Les opportunités de la transition énergétique dans les pays émergents

Analyses de marchés
transition énergétique pays émergents

Au-delà des idées reçues

« On a longtemps regardé les émergents comme des retardataires de la transition énergétique. Les données racontent aujourd’hui une tout autre histoire. » Marc-Antoine Vinot, Analyste ESG, IVO Capital Partners

Les pays émergents traînent une réputation tenace : celle d'économies dépendantes d'un mix énergétique sale, largement dominé par le charbon et les hydrocarbures. Dans cette lecture, la transition énergétique serait un luxe de pays développés. Les émergents, eux, y viendraient plus tard, une fois leur cycle de développement achevé.

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Les faits racontent une tout autre histoire. Parmi les dix mix électriques les plus verts au monde, quatre appartiennent à des pays émergents ou en développement, le Brésil et le Chili dépassant les 90 % de part renouvelable. Le basculement n'est pas à venir, il est en cours.

Plus encore, c'est désormais dans les économies émergentes que se concentre l'essentiel de la croissance énergétique mondiale. En 2024, 80 % de la croissance de la demande énergétique mondiale provenait des émergents, l'Inde dépassant à elle seule l'ensemble des économies avancées. Solaire, éolien, biocarburants, biogaz, biométhane : ces pays développent un spectre large de filières énergétiques qui combinent transition, souveraineté sur les importations et valorisation de leurs ressources locales. Ce sont eux qui redessinent la géographie de la transition.

Dans ce contexte, une question s'impose naturellement pour les investisseurs : au-delà des idées reçues, où se situent réellement les opportunités offertes par la transition énergétique des marchés émergents ?

Investissements dans les énergies propres : les émergents dépassent les fossiles

Un investissement clean energy qui dépasse désormais les fossiles

Le premier signal fort est le point de bascule atteint en matière de dépenses en capital. En 2024, les investissements dans les énergies propres dans les marchés émergents ont atteint 1 000 milliards de dollars, représentant désormais près du double des dépenses en énergies fossiles. Ce croisement, visible depuis 2021, s’est accéléré de manière spectaculaire : les capex énergies renouvelables ont presque doublé entre 2019 et 2024, alors que les fossiles ont stagné.

Cette dynamique est d’autant plus significative qu’elle s’accompagne d’un avantage économique décisif : le coût des énergies renouvelables est structurellement inférieur à celui des énergies fossiles à l’échelle mondiale. Le LCOE moyen mondiale (coût moyen de production de l’électricité sur la durée de vie d’une installation) du solaire s’établit autour de 43 USD/MWh et l’éolien onshore à 34 USD/MWh, contre 73 USD/MWh pour le charbon. Cette compétitivité-prix rend les projets renouvelables économiquement rationnels, indépendamment de toute contrainte réglementaire ESG.

Des marchés émergents déjà bien positionnés sur les renouvelables

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Brésil, Chili, Chine : des marchés émergents déjà leaders sur les renouvelables

Cette dynamique d’investissement se traduit déjà dans la structure des systèmes électriques de nombreux marchés émergents. Contrairement à certaines idées reçues, plusieurs d’entre eux disposent déjà d’un mix électrique largement dominé par les énergies renouvelables. Le Costa Rica, le Népal et l’Éthiopie affichent un mix électrique quasi intégralement renouvelable (à près de 100 %), rivalisant avec des pays développés comme l’Islande ou la Norvège. Le Brésil et le Chili, deux poids lourds de l’univers émergent, dépasseront les 90 % de part renouvelable dans leur mix électrique à 2030.

Le cas du Brésil est emblématique : septième marché mondial de l’électricité, le pays a produit 88 % de son électricité à partir de sources renouvelables en 2024 et son mix énergétique global a atteint 50 % de renouvelable. Entre 2014 et 2024, la part de l’éolien et du solaire a été multipliée par quinze, passant de 2 % à 24 % de la production électrique, permettant de réduire la génération fossile de 45 % sur la même période.

La Chine, bien que souvent associée à ses centrales à charbon, représente à elle seule près de 60 % de la croissance mondiale des capacités renouvelables et devrait atteindre son objectif éolien-solaire de 2035 avec cinq ans d’avance, le pays ayant installé plus de capacités solaires en 2024 que le reste du monde réuni.

