Bilan 2025 : Private equity, dette privée, infrastructures et actifs alternatifs à l’épreuve de la liquidité

Private Equity
Stéphane Molère
Bilan marché du Private Equity 2025

2025 : les marchés privés entrent dans une ère de maturité

2025 ne signe pas la fin des private assets : elle signe la fin d’une lecture simpliste. La performance existe encore, mais elle se juge davantage au prisme de la liquidité (distributions), du portage (cash-flows) et du calendrier de sortie.

Après une décennie marquée par un coût du capital très faible, les marchés privés ont abordé 2025 dans un régime plus normalisé. La rupture date surtout de 2022 : la hausse rapide des taux a renchéri la dette, réduit la tolérance au levier et rendu les sorties plus sélectives. On observe néanmoins des signes de réouverture : l’activité d’investissement repart par endroits et certaines opérations de cession se débloquent, mais à des conditions plus exigeantes qu’entre 2013 et 2021 (prix, multiples, timing).

Dans ce contexte, la valorisation reste un sujet clé, mais elle n’est plus suffisante en soi. Le point décisif redevient la capacité à transformer les actifs en cash : à quel prix et à quel rythme peut-on sortir, distribuer et restituer du capital aux investisseurs. La faiblesse des distributions a pesé sur la collecte et accéléré la recherche de solutions de liquidité (marché secondaire, fonds de continuation, recapitalisations). Le marché ne s’arrête pas : il change de priorités, avec une exigence accrue sur la preuve de liquidité et la crédibilité des trajectoires de sortie.

Une transition qui change les règles

2025 ne marque ni l’effondrement du private equity, ni le retour à l’euphorie 2015–2021. Elle s’inscrit dans une zone intermédiaire : reprise progressive de l’activité et des sorties, mais liquidité encore contrainte au regard des besoins des investisseurs et du stock d’actifs à céder.

Depuis 2022, la baisse des distributions a changé la lecture du risque : la performance ne se juge plus seulement via des indicateurs “papier” (IRR, TVPI), mais par la capacité des fonds à produire des flux de trésorerie réels (distributions/DPI), soutenables et compatibles avec les besoins d’un investisseur privé.

Ce panorama propose une lecture structurée du marché mondial des private assets en 2025, puis en tire des implications concrètes pour les CGP et les investisseurs privés. Il s’inscrit aussi dans un mouvement de démocratisation en France : entre 2022 et 2024, l’effort pédagogique s’est concentré sur le LBO, avec l’émergence d’acteurs qui ont ouvert l’accès au retail (ex. Altaroc, Cedrus & Partners,...).

Aujourd’hui, ce mouvement s’est élargit : dette privée, infrastructures, stratégies secondaires, co-investissements, growth equity ou actifs alternatifs enrichissent progressivement l’univers accessible aux particuliers.

Voir aussi : Private Equity : Quelles évolutions après la démocratisation ?

Une année de transition, pas de rupture brutale

Le frein principal ne tient pas à une destruction généralisée de valeur, mais à la rareté -puis la réouverture graduelle- des fenêtres de sortie depuis 2022. Les cessions se font plus sélectives, et de nombreux actifs ont été conservés plus longtemps que prévu, ce qui a pesé sur les distributions.

Les IPO, après un net retrait par rapport au pic 2021, réémergent en 2025 mais restent loin d’un régime “fluide” et ne suffisent pas, à elles seules, à résorber l’enjeu de liquidité.

À titre d’illustration, des opérations emblématiques de LBO (ex. Ceva Santé Animale) montrent que la création de valeur opérationnelle demeure possible, mais que sa monétisation dépend davantage qu’avant du calendrier des exits et des conditions de marché.

Dans ce contexte, 2025 confirme un déplacement des moteurs de performance : la dette privée et les infrastructures gagnent en attractivité, tandis que les fonds secondaires et les fonds evergreen s’imposent comme des outils centraux de gestion de la liquidité.

