Midterms américaines : quel impact pour les marchés et les épargnants français ?

Par Olivier Malteste, directeur des investissements chez Althéis/Yomoni
Midterms du 3 novembre : quelles majorités au Congrès ?
Les élections américaines de mi-mandat invitent souvent à une lecture simple : une victoire républicaine serait favorable aux entreprises, une victoire démocrate renforcerait les dépenses sociales, tandis qu’un Congrès divisé rassurerait les marchés. Ces raccourcis décrivent mal les choix qui attendent les États-Unis.
Le 3 novembre, les électeurs renouvelleront la Chambre des représentants et une partie du Sénat. Donald Trump restera président. L’enjeu sera donc de savoir avec quelles majorités il pourra gouverner, et quelles décisions nécessiteront un compromis. Le prochain Congrès commencera son mandat le 3 janvier 2027 ; les élus sortants conserveront jusque-là leurs prérogatives.
Au 2 novembre, les démocrates sont favoris pour reprendre la Chambre des représentants. Le Sénat reste plus disputé. Une bascule de la Chambre paraît donc plus solidement anticipée ; le sort du Sénat déterminera notamment la capacité du président à faire confirmer ses nominations.
Une victoire démocrate dans une chambre pourrait bloquer de nouvelles initiatives républicaines. Elle n’effacerait pas les textes déjà adoptés. Même le contrôle des deux chambres ne permettrait pas de contourner librement le veto présidentiel. À l’inverse, une victoire républicaine ne garantirait pas l’adoption de toutes les réformes : une majorité étroite donne un pouvoir considérable à quelques élus.
Pour les marchés, il faudra donc regarder le nombre de sièges, la cohésion des groupes et les premiers engagements de négociation, autant que la couleur politique des chambres.
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Économie américaine : une croissance solide, un pouvoir d’achat sous pression
Le scrutin intervient dans une économie qui conserve de l’élan. La première estimation du PIB fait apparaître une croissance de 3,4 % en rythme annualisé au troisième trimestre. Mais la situation des ménages ne se résume pas à ce chiffre. En septembre, l’inflation atteignait encore 3,7 % sur un an et le salaire horaire réel moyen reculait sur le mois.
Ce décalage aide à comprendre pourquoi une économie en croissance peut coexister avec une forte insatisfaction. Les investissements des entreprises, le prix des actifs et la consommation des ménages les plus aisés peuvent évoluer favorablement sans améliorer immédiatement le budget de tous les foyers.
Le prochain Congrès héritera de cette situation. Ses décisions fiscales et sociales pourront déplacer du pouvoir d’achat entre catégories de ménages, soutenir certaines dépenses ou freiner d’autres activités. Leurs effets dépendront toutefois de leur financement et du contexte inflationniste.
Déficit fédéral : le budget, premier canal de transmission aux marchés
Pour les investisseurs, le budget constitue probablement le sujet le plus important. Le déficit fédéral a avoisiné 2 000 milliards de dollars pendant l’exercice 2026. Ce déséquilibre existe avant le vote et ne disparaîtra pas avec une nouvelle majorité.
Des baisses d’impôts peuvent soutenir les bénéfices et l’investissement. Des dépenses supplémentaires peuvent stimuler la demande. Mais si elles ne sont pas financées, elles augmentent aussi les besoins d’emprunt. L’effet final sur les marchés résulte de ces deux forces : davantage d’activité d’un côté, un financement potentiellement plus coûteux de l’autre.
Un Congrès divisé pourrait limiter de nouvelles initiatives coûteuses. Il pourrait également compliquer les accords indispensables au fonctionnement de l’État. Le financement provisoire des administrations court jusqu’au 11 décembre : cette échéance interviendra avant l’installation des nouveaux élus.
La question se posera évidemment également sur la question des droits de douane.
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Fed et taux longs : comment les déficits pèsent sur obligations et actions
Le résultat électoral ne dictera pas la prochaine décision monétaire. Le 28 octobre, la Réserve fédérale a maintenu ses taux entre 3,75 % et 4 %, alors que deux membres préféraient une hausse. Son arbitrage reste lié à l’activité, à l’emploi et à l’inflation.
Les taux longs répondent à un ensemble plus large de facteurs. Ils incorporent les anticipations monétaires, mais aussi l’incertitude sur l’inflation et la rémunération exigée pour prêter longtemps. Une perspective de déficits plus élevés pourrait faire monter les taux d’intérêt longs et ainsi peser sur les obligations, même si les investisseurs n’anticipent pas de hausse immédiate des taux directeurs.
