Obligataire : faut-il encore miser sur les fonds datés ? (Ofi Invest AM, Verum Gestion Privée, La Financière d’Hauteville)


À l’occasion de Patrimonia 2025, Bertrand Conchon, Directeur Commercial adjoint en charge des courtiers et des CGP France et Benelux chez Ofi Invest AM a répondu aux questions de Dominique Dimier, Président de Verum Gestion Privée et Thomas d'Hauteville, Fondateur de La Financière d'Hauteville. Les fonds datés sont-ils toujours adapté au contexte obligataire ? Quelle est la valeur ajoutée d’Ofi Invest AM dans ce domaine ? Faut-il privilégier le High Yield à L’investment Grade ? Quid de l’offre sur les métaux précieux d’Ofi Invest AM ?
Un mot de présentation d'Ofi Invest AM
Bertrand Conchon : Ofi Invest, en sens global, c'est 206,9 Mds€ d'encours sous gestion à fin juin 2025. Donc ça nous place en quatrième acteur en termes de taille d'encours géré en France. C'est un acteur très institutionnel et notre ambition, elle est claire : être un trait d'union entre les investisseurs institutionnels et les épargnants via nos partenaires conseillers en gestion de patrimoine.
Fonds datés et stratégies flexibles : une double expertise assumée
Thomas d'Hauteville : Oui, dans le contexte actuel par rapport aux fonds datés, est-ce que vous faites partie plutôt du camp des gens qui pensent qu'il y a encore de la performance à aller chercher ou alors plutôt de l'autre camp qui est d'aller chercher d'autres types de fonds obligataires pour justement aller compenser cette perte de performance des fonds datés ?
BC : Alors, c’est A ou B, la réponse ? Moi, je dirais un petit peu des deux. Plutôt B qu’A, c’est-à-dire effectivement, on pense que petit à petit, ça a beaucoup de sens d’aller chercher des fonds obligataires qui peuvent être plus flexibles dans leur gestion, qui peuvent être opportunistes. L’avantage d’Ofi Invest que je vous ai présenté rapidement et en particulier d’Ofi Invest AM, c’est qu’on a les deux en magasin. On a à la fois des fonds datés, des fonds à échéance, dits de portage obligataire, ça veut dire qu’on attend, on reste et on porte les obligations jusqu’à l’échéance, et on a à la fois des stratégies qui permettent d’aller chercher des opportunités là où elles se trouvent, d’essayer d’investir sur différents sous-segments obligataires. C’est un sujet très large. Il y a plein de types d’obligations. Et il y a autant d’obligations que de prospectus d’émission d’obligations. Donc c’est vraiment un métier large. Mais oui, pour répondre directement à ta question, les fonds obligataires dits datés ont toujours de l’intérêt, notamment à côté des fonds euros dits boostés, que certaines compagnies d’assurance proposent toujours. Mais on a quand même une petite préférence pour aller davantage pondérer des fonds obligataires flexibles et opportunistes.
Voir aussi : Fonds datés ou fonds ouverts, que choisir ?
La gestion active au cœur des fonds datés
Dominique Dimier : Les fonds datés sont parfois perçus comme des fonds buy and hold, voire même conseillés parfois comme tels. Quelle est la part de la gestion active et quelle est la valeur ajoutée de l’équipe justement pendant la durée du fonds ?
BC : Alors c’est un savoir-faire très spécifique. Merci Dominique pour cette question. Il y a d’abord de gérer les entrées quand même, parce qu’il y a des encours qui arrivent au fil du temps. Les fonds datés, ils sont datés avec une date finale, mais l’entrée souvent, elle est ouverte pendant plusieurs mois. Et donc quand les liquidités arrivent sur les fonds, les gérants se laissent une marge d’opportunité. Ils ne vont pas tout investir tout de suite en obligations. C’est une première chose. Et deuxième chose, les obligations, en fait, comme les actions, ça se suit au jour le jour. Et dans les fonds datés, même si c’est du portage et qu’on garde les titres obligataires, il y a une obligation qui peut aller moins bien. Donc il faut peut-être sortir du portefeuille à un moment donné en cours de vie du fonds ou au contraire, une qui se porte très bien et il est temps de prendre des profits et peut-être il est jugé opportun de faire quand même un geste de gestion active sur ces fonds de portage.
DD : Et la valeur ajoutée de l’équipe ?
BC : C’est ça, c’est le suivi au quotidien. Je voulais juste dire que les obligations, si on prend un tout petit peu de hauteur, c’est quand même un marché de gros. Au-delà de la valeur de l’équipe, il y a la valeur aussi de l’entreprise et il y a des négociations à chaque achat ou chaque vente. Le poids des encours gérés est important dans le choix des obligations quelles qu’elles soient.