10 chiffres pour comprendre le cycle actuel

Indicateur Valeur / lecture (sources de place)
≈ 11 % Taux de distributions des fonds de private equity rapporté à la NAV : point bas récent illustrant le blocage de liquidité. Contraction plus forte sur le venture et certaines small caps ; certains buyout top quartile restent au-dessus de la moyenne.
+34 % Rebond en valeur des exits mondiaux en 2024 : reprise amorcée, encore insuffisante pour normaliser les flux.
≈ 310 Md$ Montant levé par les fonds de private equity (T1–T3 2025) : en retrait vs années précédentes.
≈ 2,2 T$ Dry powder private equity : capacité d’investissement intacte, sélectivité accrue.
≈ 4,5 % vs ≈ 1,9 % Performance récente moyenne buyout vs venture : dispersion structurelle entre segments.
+200 Md$ Collecte mondiale de dette privée en 2025 : résilience du segment malgré resserrement monétaire.
≈ 122 Md$ Part du direct lending dans la collecte de dette privée : cœur du financement non bancaire.
≈ 22 T$ Encours des marchés privés au sens large (incluant capital permanent et formats plus liquides).
≈ 650 Md€ Valeur des transactions private equity en Europe en 2025 : retour de l’activité après ralentissement post-2022.
≈ 2–3 % Taux de défaut observé dans le private credit : en hausse mais encore contenu vs crédit traditionnel.


Compléments : ≈ 11–12 % performance moyenne infrastructures privées en 2025 (MSCI Global Private Infrastructure Index) ; ≈ 226 Md$ volume mondial des secondaries en 2025.
Sources (liste mentionnée dans l’étude) : Bain & Company ; McKinsey Global Private Markets Review 2025 ; Preqin ; PitchBook ; S&P Global ; MSCI ; CBRE ; Infralogic.

Lecture du cycle (tendances reconstituées à partir des sources citées)

chute distributions dpi/nav 2019 2025
Graphique 1 - Chute des distributions (DPI / NAV) en 2025E

Deal value vs Exit value (indicatif)

Deal value vs Exit value (indicatif)

Graphique 3 - Dette privée : encours (indicatif)

dette privée ortage visibilité dans un cycle e taux normalisés

Graphique 4 - Secondaries : volume (indicatif)

liquidité du marché privé 2015-2025

2019–2025 : la fin d’un cycle, le début d’un autre pour le Private Equity


Pour comprendre l’état du marché en 2025, il faut revenir quelques années en arrière. Les tensions actuelles ne sont pas le fruit d’un accident ponctuel : elles résultent d’un cycle long, amorcé bien avant la remontée des taux, dont les effets se sont accumulés. Entre 2019 et 2021, les marchés privés ont connu une phase d’expansion exceptionnelle. Depuis 2022, ils en digèrent les conséquences. 2019-2021 : politiques monétaires ultra‑accommodantes, abondance de liquidités et concurrence accrue entre gérants. Conséquence : hausse marquée des multiples d’entrée et intégration implicite d’hypothèses de liquidité et de fluidité des sorties. 2022-2023 : remontée rapide et synchronisée des taux. Le modèle LBO est bousculé : coût de la dette en hausse, ajustement des multiples, refinancements plus exigeants, prudence des acquéreurs.. Les IPO se raréfient fortement, le M&A ralentit et les arbitrages sont reportés. Les NAV résistent souvent mieux que les flux, mais les distributions chutent, allongeant les durées de détention et figeant une partie des portefeuilles.

2024–2025 : réouverture graduelle

L’investissement et les exits repartent, avec des fenêtres plus visibles sur certains segments, notamment aux États-Unis. Mais la reprise reste insuffisante pour absorber plusieurs années d’accumulation d’actifs et rétablir des distributions “confortables” au regard des encours : la tension entre valorisation et liquidité devient le centre de gravité du cycle. Dans ce nouvel environnement, l’allocation se réorganise : face à l’allongement des détentions et à la faiblesse des distributions, une partie des investisseurs privilégie des stratégies offrant davantage de visibilité sur les flux et une meilleure prévisibilité des rendements. La dette privée et certaines stratégies d’infrastructure/alternatifs en bénéficient, dans un cadre où la discipline sur les sorties redevient déterminante.

