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Retraite : pourquoi les entreprises veulent accélérer le développement de la capitalisation

Retraite & Prévoyance
réforme retraite capitalisation

L'épargne retraite en entreprise poursuit sa progression en France. Près de 8 millions de salariés disposent désormais d’un Plan d’Épargne Retraite (PER) d’entreprise, qu’il soit collectif ou obligatoire. Pour autant, les organisations patronales considèrent que cette dynamique reste insuffisante face aux défis du financement des retraites et de la préparation du niveau de vie des futurs retraités.

Dans son livre blanc consacré à la retraite par capitalisation, l’Association française de la gestion financière (AFG) met en lumière l’intérêt croissant des employeurs pour les dispositifs d’épargne retraite tout en soulignant la nécessité d’une évolution plus structurelle du système.

Une diffusion rapide des PER dans les entreprises

Depuis sa création en 2019, le PER a connu un développement significatif. Fin 2025, 7,8 millions de salariés bénéficiaient d’un PER d’entreprise collectif ou obligatoire, contre un peu plus de 800 000 au moment de son lancement en 2020.

Cette progression s’accompagne d’une montée en puissance du nombre d’entreprises équipées. Selon les données reprises par l’AFG, 262 000 entreprises ont mis en place un Perco ou un PER collectif, permettant à 4,5 millions de salariés de bénéficier d’un dispositif d’épargne retraite sous forme de compte-titres.

Cette évolution témoigne d’une prise de conscience croissante du rôle que peuvent jouer les entreprises dans la préparation financière de la retraite de leurs collaborateurs, en complément du système de retraite par répartition.

Lire aussi : Le PER franchit 150 milliards d’euros et confirme son essor en 2025

Une couverture encore incomplète des salariés

Malgré cette dynamique, l’épargne retraite collective reste loin d’être généralisée. Le secteur privé compte environ 20 millions de salariés, mais seulement 14 millions travaillent dans une entreprise disposant d’au moins un dispositif d’épargne salariale.

La situation est particulièrement marquée dans les petites structures. Les grandes entreprises sont aujourd’hui largement équipées, tandis que les PME et les TPE accusent encore un retard significatif.

Les données présentées par l’AFG montrent que les entreprises de moins de 50 salariés restent très minoritairement couvertes. Pourtant, ces structures représentent une part importante de l’emploi privé en France.

L’enjeu consiste désormais à étendre ces dispositifs à plusieurs millions de salariés supplémentaires afin de renforcer l’accès à une épargne de long terme.

Pour les employeurs, le développement de l’épargne retraite ne doit pas se traduire par une augmentation du coût du travail.

Cette préoccupation est régulièrement mise en avant par les organisations patronales qui soulignent que les cotisations retraite représentent déjà une part importante du salaire. Dans ce contexte, une hausse des prélèvements obligatoires apparaît difficilement envisageable.

Les réflexions actuelles s’orientent davantage vers une réallocation progressive de l’effort d’épargne plutôt que vers la création de nouvelles charges. L’objectif serait de favoriser le développement de la capitalisation tout en préservant la compétitivité des entreprises et le pouvoir d’achat des salariés.

La capitalisation comme complément au système de retraite

Pour les défenseurs de cette approche, l’épargne retraite collective pourrait contribuer à renforcer la stabilité financière du système sur le long terme.

Les organisations patronales estiment qu’une part plus importante de capitalisation permettrait de diversifier les sources de financement des retraites tout en offrant des perspectives de rendement susceptibles d’améliorer les revenus futurs des retraités.

Au-delà de l’enjeu individuel, cette épargne représente également une source de financement pour l’économie. Selon les données citées par l’AFG, plus de 60 % des actifs investis dans les PER financent les entreprises sous forme de fonds propres ou de dette privée, dont plus de 5 Mds d’euros investis dans des actifs non cotés.

Cette double vocation, préparation de la retraite et financement de l’économie, explique l’intérêt croissant porté par les employeurs à ces dispositifs.

La montée en puissance des PER témoigne d’une évolution profonde des comportements d’épargne. Toutefois, pour de nombreux acteurs économiques, cette progression ne constitue qu’une première étape.

Les entreprises, les gestionnaires d’actifs et plusieurs organisations professionnelles plaident désormais pour une réflexion plus large sur la place de l’épargne retraite dans le système français. L’objectif serait de renforcer progressivement la capitalisation en complément du régime par répartition, sans remettre en cause les principes de solidarité qui fondent aujourd’hui le modèle de retraite français.

Sources : Association française de la gestion financière (AFG), Livre blanc « Retraites : bâtir ensemble le complément par capitalisation indispensable aux Français »

Pour compléter votre lecture, publié le 16 Juin 2025

Le déséquilibre démographique fragilise la retraite par répartition

Le système français de retraite par répartition repose sur un principe de solidarité intergénérationnelle : les actifs financent les pensions des retraités. Or, l’équilibre de ce mécanisme est fragilisé par l’évolution démographique. La diminution structurelle du nombre d’actifs cotisants pour chaque retraité soulève des inquiétudes croissantes sur la soutenabilité à long terme du modèle.

Selon les projections, l’âge légal de départ pourrait devoir être repoussé à 66 ans pour atteindre l’équilibre, d’après le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR). Ce constat met sous pression le conclave des retraites piloté par François Bayrou, dont les conclusions doivent être rendues mi-juin 2025.

Une capitalisation collective pour compléter le financement des retraites

Face à cette impasse, plusieurs experts suggèrent de ne pas opposer répartition et capitalisation, mais de les combiner. L’idée d’un système de capitalisation collective obligatoire gagne du terrain. Contrairement à la capitalisation individuelle, réservée aux foyers les plus aisés ou aux entreprises qui proposent un plan d’épargne retraite, une capitalisation collective viserait à intégrer l’ensemble des actifs.