C’est aussi une question centrale pour les actions. Une entreprise peut bénéficier d’un environnement fiscal favorable tout en voyant sa valorisation pénalisée par un coût du capital plus élevé. Le soutien politique aux bénéfices ne suffit donc pas à déterminer la performance boursière.
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Intelligence artificielle : la rentabilité avant le soutien politique
L’intelligence artificielle sera un autre sujet majeur, mais son avenir ne se décidera pas uniquement dans les urnes. L’État peut faciliter les permis, encourager la production électrique, orienter la fiscalité ou restreindre les exportations de semi-conducteurs. Le plan fédéral publié en 2025 comporte déjà plusieurs de ces orientations.
Le Congrès peut modifier certains moyens et certaines règles mais il ne peut garantir ni la demande des clients, ni la rentabilité des centres de données, ni le rendement des investissements privés.
La bonne question sera donc de savoir si les décisions politiques réduisent les contraintes physiques et économiques du secteur. Construire un centre de données suppose des équipements, de l’électricité, un raccordement et des clients. Pour l’investisseur, il faudra suivre autant ces conditions concrètes que les annonces de soutien à l’innovation.
Une politique favorable à l’investissement peut d’ailleurs accroître la concurrence et les capacités disponibles. Elle ne garantit pas que toutes les entreprises conserveront des marges élevées.
Santé : Medicare, Medicaid et des effets contrastés en Bourse
La santé concentre les enjeux de pouvoir d’achat, de dépenses publiques et de rentabilité. Plusieurs changements sont déjà programmés : les prix négociés d’une nouvelle série de médicaments Medicare doivent s’appliquer en janvier 2027, tout comme de nouvelles conditions d’accès à Medicaid pour certains bénéficiaires.
Une alternance au Congrès pourrait ouvrir des négociations sur ces politiques. Elle ne les suspendrait pas automatiquement.
Il serait surtout trompeur de parler d’une victoire ou d’une défaite de « la santé » en Bourse. Une couverture plus large peut soutenir les volumes de soins et réduire les impayés hospitaliers. Une baisse des prix de médicaments peut bénéficier aux patients et aux financeurs, tout en pesant sur certains laboratoires. Les assureurs doivent, eux, équilibrer primes, remboursements et risques médicaux.
Le résultat électoral devra donc être traduit en mesures précises avant de désigner les gagnants sectoriels.
Épargnant français : l’impact passe par les entreprises, les taux et le dollar
La transmission à la France passe d’abord par les entreprises. Les groupes exposés aux consommateurs américains, aux commandes publiques ou aux échanges transatlantiques suivront les décisions de Washington. Mais exporter vers les États-Unis et produire sur place ne créent pas les mêmes risques.
Elle passe ensuite par les taux. Une tension sur les rendements américains peut influencer les marchés européens. Pour la France, il faudra distinguer la hausse générale des taux de celle du spread entre l’OAT et le Bund. Ces deux mouvements n’ont ni la même origine ni la même signification.
Enfin, le dollar peut amplifier ou effacer une partie de la performance des placements. Un investissement progressant de 8 % en dollars perdrait 2 % en euros si la valeur du dollar en euros baissait simultanément de 10 %, hors couverture et frais.
Une hausse du dollar face à l’euro renchérit aussi, à prix en dollars inchangés, le coût des importations d’énergie facturées dans cette devise. Elle peut ainsi accroître la pression inflationniste dans la zone euro.
Après le vote : ne pas confondre première réaction et vraies inflexions
La réaction initiale des marchés reflétera surtout l’écart entre résultats et attentes. Elle pourra être corrigée lorsque les investisseurs mesureront les majorités et les politiques réellement envisageables.
Il faudra aussi résister à la tentation d’expliquer chaque mouvement par l’élection. Le Trésor américain publiera son programme de financement le 4 novembre ; le rapport sur l’emploi suivra le 6 novembre. Ces événements pourront modifier les perspectives de taux indépendamment du vote.
Pour l’épargnant, l’enjeu sera de comprendre ce qui change dans ses expositions : bénéfices, financement, commerce et devises. Une carte électorale renseigne sur le pouvoir politique. Elle ne constitue pas, à elle seule, une stratégie d’investissement.
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