La liquidité, nouveau prisme de lecture

En 2025, la liquidité devient un prisme central de lecture du cycle. L’allongement des durées de détention, la concentration des appels de fonds et la faiblesse des distributions ont modifié l’expérience investisseur. En réponse, les allocataires privilégient des stratégies capables de produire des flux plus réguliers et plus lisibles. Les fonds secondaires, les structures evergreen et semi-liquides, mais aussi la dette privée et les infrastructures, sont de plus en plus mobilisés comme outils de pilotage dans cette phase.
La question n’est pas de choisir « dette privée ou infrastructures » : les deux se complètent. La dette privée apporte une meilleure visibilité du rendement à court/moyen terme via le portage et des échéanciers plus maîtrisés. Les infrastructures apportent une stabilité liée au caractère essentiel des actifs, avec des revenus parfois indexés à l’inflation selon les cadres contractuels ou réglementaires.

Lire aussi :

Private Equity : risque et liquidité, deux notions essentielles

Private Equity vs. Platon : ne désire-t-on pas toujours ce que l’on n’a pas ?

Analyse 2025 par classe d’actifs : la fin de l’homogénéité des marchés privés

L’année 2025 marque la fin d’une lecture homogène des marchés privés. Performance, risques et usages diffèrent fortement selon les classes d’actifs et les gérants. Cette fragmentation impose une analyse stratégie par stratégie : comprendre où la valeur s’est déplacée, et pourquoi. Dans cet environnement plus hétérogène, la sélection des gérants redevient déterminante. La dispersion des performances s’accentue, y compris au sein d’un même segment. La capacité à apprécier la qualité opérationnelle des équipes, la discipline d’investissement, la gestion du risque et la reproductibilité du processus devient un facteur clé de différenciation.

Private Equity : performance sous contrainte, dispersion accrue

En 2025, le private equity reste une brique centrale des allocations de long terme, mais il n’est plus le moteur automatique de performance qu’il a pu être dans les années 2010. Le marché se caractérise par une dispersion plus forte entre segments, secteurs et gérants : la question de la répétabilité redevient centrale.
Les équipes capables de maintenir une discipline stricte à l’entrée, d’accompagner opérationnellement leurs participations et de structurer des trajectoires de sortie réalistes se distinguent nettement. La création de valeur existe toujours, mais sa concrétisation dépend davantage qu’avant du calendrier et des conditions de liquidité.
Le venture capital demeure le segment le plus sous pression, pénalisé par la correction des valorisations et la rareté des sorties. Le buyout mid-market apparaît généralement plus résilient, porté par une base d’acquéreurs plus diversifiée et des opérations plus faciles à absorber, tandis que le large cap reste plus exposé aux enjeux de refinancement, de levier et de liquidité.
Sur le plan sectoriel, la sélection devient déterminante : les activités adossées à des besoins essentiels, à des revenus récurrents et à une rentabilité démontrée résistent mieux que les modèles fondés sur une croissance rapide mais insuffisamment rentable. Les nouvelles technologies ne constituent pas un moteur automatique : les solutions à utilité opérationnelle claire, comme certains logiciels B2B, la cybersécurité, la donnée et l’automatisation, tiennent mieux que des plateformes dépendantes d’un financement externe continu.
L’intelligence artificielle illustre cette asymétrie : les montants investis atteignent des niveaux élevés, mais la génération de cash-flows pérennes reste concentrée sur une fraction des acteurs, ce qui renforce le risque de dispersion au sein du thème.

Dette privée : le retour en grâce du portage et de la visibilité

La dette privée s’impose comme une composante majeure des allocations alternatives. Dans un environnement de taux plus élevés, elle bénéficie d’atouts structurels : rendements souvent à taux variable, position senior dans la structure du capital, flux de trésorerie plus prévisibles et protections contractuelles via garanties et covenants, lorsque le dossier est bien structuré.
Le direct lending reste le coeur du marché. Il joue un rôle croissant de relais du financement bancaire, dans un contexte où les banques demeurent plus sélectives.
Cette montée en puissance s’accompagne de points de vigilance : pression graduelle sur les défauts, maturités parfois allongées, poches de concentration sectorielle et besoin accru de suivi des entreprises financées.
Toutes les stratégies de dette privée ne présentent pas le même profil. La dette infrastructure, adossée à des flux contractuels ou régulés, peut se rapprocher d’une logique obligataire lorsque la visibilité est élevée. À l’inverse, la dette associée aux opérations de private equity, comme l’unitranche, reste plus sensible à la performance des entreprises financées et aux conditions de refinancement. En 2025, la qualité de l’analyse crédit, la discipline de structuration et la capacité à gérer les situations complexes deviennent déterminantes, avec une dispersion des résultats plus marquée entre véhicules à mesure que le cycle avance.

