2026 : on prend les mêmes et on recommence ? (Ecofi)

Analyses de marchés
croissance mondiale perspectives 2026

L’année 2025 fut pleine de rebondissements : de l’élan de souveraineté en Europe aux nombreuses rodomontades de Donald Trump, en passant par l’instabilité de l’environnement géopolitique. Malgré ces perturbations, 2025 restera un excellent millésime pour les actifs risqués, avec des performances dépassant les 20% pour certains grands marchés. La croissance de l’économie mondiale s’est avérée satisfaisante et le phénomène de désinflation s’est globalement prolongé. Les Banques centrales ont, dans l’ensemble, poursuivi leur assouplissement monétaire initié en 2024, quoique de manière plus modeste. Mais les fins d’année coïncident aussi avec le traditionnel exercice des perspectives annuelles et ce numéro du Mensuel n’y échappera pas. L’année 2026 s’inscrit-elle dans la continuité de 2025, ou bien marquera-t-elle au contraire une rupture ?

Une croissance européenne plus résiliente qu’attendu en 2025

La croissance économique de la zone Euro en 2025 a été supérieure aux attentes des consensus exprimées en début d’année. Cette bonne dynamique masque toutefois d’importantes disparités. La demande privée reste inégale, l’industrie manufacturière peine face aux services, et les pays du sud se sont démarqués de ceux du cœur de l’Europe. Contrairement au consensus, nous nous étions montrés plus optimistes en début d’année 2025 et nous le sommes de nouveau pour 2026. L’accord sur les droits de douane entre l’UE et les États-Unis procure une plus grande visibilité aux entreprises, mais sa mise en application pourrait encore montrer un « trou d’air » sur les données de fin 2025 et début 2026. Au-delà, le déploiement du plan allemand devrait contrer en partie l’aspect négatif de la politique commerciale américaine. Ce plan, dont les retombées positives sur l’économie allemande et celle de la zone Euro dépendent avant tout de l’ampleur du multiplicateur budgétaire, ne doit toutefois pas être considéré de manière isolée. Ces mesures interviennent en effet à un moment crucial du cycle économique en zone Euro. Les baisses de taux effectuées par la BCE depuis 2024 n’ont pas encore totalement infusé dans l’économie et les gains de pouvoir d’achat enregistrés grâce à la baisse de l’inflation constituent toujours un point d’appui. Ces éléments, couplés à la possibilité d’un renforcement supplémentaire en matière d’autonomie stratégique européenne, laissent présager une croissance pour 2026 supérieure à son potentiel estimé autour de 1%. Dans le même temps, plusieurs facteurs sont susceptibles d’exercer des pressions désinflationnistes à court terme : l’appréciation de l’euro face au dollar et aux principales devises internationales, la baisse des prix de l’énergie ou encore la réorientation des flux de marchandises chinoises vers l’Europe dans le contexte de la guerre commerciale sino-américaine. Toutefois, des pressions inflationnistes pourraient émerger à mesure du déploiement du plan allemand et de l’inflexion du cycle économique que nous anticipons. Parallèlement, le taux de chômage de la zone Euro devrait poursuivre sa baisse et rester inférieur au taux de chômage d’équilibre à long terme, en dessous duquel les pressions salariales augmentent et au-dessus duquel elles diminuent. Dans ce contexte, la BCE devrait maintenir sa politique monétaire inchangée au cours des six prochains mois.

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Politique monétaire et inflation : quels ajustements attendus en 2026 ?

Pour la seconde partie de l’année, nous envisageons la possibilité d’un durcissement de la politique monétaire voire d’une remontée des taux directeurs, sous réserve de la matérialisation de notre scénario d’embellie conjoncturelle.