Ces résultats acquis ne sont qu'un point de départ. La région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) enregistre la plus forte révision à la hausse (+25 %) sur ses projections de déploiement renouvelable sur 2025-2030, portée par l’essor du solaire PV en Arabie Saoudite, tandis que l’ASEAN bénéficie d’une révision de +15 % grâce à des politiques d’enchères plus ambitieuses. Concrètement, la région MENA devrait ajouter 62 GW de capacité renouvelable sur cette période, dont plus de 85 % en solaire PV. La capacité solaire installée, qui s’élevait à environ 24 GW fin 2024, pourrait dépasser 180 GW d’ici 2030 selon la MESIA (Middle East Solar Industry Association). L’Arabie Saoudite, qui vise 50 % de renouvelable dans son mix électrique d’ici 2030, concentre à elle seule plus d’un tiers de cette croissance.

De plus, le World Energy Outlook 2025 de l’AIE projette que les ajouts de capacités renouvelables dans les marchés émergents dépasseront en moyenne 600 GW par an d’ici 2035, soit environ quatre fois la capacité électrique totale de la France chaque année.

Cette accélération contraste nettement avec la trajectoire de certaines économies avancées. L’AIE a révisé à la baisse de près de 50 % ses prévisions de capacité renouvelable pour les États-Unis sur 2025-2030, en raison de la suppression anticipée de crédits d’impôt fédéraux, de nouvelles restrictions à l’importation et de la suspension des permis éoliens offshore. Au Royaume-Uni, les retards sur l'éolien offshore ont creusé un déficit estimé à 32 GW par rapport aux objectifs 2030. En Corée du Sud, le 11e Plan de base pour l'électricité, finalisé en février 2025 sous l'administration Yoon, a ramené l'objectif renouvelable à 22 % pour 2030, en dessous des 30 % pourtant inscrits dans les engagements climatiques nationaux du pays, tout en échouant à tenir l'engagement pris à la COP28 de tripler la capacité renouvelable installée d'ici 2030.

Inde : un moteur majeur de la croissance des énergies renouvelables en Asie

L’Inde, moteur de la croissance renouvelable en Asie-Pacifique

Parmi les économies émergentes engagées dans cette transformation énergétique, l’Inde occupe une place particulière. Selon l’AIE, la capacité installée devrait quasi doubler entre 2025 et 2030 en Asie-Pacifique. L’Inde représente à elle seule plus de la moitié de cette expansion avec 250 GW de capacité renouvelable installée à fin 2025 et un objectif de 500 GW de capacité non-fossile d'ici 2030. Source : IEA Renewables 2025 report

Ce dynamisme s’inscrit dans la continuité du plan d’investissement massif de l’Inde : 13,3 milliards USD en 2024 (+40 % en un an) pour diversifier son mix énergétique. Le solaire PV utilitaire et distribué domine les additions de capacité, suivi de l’éolien, qui connaît également une forte remontée.

Les résultats sont déjà tangibles : l'Inde a atteint le seuil de 50 % de capacité installée non fossile en juin 2025, soit plus de cinq ans en avance sur son objectif NDC sous l'Accord de Paris, et s’impose ainsi comme l'un des acteurs les plus dynamiques de la transition renouvelable parmi les émergents.

Greenko, l'un des principaux producteurs d'énergie renouvelable d'Inde et émetteur obligataire de référence dans l'univers des marchés émergents, illustre parfaitement cette dynamique. Fondée en 2004, la société a porté sa capacité installée d’environ 2,5 GW en 2018 à plus de 11 GW aujourd'hui, répartis sur 14 États indiens à travers un mix éolien, solaire et hydraulique, avec une ambition de 50 GW d'ici 2030, ce qui en ferait l'un des plus grands producteurs d'énergie renouvelable au monde.