Lire aussi : La dette privée, nouvelle valeur refuge ?

Voir aussi : Comment sélectionner les meilleurs fonds de dette privée ?

Infrastructures : un rôle stabilisateur confirmé

Les infrastructures s’affirment comme une brique de stabilisation. Les moteurs de long terme restent solides : besoins d’investissement, transition énergétique, digitalisation et montée en puissance d’infrastructures critiques. Les actifs bénéficient souvent de revenus contractuels ou régulés de long terme, avec, selon les cadres, des mécanismes d’indexation à l’inflation.
En 2025, les infrastructures privées restent orientées positivement. À titre d’ordre de grandeur, le MSCI Global Private Infrastructure Index fait ressortir des performances sur 12 mois glissants historiquement proches de 11–12 % (MSCI mentionne une moyenne de 11,8 % sur la période Q1 2009–Q1 2025). Elles ne visent pas à surperformer le private equity en phase d’expansion, mais à améliorer la robustesse de l’allocation en réduisant la volatilité et en renforçant la visibilité des flux.

Lire aussi : Infrastructures cotées ou non cotées : Décryptage d’une rivalité complexe ?

Ecouter/lire aussi : Les infrastructures : l’une des thématiques gagnantes début 2025

Actifs alternatifs décorrélés : promesse de diversification, maturité variable


Litigation finance, royalties, actifs adossés à la propriété intellectuelle : ces stratégies peuvent apporter une diversification grâce à des moteurs de performance spécifiques et une corrélation potentiellement plus faible avec les marchés traditionnels, selon les structures et les cycles. En 2025, leur attractivité progresse, mais leur maturité reste hétérogène : historiques parfois limités, valorisations et due diligence plus complexes, dépendance à l’exécution (cadre juridique, qualité des partenaires, recouvrement). Elles doivent être abordées comme des positions satellites, dimensionnées et diversifiées, plutôt que comme des substituts aux grandes classes d’actifs.

Zoom Europe : un marché plus résilient qu’attendu

Si les tendances sont mondiales, l’Europe a une dynamique un peu différente. Le marché est largement porté par le mid-market, avec des opérations plus petites, des structures souvent plus prudentes et des trajectoires moins dépendantes d’un levier maximal. En période d’euphorie, cela peut paraître moins spectaculaire ; en régime de taux élevés, c’est plutôt un facteur de stabilité.
En 2025, l’activité repart, mais de façon progressive. Les dossiers qui se font sont ceux où la création de valeur est lisible sans compter sur une hausse des multiples : entreprises rentables, cash-flows récurrents, plan opérationnel clair. Les valorisations se sont ajustées, le financement est plus sélectif, et le marché avance au cas par cas.
La dette privée prend, dans ce cadre, une place plus importante. Elle sert à refinancer proprement des opérations existantes, à accompagner des transactions mid-market et à financer la croissance, alors que les banques restent plus exigeantes. Pour les investisseurs, c’est aussi une réponse directe à l’enjeu du cycle : remettre de la visibilité sur les flux, tout en gardant une exposition aux actifs privés.

ELTIF 2.0 : une démocratisation encadrée

La réforme ELTIF 2.0, applicable depuis le 10 janvier 2024, constitue une évolution majeure pour l’accès des investisseurs particuliers européens aux marchés privés. Elle supprime notamment le ticket minimum de 10 000 € et assouplit plusieurs contraintes de construction de portefeuille et d’investissement, dans une logique de démocratisation encadrée : l’accès est facilité, mais l’illiquidité, la complexité et les mécanismes de liquidité des véhicules demeurent. Pour les CGP, l’opportunité est réelle, à condition de renforcer la pédagogie, de vérifier l’adéquation au profil et de sélectionner rigoureusement les véhicules.
IV. Trois outils devenus centraux : evergreen, secondaries, co‑investissements
Face à l’allongement des durées de détention et à la faiblesse prolongée des distributions, le marché a accéléré son adaptation. Entre 2024 et 2025, deux dynamiques ont particulièrement pris de l’ampleur : les fonds evergreen, qui visent à
mieux gérer les flux et les entrées progressives, et les stratégies secondaires, devenues un outil clé de liquidité et de rééquilibrage.
Les co-investissements s’inscrivent dans la même logique. Ils permettent de renforcer la sélectivité, d’améliorer la transparence sur les actifs sous-jacents et, souvent, d’optimiser la structure de frais. Ils ne remplacent pas les fonds, mais complètent l’allocation en redonnant du contrôle sur le déploiement du capital.

