (Reserve Bank of New Zealand, Nouvelle-Zélande), Riksbank (Sveriges Riksbank, Suède), Norges (Norges Bank, Norvège), BoC (Bank of Canada, Canada), BNS (Banque Nationale Suisse, Suisse).
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