En attendant la réouverture du détroit d’Ormuz (Financière de l'Arc)

Analyses de marchés

« Nous ne laisserons pas une seule goutte de pétrole quitter la région ». Depuis cette déclaration du 2 mars attribuée au général de brigade Ebrahim Jabari, un conseiller du commandant du Corps des gardiens de la révolution islamique en Iran (CGRI), le détroit d’Ormuz est considéré comme fermé. Les armateurs ont pris ces menaces très au sérieux en ordonnant aux équipages de leurs navires présents dans le golfe Persique de ne pas franchir cette zone maritime étroite reliant l’océan Indien. Ceux qui ont bravé l’interdiction en ont été pour leurs frais. Seuls des cargos perses ont franchi cette barrière, permettant à la République islamique d’être la seule nation dans la région à exporter du brut à ses principaux partenaires, notamment la Chine. Face à cette situation et à ce risque de pénurie, les pays membres de l’Agence internationale de l’énergie (IAE) ont réagi, le 11 mars, par le plus gros déblocage de réserves de brut de l’Histoire, soit 400 millions de barils. Cette décision, couplée à l’annonce de Donald Trump que la fin de la guerre était proche, a permis de faire reculer le prix du Brent, après une flambée proche des 120 dollars ce 9 mars. Pour combien de temps ? Quelle est l’allocation optimale en ces temps troublés ?

Comme toujours, restons pragmatiques. Si l’on estime que la quantité de brut en transit quotidiennement via le détroit est autour de 20 millions de barils par jour (soit 20 % de la demande mondiale), alors ce déblocage représente 20 jours de consommation. Cela permettrait de tenir en théorie jusqu’à la fin mars et constitue de facto une nouvelle échéance aux yeux des investisseurs. Ce calendrier conviendrait également au président américain, dont on pressent prochainement la fin des frappes. C’est un facteur positif qui laisse entrevoir en théorie un scénario de sortie ou d’apaisement de ce conflit. Tout dépend en réalité de la réouverture du détroit d’Ormuz. L’abandon des bombardements américains sera-t-il corrélé à la fin de son blocage ? C’est la question clé, qui déterminera, selon nous, l’orientation des marchés ce printemps. Ce serait le scénario idéal, qui permettrait un rebond plus durable que celui que nous venons de connaître depuis ce lundi 9 mars. En temps normal, une trêve dans ce conflit signifierait un arrêt, même provisoire, de ce blocage maritime. Toutefois, l’Iran est soumis, depuis le décret du 6 août 2018 (E.O. 13 846), signé à l’époque par Donald Trump, à des sanctions contre ses exportations, visant tous les acteurs impliqués dans le négoce, le transport, le raffinage, ainsi que le paiement et le financement de son pétrole. Ces sanctions ont été renforcées au fil du temps pour prendre en compte les navires de la flotte fantôme, ainsi que les diverses entités et individus actifs dans ce commerce désormais illicite. De facto, le pouvoir en place n’a rien à perdre à poursuivre ce blocage. Le fait que les services de renseignement américains aient signalé dernièrement des poses de mines pencherait pour une volonté de jusqu’au-boutisme.

« Le détroit d’Ormuz devrait rester fermé ». Cette déclaration du 12 mars par le nouveau guide suprême Mojtaba Hosseini Khamenei en dit long sur la volonté d’utiliser cette arme économique dans les hostilités. Si cette position devait perdurer, le cours du pétrole devrait de nouveau repasser au-dessus de ce seuil psychologique des 100 dollars. Ce niveau est encore trop anxiogène pour le marché. Dans ce cas, la reprise boursière récente ne pourra être pérenne.

La France et l’Italie négocient. Selon un rapport du Financial Times, la France et l’Italie auraient ouvert des pourparlers avec l’Iran pour garantir un passage sûr pour les navires européens à travers le détroit d’Ormuz, dans le but de relancer les expéditions d’énergie depuis le Golfe. En cas de réussite, ce serait un soulagement pour les marchés.

En cas d’échec, quelle serait l’issue ? L’opération de sécurisation militaire du détroit impliquerait de lourdes frappes en amont, suivie par un accompagnement des cargos par des bâtiments d’une coalition internationale. Cet accompagnement militaire est essentiel après la mise en place le 6 mars dernier d’un système de réassurance pour couvrir le risque encouru par les armateurs. Cette solution émane du président américain. Dans l’incertitude, nous préférons attendre et maintenons des expositions plus réduites dans les portefeuilles. Toutefois, nous sommes conscients que l’Histoire a démontré que des conflits au Moyen-Orient constituaient sur le long terme des points d’entrée intéressants. Patience donc, et pragmatisme !

Par Financière de l'Arc

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