Lire aussi : Qu’est-ce qu’ELTIF 2 changera pour les sociétés de gestion ?

Trois outils devenus centraux : evergreen, secondaries, co‑investissements

Face à l’allongement des durées de détention et à la faiblesse prolongée des distributions, le marché a accéléré son adaptation. Entre 2024 et 2025, deux dynamiques ont particulièrement pris de l’ampleur : les fonds evergreen, qui visent à mieux gérer les flux et les entrées progressives, et les stratégies secondaires, devenues un outil clé de liquidité et de rééquilibrage. Les co-investissements s’inscrivent dans la même logique. Ils permettent de renforcer la sélectivité, d’améliorer la transparence sur les actifs sous-jacents et, souvent, d’optimiser la structure de frais. Ils ne remplacent pas les fonds, mais complètent l’allocation en redonnant du contrôle sur le déploiement du capital.

Fonds evergreen : flexibilité encadrée, pas liquidité garantie

Les fonds evergreen investissent majoritairement dans des actifs par nature illiquides.La liquidité proposée aux investisseurs est donc organisée par le véhicule et encadrée par des mécanismes de rachat spécifiques, sans commune mesure avec celle des marchés cotés.

Caractéristiques Atouts Limitations / vigilance
  • Souscriptions continues
  • Rachats périodiques (mensuels/trimestriels)
  • Valorisation plus fréquente
  • Lisser les points d’entrée
  • Améliorer l’expérience investisseur
  • Visibilité accrue sur la valorisation
  • Réduire certaines contraintes opérationnelles
  • Liquidité non garantie
  • Plafonds/gates
  • Priorités
  • Suspensions possibles
  • Dépendance à la gestion actif/passif et aux poches de liquidité

Points de vigilance : politique de rachat ; valorisation & mécanismes anti‑dilution ; part d’actifs réellement liquides ; lignes de crédit ; transparence des frais et couches de structuration.

Secondaries : la soupape de liquidité du marché privé

Définition / formats Atouts Limitations
  • Acquisition de participations existantes (LP-led)
  • Opérations structurées par les gérants (GP-led)
  • Visibilité accrue sur les sous-jacents
  • Réduction du risque blind pool
  • Rendement ajusté attractif en cas de décote maîtrisée
  • Accélération du retour de capital
  • Décotes parfois significatives en vente
  • Complexité juridique/opérationnelle
  • Hétérogénéité des portefeuilles
  • Alignement variable (certaines GP-led)

Voir aussi : « Le Private Equity secondaire, un vrai succès auprès des investisseurs privés »

Coinvestissements : réponse aux excès du modèle traditionnel

L’essor simultané evergreen + secondaries révèle un changement profond : liquidité et structure des fonds deviennent des variables stratégiques, au même titre que la stratégie d’investissement.

Définition Atouts Limitations
  • Investir directement aux côtés d’un fonds
  • Participation sur une ou plusieurs opérations identifiées
  • Accès direct à un actif
  • Frais réduits
  • Meilleure lisibilité économique
  • Alignement renforcé
  • Déploiement parfois plus rapide
  • Dépendance à la qualité du deal
  • Risque de concentration
  • Moins de diversification intrinsèque
  • Nécessite expertise d’analyse et intégration dans une allocation déjà diversifiée

