"L’euphorie des marchés actions contraste avec la prudence des taux"

Décodages avec Marina Garlatti chez Tailor AM par Club Patrimoine. Un podcast hebdomadaire, pour faire le point sur les actualités qui influencent les marchés financiers.
Les marchés actions poursuivent leur progression malgré les tensions géopolitiques
Nous sommes début juin. On a eu encore un mois de mai globalement positif côté actions. Comment on peut expliquer cette progression des marchés malgré des inquiétudes qui restent depuis plusieurs semaines ?
Il y a vraiment deux éléments qui drivent les marchés d'action actuellement, c'est la situation géopolitique et puis la thématique IA, tech. Sur le premier point, c'est un peu compliqué, ça va dans tous les sens. Un jour on a un espoir d'accord, le lendemain ce n'est plus le cas. On a des déclarations contradictoires qui causent quand même des épisodes de volatilité puisque le marché continue de réagir aux annonces. Lundi, par exemple, les marchés sont un peu retournés après l'annonce de l'Iran de suspendre les négociations à cause des attaques israéliennes au Liban. Puis après, on a eu un espoir d'accord avec le Hezbollah et ça fait remonter les marchés hier. Globalement, les actions restent quand même assez optimistes sur le contexte géopolitique.
L’intelligence artificielle continue de soutenir les valeurs technologiques
C'est vrai qu'on a derrière, en parallèle, des résultats qui ont offert un soutien un peu plus concret et puis donc la très forte demande autour de l'IA qui porte clairement les marchés actions. On a un très fort rebond des valeurs de semi-conducteurs, de puces mémoire. Je vais donner l'exemple de Soiltech la semaine dernière qui a publié des résultats franchement moyens avec un chiffre d'affaires en recul de 34 %, mais qui a quand même gagné 20 % sur la journée et qui est propulsé par justement tout cet engouement autour de l'IA. Donc il y a des éléments tangibles certes, mais ça s'emballe quand même un peu beaucoup. C'est l'euphorie sur les marchés d'actions et c'est intéressant justement de voir le contraste par rapport aux marchés de taux qui eux sont beaucoup plus prudents.
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Quelle est votre vision des marchés de taux ?
Sur les taux, ce qu'on voit là, c'est qu'on a quand même des tensions à la hausse, puisqu'on a justement ce risque inflationniste avec la guerre en Ukraine, avec la hausse des prix de l'énergie, la baisse des réserves, des stocks, et tout ça, ça impacte à la fois les taux courts et les taux longs. Sur la partie un peu plus longue de la courbe, on a des incertitudes budgétaires en cas de mise en place d'aides aux ménages pour atténuer le choc énergétique, ça a été le cas au Japon par exemple.
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Inflation et politiques monétaires pèsent sur les taux courts
Et puis sur la partie un peu plus courte, on a justement des anticipations de politiques monétaires plus restrictives qui pèsent sur les taux. En zone euro, par exemple, la probabilité d'une hausse de taux en juin s'est vraiment renforcée. Isabel Schnabel a déclaré que c'était nécessaire, même si le conflit au Moyen-Orient devait se terminer rapidement, parce qu'aujourd'hui on a déjà des pressions inflationnistes trop fortes.
La Fed revoit ses priorités face à un marché de l’emploi toujours solide
Côté Fed, à quoi est-ce qu'on peut s'attendre avec notamment un changement de gouvernance et peut-être un changement de cap ?
Côté Fed, le marché a également revu ses anticipations de politique monétaire. Il attendait plusieurs baisses de taux cette année, aujourd'hui il n'en attend plus. Si on regarde l'emploi dans la situation actuelle, le marché de l'emploi, il n'y a pas vraiment d'urgence à baisser les taux. On a eu l'enquête JOLTS hier qui a fait état d'une hausse du nombre d'ouvertures de postes en avril, ce qui montre un marché du travail résilient.
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Et puis en face, bien sûr, une inflation en hausse, le PCE est à 3,8 %, le PCE qui est l'indicateur préféré de la Fed, quoiqu'il est possible qu'elle commence à regarder un autre indicateur pour l'inflation, une mesure de moyenne réduite qui est un peu plus avantageuse, plus proche de la cible. Mais bon, ça n'enlève rien au fond du problème, on a toujours des tensions inflationnistes qui pourront d'ailleurs s'accentuer, puisque là, actuellement, on parle d'imposer de nouveaux droits de douane, la guerre commerciale revient, donc de 10 à 12,5 % sur une soixantaine de pays, dont l'Union européenne.
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