Les États-Unis face aux effets différés de la politique commerciale

Aux États-Unis, le taux effectif des droits de douane appliqué par les États-Unis au reste du monde a bondi de 2,4% en 2024 à environ 15% fin 2025, négociations et exemptions incluses. Le ralentissement de l’économie américaine observé jusqu’ici devrait se prolonger à court terme, sous l’effet de plusieurs facteurs : la baisse du pouvoir d’achat des ménages due aux droits de douane, le choc d’incertitude lié à la politique économique erratique de Donald Trump, la fragilité du marché de l’emploi et la période prolongée de « shutdown ». Cependant, la conjonction de la réduction de l’incertitude commerciale, l’atténuation progressive de l’impact des hausses de droits de douane sur les consommateurs, ainsi que l’effet à venir des baisses de taux déjà effectuées par la Fed devraient ensuite favoriser une réaccélération de l’économie américaine et une amélioration des métriques de l’emploi. Les mesures budgétaires prévues au sein du OBBA (One Big Beautiful Act) soutiendront également la croissance. Les investissements dans l’IA devraient continuer de contribuer positivement à la croissance du PIB américain, mais de moins en moins, à mesure de la reprise des secteurs plus « traditionnels ». La désinflation devrait se poursuivre, mais de manière moins poussive. Selon nous, l’augmentation des droits de douane ne s’est pas encore intégralement transmise dans les prix. Nous anticipons une « bosse » d’inflation dans les biens non manufacturés qu’initialement escomptée, mais un peu plus étalée dans le temps. En outre, la réaccélération de l’activité pourrait entraîner un regain de tension sur le marché du travail et ainsi ralentir la désinflation. La moindre augmentation des loyers (≈30-40% dans les différentes mesures d’inflation) ou encore l’atténuation des effets de la pandémie sur l’évolution de certaines catégories spécifiques (frais d’assurance auto…) devraient néanmoins exercer des pressions baissières. À la différence de 2025, la vague d’ajustement nécessaire à la poursuite de l’ajustement de la politique monétaire de la Fed devrait être l’inflation et non plus l’emploi. Dans ce contexte, nous prévoyons ainsi une à deux baisses de taux en 2026. Enfin, le remplacement de Jerome Powell à la tête de la Fed en mai 2026 par un proche de Donald Trump ne devrait paradoxalement pas changer la donne. L’indépendance de la Fed restera probablement menacée mais ne sera pas perdue.

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Les analyses et actus tarifs douaniers

Allocation d’actifs : quelles priorités pour les investisseurs en 2026 ?

En matière d’allocation d’actifs et compte tenu de notre scénario économique, nous continuons de privilégier les actifs risqués. En 2025, les actions internationales hors des États-Unis ont représenté un terrain favorable pour un investisseur européen non couvert du risque de change, tranchant ainsi nettement avec les précédentes années de surperformance des actions américaines. Selon nous, cette situation est amenée à se prolonger en 2026, mais pas nécessairement grâce aux mêmes catalyseurs. En particulier, la surperformance des actions de la zone Euro dépendra notamment de la traduction des bonnes surprises économiques que nous anticipons dans les résultats des entreprises (au-delà de secteurs spécifiques comme la défense ou les financières) et du comportement de la thématique de l’IA aux États-Unis. Une reprise cyclique devrait ainsi favoriser les secteurs plus traditionnels de l’économie, tout particulièrement s’agissant des pays développés hors des États-Unis. Parallèlement, la thématique de l’IA semble avoir mûri : les investisseurs se montrent plus sélectifs et les valorisations demeurent tendues. Un essoufflement de la surperformance de ce segment de marché pourrait s’observer, accompagné d’un rattrapage du reste de la cote. L’innovation technologique reste toutefois imprévisible. Un nouveau modèle d’IA plus performant ou une adoption accélérée de la part des entreprises pourrait changer la donne. Enfin, concernant les obligations, nous privilégions le crédit d’entreprise aux taux souverains, dans un environnement où le portage continue d’être attractif.

Extrait de l'analyse mensuelle de Janvier 2026

Par Florent Wabont, Économiste, Ecofi

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