Changement de style à la Fed

Par Arnaud BENOIST-VIDAL, Financière de l'Arc
Kevin Warsh à la Fed : une nouvelle ère pour la politique monétaire
« Bienvenue de nouveau à la maison, Monsieur Kevin Warsh ! » Cette phrase aurait pu être chantée en chœur par tous les gouverneurs de la Fed à leur nouveau président en tout début de réunion du FOMC, qui se tenait ces 16 et 17 juin. En effet, le protagoniste a déjà été administrateur de la banque centrale dans le passé, entre 2006 et 2011. Sur ce point, il se distingue déjà de ses trois prédécesseurs (Ben Bernanke, Janet Yellen et Jerome Powell), qui n’ont pas connu de période de transition entre leurs différents mandats au sein de l’institution monétaire et leur présidence. Cependant, la distinction ne s’arrête pas uniquement au parcours professionnel. L’homme, fraîchement assermenté depuis le 22 mai, a déjà marqué son empreinte au cours de sa première conférence de presse. C’est un moment traditionnellement important, scruté à la loupe par les investisseurs, qui ressemble à un véritable examen de passage pour l’heureux élu du président des États-Unis. Le moins que l’on puisse dire est que les journalistes présents dans la salle ont été bouche bée face au style, et surtout à la forme, et ont tout de suite compris que nous sommes à l’aube de nombreux changements, aussi bien dans la communication que dans les actions de la Fed. À quoi faut-il s’attendre ? Les marchés vont-ils adorer ou détester ?
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Kevin Warsh veut transformer la communication de la Réserve fédérale
La communication change
C’est une certitude et cela a déjà commencé. La banque centrale sera moins causante. Tout a débuté avec le communiqué de presse succinct d’à peine 130 mots, publié à 20 heures (heure française) le 17 juin. C’est le minimum syndical, où l’on apprend que les taux directeurs sont inchangés, par une décision prise à l’unanimité. La Fed va maintenir sa politique de liquidités abondantes pour le système bancaire. L’économie croît à un rythme solide, en dépit des incertitudes, essentiellement liées à la situation au Moyen-Orient. Les gains de productivité et la croissance de l’investissement sont solides. Le chômage reste inchangé et l’inflation demeure élevée par rapport à l’objectif de 2 %, du fait des chocs sur l’offre dans certains secteurs, dont l’énergie, qui poussent les prix à la hausse. Le comité assurera la politique de stabilité des prix.
Le communiqué précédent du 29 avril, soit le dernier de l’ère de Jerome Powell, comportait, quant à lui, 343 mots et surtout le fameux guidage prospectif (forward guidance) censé orienter les investisseurs sur l’évolution de la politique monétaire de la Fed. Cet outil médiatique est tout simplement abandonné. Kevin Warsh, lors de la séance de questions-réponses, s’est justifié en indiquant que les marchés devaient réagir plutôt aux données économiques qu’aux communiqués de la Fed.
La Fed fait un retour en arrière sur sa stratégie de transparence
Un retour en arrière
Cette nouvelle stratégie de communication constitue un véritable rétropédalage par rapport à une tendance historique qui consistait à aller vers plus de transparence. Car la Fed a fait de nombreux progrès dans ce domaine depuis les années 80, sous la présidence du charismatique Alan Greenspan. À l’époque, l’institution monétaire ne parlait pas, mais agissait, et tant pis pour ceux qui ne comprenaient pas ce qui se passait. C’est en 1993 qu’a été instaurée la communication des minutes sous un format moderne, trois semaines « seulement » après la réunion des gouverneurs. Ce n’est qu’en 1994 que fut introduit le fameux communiqué du comité FOMC. Auparavant, la Fed ne communiquait presque pas en temps réel. Ce fut un grand pas de géant vers la transparence, et l’objectif était d’annoncer immédiatement les décisions de taux et de donner une première lecture de la politique monétaire. Il fallut attendre le 27 avril 2011, sous Ben Bernanke, pour que se tienne la première conférence de presse de l’histoire du FOMC. Le but était pédagogique, à savoir expliquer en détail les actions de la banque centrale. C’est Jerome Powell en 2018 qui rendit cet évènement systématique. Kevin Warsh, quant à lui, a été très clair : à terme, cette présentation ne se fera que si la Fed a quelque chose d’important à annoncer ou à expliquer.
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Les cinq chantiers de Kevin Warsh pour réformer la Fed d'ici fin 2026
5 chantiers devraient aboutir d’ici fin 2026
Les ambitions de Kevin Warsh ne s’arrêtent pas là. En plus de la communication, quatre autres forces de travail seront créées et devront plancher sur le bilan de la Fed, sur la dépendance aux sources de données économiques existantes, sur la productivité et l’emploi dans une ère de transformation, et sur le sujet de l’inflation. Les conclusions devraient être rendues publiques d’ici la fin de l’année. Le nouveau président a donc la volonté de marquer les esprits en modifiant profondément les choses. Il trouve par exemple que l’institution monétaire se base trop sur des sondages, sans doute obsolètes, et pas assez sur des données économiques remontant en temps réel.
Kevin Warsh, un « faucon » à la tête de la politique monétaire américaine ?
Un « faucon » déguisé en « colombe » ?
Dans une note de perspectives économiques du 20 mai dernier, Bruno Cavalier, de chez Oddo BHF, a probablement utilisé le meilleur qualificatif pour le nouveau président de la Fed, à savoir celui d’un faucon déguisé en colombe. Le ton de la conférence de presse était plutôt dur et intransigeant sur le sujet de l’inflation. Dans le passé, Kevin Warsh s’est distingué par ses prises de parole en faveur d’une politique rigoureuse et contre l’augmentation du bilan de la Fed. Cela ne colle pas avec les souhaits de baisse rapide des taux directeurs formulés par Donald Trump, qui l’a nommé à son poste. Les relations entre les deux hommes risquent d’être houleuses si la politique monétaire ne devient pas plus accommodante, avec à la clé un possible surnom dégradant pour le banquier central.
Quel impact de Kevin Warsh sur les marchés financiers ?
Les marchés vont-ils adorer ou détester ?
Il est encore trop tôt pour le dire.
Néanmoins, nous trouvons déjà dommage que la Fed se prive d’un outil de communication si précieux. Les nombreux changements promis ou voulus risquent de prendre du temps à être compris ou bien intégrés par les investisseurs. Par conséquent, cette période de transition risque de provoquer davantage de volatilité sur les marchés, sans doute à cause d’une politique monétaire jugée pas assez lisible.
Le feuilleton ne fait que commencer et rendez-vous le 29 juillet pour le prochain FOMC, qui se tient à un rythme de huit fois par an.
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