Investir dans les cryptoactifs : un outil de diversification dans un marché mieux encadré


Portés par un cadre réglementaire harmonisé au niveau européen et par des usages variés, les cryptoactifs gagnent en maturité. Si leur volatilité appelle à la prudence, ils s'inscrivent comme un outil de diversification dans une stratégie patrimoniale globale.
Bitcoin, ethereum, ripple, tokens (jetons)... les Français semblent avoir franchi un cap dans leur découverte des cryptoactifs. En 2026, 93 % déclarent avoir déjà entendu parler de l'un d'entre eux au moins (+16 points depuis 2022) et 11 % en détiennent, contre 10 % en 2025, selon la dernière étude réalisée par l'Association pour le développement des actifs numériques (Adan), en partenariat avec Ipsos.
Source de diversification
La stabilité du nombre de détenteurs montre que les cryptoactifs sont désormais perçus comme une classe d'actifs complémentaire, pouvant représenter jusqu'à 5 % d'une allocation, plutôt que comme une alternative aux placements traditionnels. « Au même titre que d'autres investissements alternatifs, il faut les envisager comme une source de diversification sur le long terme afin de gérer au mieux leur forte volatilité », indique Alexandre Ortis, directeur wealth management de Banque Delubac & Cie. La diversification reste d'ailleurs l'un des principaux arguments en faveur de l'intégration d'actifs numériques dans un portefeuille.
Sur ce point, Luciano Somoza, professeur assistant en finance à l'Essec, se veut plus nuancé : « Entre 2008 et 2020, les cryptoactifs, comme le bitcoin ou l'ether, étaient très peu corrélés aux marchés financiers. Depuis, il y a eu un changement de paradigme et on observe une corrélation positive avec les marchés, ce qui relativise l'argument de la diversification. »
Différents modes d'investissement
Les investisseurs peuvent acheter directement des cryptoactifs, sans intermédiaire financier. « Grâce à un modèle de ségrégation des wallets (portefeuilles), c'est-à-dire une dissociation totale des avoirs des clients entre eux, l'investisseur est seul propriétaire de ses actifs numériques », explique Alexandre Ortis. Cette approche permet de profiter pleinement de leur potentiel de performance, mais suppose de maîtriser les risques (volatilité, perte en capital, piratage, perte des clés privées...), les modalités de conservation ainsi que les aspects réglementaires et fiscaux.
Autre possibilité : investir via un exchange traded note (ETN). « Ces titres de créance offrent une exposition financière indirecte à l'évolution du cours de un ou de plusieurs cryptoactifs sans les contraintes liées à leur conservation, mais également sans bénéficier du caractère protecteur de la directive Ucits », souligne Luciano Somoza. Des exchange traded funds (ETF) conformes à la directive Ucits permettent également d'investir dans les sociétés de l'écosystème crypto. Cotés en Bourse, ETN et ETF s'échangent comme des actions et marquent la volonté de simplifier l'accès à cette classe d'actifs.
Certains investisseurs préféreront gérer eux-mêmes leur portefeuille et pourront acheter, vendre, conserver et transférer leurs cryptoactifs en toute autonomie. D'autres opteront pour une gestion sous mandat. « En confiant la gestion de leur portefeuille de crypto à des professionnels, ils bénéficient de l'aide d'experts capables d'estimer rapidement si l'allocation nécessite des ajustements, remarque Alexandre Ortis. Celle-ci doit être en ligne avec leur profil de risque, défini préalablement avec un conseiller, leurs préférences en matière de durabilité et leur horizon d'investissement afin de répondre au mieux à leurs attentes et objectifs. » C'est aussi l'occasion pour les investisseurs de se pencher sur la place des cryptos dans une stratégie patrimoniale plus globale.
Un écosystème mieux régulé
Pour accompagner le développement du marché des cryptoactifs, l'Union européenne a mis en place le règlement Markets in Crypto-Assets (MiCA). Pour Luciano Somoza, « ce règlement, qui est entré pleinement en vigueur le 1er juillet, vise à traiter les cryptoactifs comme des actifs traditionnels en créant un cadre européen harmonisé, en renforçant la protection des investisseurs, en encadrant les émetteurs et les prestataires de services ». Désormais, seuls les titulaires d'un agrément européen de prestataire de services sur cryptoactifs peuvent proposer en France, comme dans l'ensemble de l'UE, les services couverts par le règlement MiCA. Pour l'obtenir, ils doivent notamment démontrer une gouvernance solide, des dispositifs efficaces de contrôle interne et de gestion des risques, ainsi qu'une protection renforcée des avoirs des clients. « L'obtention de l'agrément MiCA nécessite d'importants investissements, reconnaît Alexandre Ortis. Nous avons dû développer de nouvelles infrastructures informatiques et renforcer nos équipes conformité, juridiques et de gestion pour pouvoir proposer à nos clients des services de conservation, d'achat et de vente, de gestion sous mandat, de transfert dans un cadre sécurisé et réglementé. »
Face à ces exigences, de nombreuses banques privées et cabinets de conseil en gestion de patrimoine hésitent encore à développer une offre dédiée.
Le bon potentiel de croissance et de revenus des cryptos
Ils devront pourtant rapidement se positionner. Selon l'étude de l'Adan, 46 % des Français se disent ouverts aux cryptoactifs et 32 % envisagent d'en acquérir, ce qui laisse présager un potentiel de croissance et de revenus significatif. D'autant que leurs usages dépassent désormais le simple investissement. Certaines solutions permettent, par exemple, de générer des revenus passifs via le staking, qui consiste à bloquer des cryptoactifs pendant une certaine durée afin de participer au fonctionnement d'une blockchain, en échange d'une rémunération, comparable à des intérêts. « Les cryptoactifs peuvent aussi servir de collatéral pour l'octroi d'un crédit Lombard en procédant à leur nantissement », souligne Alexandre Ortis. En attendant de développer leurs propres offres, banques privées et cabinets de CGP peuvent nouer des partenariats avec des acteurs agréés pour bénéficier rapidement de leur expertise. Une manière de répondre à la demande d'une clientèle, souvent plus jeune, en quête de solutions adaptées à la gestion de leur patrimoine numérique.
Par Thierry Serrouya
Numéro Spécial Gestion de Patrimoine 2026 - Challenges & Club Patrimoine
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