Biocarburants : un enjeu de souveraineté énergétique pour les émergents

Les biocarburants : sécurité énergétique et relais de croissance

Au-delà de la décarbonation du secteur électrique, les biocarburants représentent une opportunité souvent sous-estimée pour les marchés émergents. Leur intérêt est double : ils contribuent à la réduction des émissions de CO2 dans le secteur du transport en plus de réduire la dépendance aux importations de pétrole, un enjeu critique dans le contexte géopolitique actuel.

Les tensions persistantes au Moyen-Orient, et en particulier autour de l’Iran, rappellent la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement pétrolières. Pour des pays comme l’Inde, l’Indonésie ou le Brésil, largement dépendants des importations de carburants de transport, le développement des biocarburants offre un levier concret de souveraineté énergétique. Les données de l’AIE montrent que l’intégration des biocarburants peut réduire significativement le taux de dépendance aux importations de carburants de transport de ces pays. Source : IEA Renewables 2025 report

Au Brésil, FS Bioenergia incarne ce même mouvement. Quatrième producteur d'éthanol du pays avec une capacité de 2,2 milliards de litres par an, la société est pionnière dans la production d'éthanol de maïs, une technologie plus compétitive en coût et à l'empreinte carbone inférieure à la filière canne à sucre dominante. Elle bénéficie directement du programme brésilien Combustível do Futuro, une législation adoptée en 2024 qui prévoit de porter le taux de mélange de l'éthanol dans l'essence de 22 % à 35 % d'ici 2030, soutenant structurellement la demande.

Biogaz et biométhane : un potentiel massif dans les économies émergentes

Le biogaz et le biométhane : un potentiel concentré dans les émergents
Un dernier axe d’opportunité mérite l’attention : le biogaz et le biométhane. Selon le rapport de l’AIE publié en 2025, près de 1 000 milliards de mètres cubes d’équivalent gaz naturel pourraient être produits de manière durable chaque année à partir des flux de déchets organiques existants, soit l’équivalent d’un quart de la demande mondiale de gaz naturel. Or, 80 % de ce potentiel se concentre dans les économies émergentes et en développement, menées par le Brésil, la Chine et l’Inde. À titre d’illustration, le potentiel indien de production de biogaz dépasse sa consommation actuelle de gaz naturel, alors que le pays exploite aujourd’hui moins de 5 % de ce gisement.

Les économies asiatiques émergentes offrent les coûts de production les plus bas, avec 40 milliards de mètres cubes disponibles à moins de 10 USD/GJ, un niveau directement compétitif avec le prix d'importation du GNL en Asie, qui oscille entre 8 et 14 USD/GJ.

Le biogaz présente un intérêt particulier : il se situe à l’intersection de plusieurs thématiques (valorisation des déchets, économie circulaire, sécurité énergétique, développement rural) et offre un substitut direct au gaz naturel sans nécessiter de nouvelles infrastructures.

Voir aussi : Biométhane : une alternative compétitive au gaz naturel ?

IVO Capital Partners renforce son exposition aux renouvelables émergents

IVO Capital Partners s'est positionné sur cette dynamique de transition énergétique dans les marchés émergents, avec 225 millions d'euros d'obligations de producteurs d'énergies renouvelables en portefeuille, la moitié étant émises par des entreprises indiennes dont Greenko, l'un des leaders privés de la transition énergétique en Inde avec plus de 11 GW de capacité installée, participant concrètement à la transformation du système énergétique du pays. Cette exposition couvre un spectre large de technologies : le fonds IVO EM Corporate Debt Short Duration SRI illustre cette approche : le secteur de l'électricité et de la chaleur y représente 16 % de l'allocation avec 100 % de génération renouvelable avec des premières positions prises en bioénergie notamment via des émetteurs comme FS Bioenergia, pionnier de l'éthanol de maïs au Brésil.

Cette exposition s'accompagne d'un profil de rendement attractif : le coût du capital structurellement plus élevé dans les marchés émergents se traduit, côté obligataire, par des coupons supérieurs à ceux offerts par des émetteurs équivalents dans les pays développés. Investir dans la transition énergétique émergente ne relève donc pas du seul pari thématique, c'est aussi une source de rendement tangible pour les investisseurs obligataires.

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Par IVO Capital Partners

Voir aussi : Marchés émergents : où investir face aux tensions géopolitiques ?

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