Conclusion - repenser l’allocation privée à l’ère de la liquidité contrainte


Le panorama 2025 ne livre pas un verdict binaire. Il ne consacre ni la fin du private equity, ni l’avènement d’une classe d’actifs miracle. Il met en lumière une réalité plus exigeante : la performance ne peut plus être dissociée de la liquidité, du portage et du pilotage dans le temps. Pour les CGP et les investisseurs privés, l’enjeu devient la cohérence d’ensemble de l’allocation privée. Cohérence entre engagements et capacité à absorber les appels de capitaux, cohérence entre horizons et besoins de liquidité, cohérence entre risque économique, risque de valorisation et risque de calendrier. Autrement dit, le private equity doit être pensé comme une trajectoire. La liquidité n’est pas un sujet théorique : c’est une contrainte opérationnelle. La faiblesse des distributions, l’empilement des engagements et l’allongement des durées de détention ont des effets très concrets sur la gestion patrimoniale, surtout lorsque les flux disponibles ne sont pas illimités. Cette lecture conduit à une allocation plus structurée, où chaque brique a un rôle clair. Le private equity reste l’outil de création de valeur à long terme, à condition de renforcer la discipline, la sélectivité et la diversification des millésimes. La dette privée apporte du portage et une meilleure visibilité des flux dans un environnement de coût du capital plus élevé. Les infrastructures jouent un rôle stabilisateur, grâce à des revenus plus récurrents et à des fondamentaux structurels. Enfin, les stratégies orientées liquidité, comme les secondaries et certaines structures evergreen, deviennent des instruments de pilotage pour réduire le risque de trajectoire et mieux gérer le temps long.
Dans ce cadre, le rôle du CGP s’élargit : pédagogie sur les mécanismes de liquidité, définition d’attentes réalistes, sélection de structures adaptées et suivi dans la durée. Le private equity n’est plus une promesse automatique ; il devient un outil d’ingénierie patrimoniale.

Plan d’action CGP : traduire 2025 en décisions concrètes

L’objectif est de passer d’un constat de cycle à des décisions simples, applicables sans surpromesse.

Commencer par les flux
Recenser les appels de capitaux attendus, les distributions observées, et les besoins de liquidité du client. Dans un cycle où le cash revient plus lentement, cette cartographie pèse autant que la sélection des fonds.

Définir un budget d’illiquidité
Fixer en amont la part du patrimoine pouvant rester immobilisée, la durée acceptable, et le degré d’incertitude supportable. Ce budget doit intégrer la réalité du cycle : détentions plus longues et distributions plus faibles.

Structurer l’allocation par rôle
Clarifier la fonction de chaque brique : private equity pour la création de valeur à long terme, dette privée pour le portage et la visibilité, infrastructures pour stabiliser, solutions orientées liquidité comme evergreen et secondaries pour piloter le calendrier.

Diversifier dans le temps
Étaler les engagements par millésime afin d’éviter une concentration du risque de calendrier. Le cycle 2019–2025 illustre le point : des engagements majoritairement réalisés en 2021–2022 exposent mécaniquement davantage aux contraintes de sortie.

Renforcer la pédagogie
Rappeler que l’illiquidité n’est pas un défaut mais une caractéristique, et que les mécanismes de liquidité existent pour encadrer cette caractéristique, pas pour l’annuler.

Expliquer la différence entre indicateurs de valorisation et réalité des flux. IRR et TVPI restent utiles, mais doivent être complétés par une lecture centrée sur le cash, via le DPI et le rythme des distributions.

Pour aller encore plus loin : Voir et télécharger les annexes en PDF

Par Stéphane Molère, Private Equity Valley

Voir aussi : Comment sélectionner la bonne offre de Private Equity ?

Sources & références (telles que listées dans l’étude Horizon)
Cette étude s’appuie exclusivement sur des sources publiques reconnues : Rapports globaux : Bain & Company (Global Private Equity Report 2023/2024/2025) ; McKinsey (Global Private Markets Review 2023/2024/2025) ; Preqin (Global Private Capital Reports) ; PitchBook (Global & European Private Capital Outlooks). Données de marché et benchmarks : MSCI (Private Capital & Infrastructure Benchmarks) ; S&P Global Market Intelligence ; The Wall Street Journal (Private Markets). Publications d’acteurs : BlackRock (Private Markets Outlook) ; Blackstone (Private Markets Insights) ; KKR (Global Macro & Private Equity Perspectives) ; Ardian ; Amundi. Cadre réglementaire : AMF ; ESMA ; données macroéconomiques des institutions économiques. Méthodologie : données agrégées publiques, lecture comparative des cycles historiques, mise en perspective patrimoniale. Rappel : les performances passées ne préjugent pas des performances futures ; les private assets comportent des risques spécifiques, notamment de liquidité et de perte en capital.

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