Le principe serait de prélever une part des cotisations pour les placer dans un fonds commun géré collectivement, par l’État ou un organisme désigné, afin de financer les retraites futures sans dépendre entièrement des équilibres démographiques. Les avantages théoriques de ce modèle sont multiples : rendement potentiellement supérieur grâce à la performance des marchés, mutualisation des risques, diversification des actifs et meilleure résilience du système.

Certains régimes par capitalisation existent déjà en France. La Retraite Additionnelle de la Fonction Publique (RAFP) en est un exemple, tout comme les dispositifs en vigueur à la Banque de France ou au sein de certaines professions libérales comme les pharmaciens. Le Fonds de Réserve pour les Retraites (FRR), lancé par Lionel Jospin en 1999, devait initialement jouer ce rôle d’amortisseur démographique. Mais il n’a plus été abondé depuis 2010 et ses actifs ne s’élèvent plus qu’à une vingtaine de milliards d’euros.

Le principal défi posé par l’introduction d’un pilier de capitalisation collective est celui de la transition. Il impliquerait une double charge pour les actifs, qui continueraient de financer les retraites en cours tout en cotisant pour leur propre retraite. Le coût de cette transition serait colossal : plusieurs centaines de milliards d’euros seraient nécessaires sur plusieurs décennies.

Des pistes ont été évoquées pour financer cette phase critique. L’utilisation des 86 milliards d’euros de réserves de l’Agirc-Arrco est l’une d’elles, bien que controversée, car ces fonds ont été constitués pour garantir les retraites complémentaires actuelles et non pour financer un autre régime. D’autres options incluent la sous-indexation temporaire des pensions, la suppression de l’abattement fiscal de 10 % pour frais professionnels des retraités, estimé à 4,5 milliards d’euros par an, ou encore la vente de participations de l’État dans certaines entreprises. Aucun de ces scénarios ne paraît pour l’heure socialement ou politiquement soutenable.

Réforme des retraites : les propositions politiques en faveur de la capitalisation

Longtemps cantonnée à la droite et au patronat, l’idée de capitalisation trouve aujourd’hui de nouveaux relais au sein de la majorité présidentielle. Début juin, Édouard Philippe évoquait un système mixte avec une part de 10 à 20 % de capitalisation, afin de compléter le régime par répartition. Quelques jours plus tard, Gérald Darmanin proposait la création d’un fonds géré par les partenaires sociaux, permettant aux Français de disposer à la retraite d’un capital ou d’une rente.

Il suggère aussi de rendre obligatoires les plans d’épargne retraite (PER) dans les entreprises qui en ont les moyens, et de réorienter les primes d’intéressement vers l’épargne retraite. Gabriel Attal devrait, lui aussi, formuler des propositions en ce sens lors de la prochaine convention économique et sociale de Renaissance.

Malgré cette dynamique, les oppositions restent fortes. Le Parti socialiste, LFI et le RN s’opposent à toute forme de capitalisation. Le ministre de l’Économie Éric Lombard, proche du PS, a mis en garde contre un système qui favoriserait ceux ayant les moyens d’épargner, creusant ainsi les inégalités. Il juge inopportun d’instaurer aujourd’hui une part obligatoire de capitalisation.

Le syndicat patronal Medef soutient la capitalisation, mais cette prise de position est perçue par ses opposants comme un signal de privatisation larvée des retraites. Pour Olivier Faure, si le Medef pousse cette solution, c’est uniquement parce qu’il y voit un levier pour orienter les cotisations vers des intérêts privés.

Capitalisation et inégalités : des effets redistributifs très contrastés

Au-delà des clivages politiques, les effets redistributifs divergent fortement selon le modèle retenu. Dans les pays qui ont partiellement adopté la capitalisation, les inégalités de carrière se répercutent sur le niveau des pensions. En France, le taux de pauvreté des retraités est de 12 %, contre 18 % en Allemagne et une moyenne européenne de 16 %¹. Ce chiffre illustre la fonction protectrice de la répartition contre les parcours professionnels hachés ou les faibles salaires.

Par ailleurs, seulement 16,6 % des ménages français détenaient un produit d’épargne retraite en 2021¹, signe d’une faible adhésion populaire à ces outils et d’un manque d’attractivité du modèle capitalisé, en dehors des classes aisées.

Certains partisans de la réforme évoquent les exemples allemand ou suédois, qui combinent répartition et capitalisation. Ces modèles hybrides ont en effet permis de renforcer la résilience budgétaire de leurs systèmes de retraite. Mais leur transposition en France se heurte à des contraintes politiques, sociales et culturelles. En coulisse, plusieurs économistes et hauts fonctionnaires alertent sur l’impossibilité budgétaire d’une telle transition à court terme, ainsi que sur les risques de paupérisation d’une partie des retraités si les dispositifs ne sont pas parfaitement encadrés.

La présidentielle 2027 pourrait cristalliser la fracture sur les retraites

Alors que le débat public sur la retraite semble devoir se prolonger, la capitalisation pourrait s’imposer comme un thème majeur de la présidentielle de 2027. Si la gauche compte encore sur une atténuation de la réforme Macron, la droite paraît désormais déterminée à rebattre les cartes du modèle social français. À ce jour, la porte de sortie politique reste incertaine : la capitalisation suscite autant d’espérances que de craintes.

¹ Eurostat

Sources : Boursorama, Forbes

Lire aussi :

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