Une gestion prudente, orientée vers la qualité du crédit
TH : De manière assez générale, dans la gestion obligataire, aujourd’hui, quel est le segment que vous privilégiez ? Est-ce que c’est plutôt le High Yield ? Est-ce que c’est plutôt l’Investment Grade ? Quel est le regard des gérants là-dessus ?
BC : Alors, on aime plutôt le haut rendement, donc la catégorie en dessous de triple BBB-, tout ce qui est moins bien noté. Mais elle est intéressante ta question, parce que dans ce haut rendement, il y a plusieurs sous-catégories, plusieurs sous-notes. Et là, on constate en ce moment quelque chose de très spécifique, c’est qu’il y a peu d’écarts de rémunération si la note est moins bonne versus la note est meilleure. Par exemple, pour rentrer un petit peu dans la technique, entre un BB et un B, à la très grande louche, vous avez un écart qui est de l’ordre aujourd’hui de 1 %, ce qui nous semble trop peu. Historiquement, il y a des écarts qui sont plus importants. Donc, dans le haut rendement, on préfère les bons élèves, les bonnes notes. Et pareil pour les catégories d’investissement dites Investment Grade. Il y a aussi très peu d’écarts entre les notes. Donc, pour ce prix-là, autant prendre les bons élèves.
Couverture du risque et discipline de sélection
Et pour ce qui est des émetteurs, il y a des secteurs en particulier où il y a des bons élèves que vous aimez bien ?
BC : Les secteurs qu’on aime bien, d’abord en zone géographique, on préfère la zone euro aujourd’hui. Dans les secteurs, on reste assez large. Il y en a certains dont on s’éloigne, on est moins investi sur certains secteurs. Mais surtout, on couvre le risque global. Parce que la deuxième chose importante, je vous disais, peu d’écarts entre les notations, ce qui est assez rare à ce point-là. Il y a autre chose qu’il faut constater, c’est que les sur-rémunérations des émetteurs d’entreprises sont assez faibles. Elles sont sur des niveaux faibles. Elles se mesurent par l’indice iTraxx Crossover, pour ceux qui sont férus d’obligations. Et ce niveau-là, qui est à peu près à 250 points de base, est très faible. Donc, on a plutôt tendance, au-delà du secteur, à aller vraiment se couvrir. Essayer de voir si on ne peut pas avoir des stratégies de couverture sur ce niveau, parce que les spreads de crédit, donc les écarts de sur-rémunération, sont à des niveaux très bas.
Il n’y a pas de secteur de prédilection.
L’expérience et la prudence, clés d’une gestion performante
DD : J’ai bien compris, il y a la puissance de feu du groupe, il y a l’agilité, il y a des couvertures, mais au final, cette gestion active, ça nécessite d’avoir la main verte. Alors comment on fait pour ne pas se tromper sur la sélection des titres ?
BC : On se trompe. Et l’expérience des gérants, moi, quand je suis arrivé chez Ofi Invest, c’est une des premières choses qui m’a surpris quand j’ai discuté avec nos gérants. Ils m’ont dit exactement ça. Je leur ai dit bravo, vous avez un gros encours sur les obligations. Félicitations. Comment vous faites pour gérer ? Vous faites attention de ne pas avoir de défauts, etc. On en a eu, justement, historiquement. Et donc, on fait de plus en plus attention. On est prudents. Un gérant, un bon gérant obligataire est quelqu’un de trop prudent. Il vaut mieux avoir moins de rendement espéré et surtout éviter la casse. Mais ça arrive, bien sûr, qu’ils se trompent.
Voir aussi « La patience et la sélectivité sont les clés sur ces marchés »
Ofi Invest Alpha Yield : une stratégie obligataire flexible et opportuniste
TH : Et alors, sur la partie produits plus spécifiquement, donc on met de côté les fonds datés. Il y a quoi comme alternative ? Non, mais en termes de présentation, il y a quoi comme alternative chez vous pour aller un peu plus loin que les fonds datés ? Pour aller plus loin que les fonds datés. Et quelle est la force du produit, peut-être de votre produit phare, sur ce type de segment ?
