Bulle IA en Chine : le Star50 perd 45 % depuis juillet, Pékin vole au secours du marché

Les valeurs chinoises de l’intelligence artificielle ont perdu une large part de leurs gains depuis l’été. L’indice Star50 de Shanghai recule d’environ 45 % depuis le 1er juillet, et Pékin a dû intervenir pour soutenir les cours. Les experts restent pourtant confiants sur l’avenir d’un secteur au cœur de la stratégie chinoise.
Unitree, Moore Threads, MetaX : les introductions en Bourse vedettes ont fondu
Mi-août, Unitree faisait ses débuts à la Bourse de Shanghai. Le fabricant de robots humanoïdes dopés à l’IA a gagné 460 % lors de sa 1re séance. Environ 2 mois et demi plus tard, son action a perdu près de 40 %.
Les fabricants de puces Moore Threads et MetaX ont connu le même sort. Introduits à Shanghai fin 2025, ils avaient bondi respectivement de 400 % et 750 %. Depuis la mi-juillet, leurs cours ont été divisés par 2.
L’indice Star50, qui regroupe les grandes valeurs technologiques de Shanghai, avait progressé d’environ 75 % entre avril et juin. Il a cédé près de 45 % depuis le 1er juillet. Sur la même période, le Nasdaq n’a reculé que d’environ 6,6 %, malgré une baisse de plus de 5 % lors de la seule séance de jeudi.
À Hong Kong, les start-up d’IA MiniMax et Zhipu ont perdu ensemble 150 Md$ de capitalisation.
Contagion de Wall Street et doutes sur la rentabilité de l’IA
Les analystes avancent plusieurs explications. Pour Louis-Vincent Gave, de Gavekal Research, la campagne de Pékin contre les sociétés écrans, les montages offshore et l’endettement a pu peser sur les cours.
Li Daxiao, spécialiste chinois de l’investissement, privilégie la thèse de la contagion. Wall Street et Séoul ont connu des secousses cet été. Selon lui, les valeurs technologiques chinoises ont reculé en même temps que leurs équivalentes américaines, japonaises et sud-coréennes. Les investisseurs se retirent vite dès qu’ils jugent leurs rendements inférieurs aux attentes, ajoute-t-il.
La rentabilité des investissements colossaux dans l’IA inquiète les investisseurs américains. La question se pose aussi en Chine, où les modèles en code source ouvert se monétisent plus difficilement.
Ajin Jin, de la société d’investissement shanghaïenne Kunquan, relie ces variations au climat des marchés américains, où certains anticipent l’éclatement d’une « bulle » IA. Après la flambée des valorisations de certaines start-up, il s’attend à un retour à plus de rationalité.
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Pékin mobilise les ETF pour soutenir le Star50 et le ChiNext
Les marchés chinois sont dominés par les petits porteurs. La chute des cours a fini par inquiéter Pékin, qui considère l’IA comme un secteur stratégique dans sa rivalité avec les États-Unis.
Selon la presse locale, le gouvernement a réactivé cette semaine des mécanismes d’injection de liquidités destinés à encourager les achats d’actions. Les fonds adossés à l’État ont dans le même temps accru leurs volumes de transactions.
Mardi, 9 ETF régulièrement utilisés par Pékin pour soutenir la Bourse ont enregistré 120 Md de yuans (16 Md€) d’entrées nettes. Selon les données de Bloomberg, ce niveau est proche du record. Ces flux ciblaient entre autres les indices Star50 et ChiNext. Les 2 indices ont fortement rebondi mercredi et jeudi.
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L’IA reste une priorité stratégique pour la Chine
L’économie chinoise reste morose, faute de consommation dynamique. Pour Charu Chanana, de Saxo Markets, l’IA, les semi-conducteurs et l’automatisation occupent pourtant le cœur de la stratégie économique de Pékin. Elle y voit des opportunités pour les entreprises spécialisées. Selon elle, l’autosuffisance technologique pourrait rester une thématique d’investissement structurelle pendant des années.
L’État soutient massivement le secteur par des financements publics et des incitations fiscales. Ce soutien entretient l’appétit des investisseurs privés pour des prises de participation directes dans des sociétés d’IA et de robotique. À Pékin comme à Shanghai, les présentations aux investisseurs organisées chaque semaine affichent complet, selon Ajin Jin, et certains participants s’assoient dans les allées. Il dit ne constater « aucun signe de ralentissement ».
Li Daxiao cite les atouts de la Chine dans l’IA : sa production d’électricité, sa vaste base d’utilisateurs et son réservoir de talents. Il juge l’essor du secteur inéluctable, même si la correction boursière peut être sévère. Pour lui, rien ne permet de conclure que la « bulle » de l’IA a éclaté. Il faut distinguer le développement industriel des fluctuations de la Bourse.
Charu Chanana se montre plus prudente. Les entreprises font face à une concurrence féroce, à une pression sur les prix, à des besoins en capitaux élevés et à une rentabilité incertaine. Pour l’analyste, l’appui de l’État peut accélérer l’essor du secteur sans profiter à chaque société cotée.
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Sources : AWP / AFP
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