Succession compte-titres : pourquoi des frais plus élevés pour les héritiers ?

Fiscalité
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Un constat récurrent dans la pratique successorale

La transmission d’un compte-titres entraîne presque toujours des interrogations des héritiers quant aux frais facturés. Beaucoup découvrent que les conditions préférentielles dont bénéficiait le défunt ne sont plus valables, et que les coûts de courtage, de garde et de gestion augmentent sensiblement. Cette réalité est souvent vécue comme une double peine : à la complexité émotionnelle et administrative de la succession s’ajoute une augmentation inattendue des frais de gestion patrimoniale.

Pour les professionnels de la gestion de patrimoine, cette problématique est centrale. Elle suppose d’anticiper les impacts tarifaires dès la préparation de la transmission et d’intégrer ces paramètres dans les stratégies successorales, au même titre que les aspects fiscaux.

Les raisons juridiques et contractuelles de la hausse des frais

Les conditions tarifaires associées aux comptes-titres sont négociées intuitu personae. Elles dépendent donc directement de la relation contractuelle entre l’établissement financier et son client. Lorsque le titulaire décède, cette relation cesse de facto. Les conventions avantageuses (forfaits de courtage, droits de garde réduits, accès à des services premium) ne sont pas transmissibles aux héritiers.

Ainsi, à la clôture du compte du défunt et à l’ouverture des comptes successoraux, la banque applique par défaut sa grille tarifaire standard. Ce mécanisme est d’autant plus impactant lorsque le défunt avait obtenu, en raison de son profil investisseur ou du volume de son portefeuille, des conditions commerciales avantageuses. L’héritier, lui, est considéré comme un nouveau client, sans historique, et ne bénéficie pas de ces réductions.

Quels postes de frais sont les plus concernés

La hausse peut se matérialiser sur plusieurs postes :

  • Les droits de garde, souvent forfaitisés ou négociés au cas par cas, qui reprennent leur niveau standard.
  • Les frais de courtage pour les ordres de vente ou d’arbitrage, qui ne bénéficient plus des remises consenties au défunt.
  • Les frais administratifs liés à la mise à jour des comptes, aux transferts de titres ou aux regroupements de portefeuilles.
  • Dans certains cas, des frais spécifiques de succession (frais de dossier, frais de mutation de titres non cotés, traitement des valeurs étrangères).

Pour les portefeuilles significatifs, l’écart peut représenter plusieurs milliers d’euros sur la durée de la liquidation successorale.

Une fiscalité paradoxalement favorable

Sur le plan fiscal, la transmission d’un compte-titres présente une particularité avantageuse. Les plus-values latentes au décès sont effacées : les héritiers voient leur prix de revient fiscal réévalué à la valeur de marché des titres au jour de la succession. Cette règle permet d’éviter l’imposition des gains accumulés par le défunt, et d’alléger les futures cessions.

Concrètement, si un portefeuille a accumulé de fortes plus-values non réalisées, celles-ci sont « effacées » au décès. Lors de la revente ultérieure des titres par les héritiers, l’assiette de calcul de la plus-value sera réduite, ce qui limite la fiscalité. Cet avantage atténue en partie le poids des frais plus élevés, mais il ne compense pas la hausse immédiate des coûts de gestion.

L’impact patrimonial sur les héritiers

L’augmentation des frais est parfois mal comprise par les héritiers, qui considèrent que la banque « profite » de la succession. En réalité, il s’agit d’un effet mécanique lié à la nature contractuelle du compte. Pour les CGP et notaires, il est crucial d’expliquer que cette hausse n’est pas arbitraire, mais découle du fait que les avantages étaient liés à la personne du défunt.

D’un point de vue patrimonial, la hausse des frais peut réduire la rentabilité nette des placements hérités, incitant les héritiers à vendre rapidement tout ou partie des titres pour limiter l’érosion de valeur. Cela pose la question de la conservation ou non des actifs financiers dans le cadre d’une stratégie de transmission long terme.

Des stratégies d’anticipation pour limiter l’impact

Pour les professionnels, l’une des réponses réside dans l’anticipation. Plusieurs pistes peuvent être envisagées :

  • Donations de titres de son vivant : transmettre progressivement un portefeuille permet de maintenir les conditions tarifaires négociées tant que le donateur est en vie, tout en réduisant la base taxable de la succession.
  • Changement de structure de détention : certains investisseurs optent pour un PEA ou une assurance-vie, dont les règles successorales diffèrent, notamment en matière de frais et de fiscalité.
  • Négociation en amont avec l’établissement : certaines banques acceptent de prolonger, au moins temporairement, les conditions tarifaires préférentielles pour les héritiers si le portefeuille est significatif.
  • Regroupement patrimonial : transférer les titres chez un même dépositaire ou réorganiser les avoirs permet de rationaliser les coûts.

Un enjeu pour les établissements et pour le conseil patrimonial

La question des frais post-succession est aussi un enjeu de réputation pour les établissements financiers. Face à des héritiers souvent peu familiers des pratiques de marché, une hausse brutale des coûts peut générer un mécontentement durable. À l’inverse, une approche pédagogique, accompagnée de solutions de transition tarifaire, peut renforcer la fidélisation des nouveaux clients héritiers.

Pour les conseillers en gestion de patrimoine, le rôle est double : expliquer les mécanismes aux clients de leur vivant, et accompagner les héritiers dans les choix de gestion post-succession. Dans un contexte où la transparence des frais est de plus en plus scrutée, cet accompagnement constitue une valeur ajoutée déterminante.

Sources : ABC Bourse, AMF, Yomoni, Corrigetonimpot

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