BC : Alors effectivement, on a une stratégie qui s’appelle Ofi Invest Alpha Yield. Il faut se renseigner sur le site, vous avez tous les prospectus et DICI, etc., documents juridiques. Et c’est aussi, bien sûr, à chaque consultation de patrimoine, de voir si cette stratégie peut s’insérer en termes de risques auprès de ses clients privés. Une fois qu’on a dit ça, c’est une stratégie 100 % obligataire, flexible et opportuniste, donc un terrain de jeu large, qui peut avoir une fourchette de sensibilité entre -2 et 10, ce qui est très large, et qui peut surtout justement se couvrir ou se découvrir sur les fameux écarts de crédit dont on parlait tout à l’heure, les spreads de crédit. Et ça, aujourd’hui, ça nous semble très important, parce que, je le redis, le cœur, s’il y a une chose à retenir, c’est qu’aujourd’hui, il y a eu un afflux de liquidités venant du monde entier, notamment à cause de la dédollarisation, vers la zone euro, et en particulier vers les obligations d’entreprise. Et donc, elles sont assez chères. Les spreads de crédit se sont rétrécis. Donc, ça paye encore. Il y a encore du rendement à attendre sur cette classe d’actifs. Mais pour nous, c’est important de pouvoir avoir cette flexibilité, de couvrir ou découvrir. Aujourd’hui, comme vous l’avez compris, sur la stratégie que je viens de citer, on couvre une partie assez importante de ces écarts de sur-rémunération pour être prêts à être opportunistes si les rendements sont plus intéressants.
Métaux précieux et diversification : une approche mesurée
DD : Dans un contexte anxiogène, des taux d’épargne qui sont élevés. L’or a encore beaucoup la faveur des investisseurs. Quel regard, globalement, chez Ofi, vous portez sur les métaux précieux en général ?
BC : C’est vrai, Dominique, l’or a eu un parcours assez exceptionnel en termes de cours, d’augmentation de cours depuis le début de l’année. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Donc on ne sait pas ce qui peut se passer dans le futur. On remarque cela étant qu’il y a un attrait, comme tu le dis, de plus en plus fort de cette classe d’actifs qui est quand même très particulière, qui apporte du mouvement dans les portefeuilles, qui apporte du risque, évidemment, donc qu’il faut utiliser avec beaucoup plus de parcimonie que la première stratégie obligataire dont on parlait, mais qui a, à mon sens, un avantage très fort, c’est que ça apporte de la décorrélation par rapport à des classes d’actifs plus classiques : obligations, actions, peut-être immobilier non coté traditionnel qu’on connaît en France.
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Une gestion diversifiée et adaptée aux nouveaux comportements d’épargne
Quelle est la part dans les portefeuilles ?
Moi, je ne peux pas donner de pourcentage précis. Une fois encore, ça dépend de chaque client final et c’est le CGP qui connaît son partenaire. Mais ce sont des petites pondérations, ça, c’est sûr. Des petites pondérations, mais effectivement, c’est une classe d’actifs qui apporte de la décorrélation. Et il ne faut pas mettre ses œufs dans le même panier. Autant on ne peut pas prédire le futur sur les classes d’actifs, autant on sait qu’il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Donc c’est un bon moyen de décorréler.
TH : Dans l’esprit de ce qu’on s’est dit sur les fonds datés avec stop ou encore, finalement, ça a tellement progressé récemment. Est-ce que le train n’est peut-être pas déjà passé sur cette thématique ? Ou, au contraire, on peut se dire, dans le contexte de dédollarisation, finalement, ça va continuer à monter ?
BC : En tout cas, si vous avez des échéances assez courtes, vous savez à quoi vous attendre, normalement. C’est ça qui est hors taux de défaut, bien sûr, pas qu’il y ait taux de défaut. Ça, c’est quand même pas mal. Et en fait, vos confrères, en tout cas, les utilisent beaucoup pour aller chercher du fonds euro boosté. Les compagnies d’assurance demandent souvent, pour avoir un fonds euro qui soit boosté, une partie UC, et c’est là où les fonds obligataires datés à échéance peuvent encore avoir du sens. S’ils ont des échéances assez courtes, maintenant, sur des temps plus longs, on préfère effectivement les solutions flexibles.
Gestion passive et ETF : Ofi Invest prépare sa prochaine étape
DD : Les équipes de Lyon et de Paris me remontent souvent le fait que, parmi nos jeunes clients, mais pas seulement, ça remonte aussi dans les générations, on leur parle de plus en plus de gestion passive, de fonds qui ne battent pas leur indice, de frais. Quelle est la réponse chez Ofi, que vous faites à ces interrogations-là ?
BC : Alors, la réponse, c’est une réflexion qui va même plus loin qu’une réflexion, qui va être probablement une offre qui va s’étendre sur ce genre de solutions dans quelques jours, quelques semaines, sur des solutions ETF qui sont incontournables. Il y a une montée des ETF absolument phénoménale. Les sociétés de gestion classiques sont obligées d’être dans le train à un moment ou à un autre. Et il y a une réponse existante déjà chez nous sur une stratégie d’allocation globale, donc internationale, et qui donne accès en sous-jacent à des ETF, à une sélection d’ETF. Donc oui, oui, effectivement, c’est important.
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Comment les ETF actifs remodèlent le marché de l’investissement européen
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