L’IA agentique ouvre un nouveau chapitre pour le Big Data

Par Edmond de Rothschild Asset Management (France)
L’essor de l’intelligence artificielle (IA) agentique ouvre un nouveau chapitre du cycle technologique. En permettant à des « agents » d’IA d’enchaîner des tâches, de se connecter à des systèmes tiers et de piloter des processus réels, cette vague fait exploser la croissance des données et redéfinit les besoins d’infrastructure, au bénéfice de certains acteurs clés, du edge cloud à la robotique industrielle.
Parallèlement, l’arrivée annoncée de mégaIPO (introduction en bourse) comme SpaceX, Anthropic ou OpenAI ravive le souvenir de la bulle internet et pose la question d’une juste valorisation dans un marché dominé par les flux. Dans ce contexte, comment distinguer les gagnants durables du simple bruit de marché ? Réponse avec Xiadong Bao, Gérant principal du fonds EdR Fund Big Data.
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Une rupture technologique par rapport à l’IA générative
Est-ce que l’IA agentique est à un « point d’inflexion » et en quoi est-ce différent de la vague IA que nous avons déjà connue ?
Premièrement, la grande différence aujourd’hui réside dans le fait que l’IA agentique ne se contente plus de répondre à une requête (comme les chatbots de l’IA générative), elle enchaîne des tâches, interagit avec des systèmes tiers et peut piloter des processus entiers. Cela change la trajectoire de la demande en tokens (les requêtes à traiter), qui devient elle-même déterminante dans l’explosion de la demande de puissance de calcul nécessaire.
Deuxième élément clé, les plans d’investissement des acteurs de l’IA ne sont plus calculés sur la base d’indicateurs financiers comme le Retour sur Capital Investi (ROIC), mais sur la consommation future de tokens. Cela renforce donc la dynamique exponentielle des besoins en puissance de calcul, en capacité de stockage et en bande passante, et remet au centre la question du financement de ces plans de capex (dépenses d’investissement), qui reste largement ouverte. Google a traité 3,2 quadrillions de tokens par mois1, soit 7 fois plus qu’il y a un an.
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Les infrastructures numériques au cœur de la croissance du Big Data
Quelles sont les conséquences de cette nouvelle dynamique sur l’infrastructure ?
Les grands bénéficiaires restent les fournisseurs d’infrastructures les mieux positionnés : edge cloud, réseaux, cybersécurité (comme Akamai2) et, en aval, les acteurs capables d’ancrer cette puissance de calcul dans le monde physique, notamment via la robotique industrielle.
La logique reste la même : si la demande en puissance de calcul et en données s’envole, c’est parce que l’IA est en mesure de piloter des processus réels.
Des sociétés comme Fanuc2 bénéficient d’un environnement où les robots deviennent les exécutants privilégiés de ces agents d’IA, alors que la quantité de données issues des chaînes de production augmente très rapidement. Autrement dit, l’IA agentique ne contribue pas uniquement à créer des tokens, elle génère également une demande pour une robotique plus intelligente, plus dense et plus étendue.
Nous avons investi dans Fanuc2 il y a près de deux ans. Leader mondial de la robotique industrielle (un robot sur cinq installé dans le monde est un robot Fanuc3), l’entreprise dispose d’un accès unique à des données industrielles réelles, indispensables pour entraîner les algorithmes d’IA.
Cela lui permet d’être à la pointe dans de nouveaux domaines comme la maintenance prédictive, alors que son modèle d’affaires reste porté par des thématiques connexes comme la raréfaction de la main d’œuvre ou les relocalisations.
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Comment appréhendez-vous les IPO comme SpaceX, Anthropic, OpenAI ?
Nous pouvons d’ores et déjà souligner le caractère démesuré des opérations envisagées. Si l’on prend pour parallèle la bulle internet de 1995-2000, près de 800 milliards de dollars de capitalisations boursières avaient été financés via des IPOs sur les marchés américains.
Aujourd’hui, avec la seule IPO de SpaceX, nous dépassons déjà ces niveaux de valorisation. Et nous devrions observer des ordres de grandeur comparables pour les IPOs d’Anthropic ou d’OpenAI – alors même que les capacités d’autofinancement de ces trois acteurs restent limitées.
Nous sommes incontestablement dans un marché de flux, où le prix des actifs reflète avant tout le jeu de l’offre et de la demande de papier au moment de l’IPO et reste assez éloigné des fondamentaux. Ce type d’environnement appelle, de notre point de vue, à la plus grande prudence. D’ailleurs les opérations de clarification autour du capital et des actionnaires (housekeepings) d’Anthropic commencent à nous alerter sur les risques de sur-valorisation sur le marché privé4.
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Pourquoi les logiciels spécialisés restent attractifs
Dans ce contexte de capex massif sur la partie infrastructure, et de risque de disruption du côté des logiciels, pourquoi encore s’intéresser à ce segment de marché ?
Nous voyons aujourd’hui le secteur du logiciel comme l’histoire de deux mondes. D’un côté, les éditeurs verticalisés, orientés vers les grandes entreprises, sont selon nous les grands gagnants potentiels de l’IA : leurs données métiers, en temps réels, sont très difficiles à répliquer et constituent un avantage compétitif durable. À l’inverse, les logiciels horizontaux, les challengers et les offres génériques pour PME évoluent dans un environnement beaucoup plus concurrentiel.
Notre fonds EdR Fund Big Data est positionné en conséquence : nous conservons environ 28 % du fonds dans le software (qui corresponds à notre pilier thématique Data Analytics) mais 65 % de cette exposition se concentre sur la cybersécurité et les logiciels verticalisés5. Nous estimons être du bon côté de l’histoire, avec des valorisations et des perspectives qui n’avaient pas été aussi attractives depuis longtemps.
Le marché commence d’ailleurs à mieux différencier les acteurs, comme en témoigne la surperformance relative du fonds d’environ 6,5 % ce mois-ci6, portée notamment par Datadog et Check Point7.
Contrairement aux craintes autour des start-up « AI-native » et des outils en libre-service, l’environnement actuel (financements plus rares, coûts marketing élevés, marchés déjà hyperconcurrentiels) favorise plutôt les éditeurs cotés et les grands groupes de services informatiques, qui disposent déjà d’une distribution établie, de financements solides et de la confiance des clients. Ces acteurs peuvent se « plateformiser » en intégrant des modules d’IA, des workflows et en valorisant leurs données, tandis que les sociétés de services informatiques qui peuvent proposer des solutions d’IA sur mesure (« DIY guidé ») pour améliorer leurs marges.
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Une nouvelle phase de croissance pour l’écosystème Big Data
L’essor de l’IA agentique ne se limite pas à une amélioration des outils existants. Il élargit le marché adressable de nombreux secteurs technologiques, depuis les infrastructures numériques jusqu’à la robotique industrielle en passant par les logiciels spécialisés.
Pour les investisseurs, l’enjeu consiste désormais à identifier les entreprises capables de transformer durablement cette révolution technologique en croissance rentable. Dans cette nouvelle phase du cycle numérique, la qualité des données, les infrastructures critiques et la capacité à intégrer efficacement l’intelligence artificielle pourraient devenir les principaux facteurs de différenciation.
Les agents d’IA élargissent le marché du logiciel
En résumé, le logiciel n’est pas en train de mourir : avec l’arrivée des agents d’IA, son marché adressable est en passe de s’élargir. Nous anticipons une consolidation autour d’acteurs de taille significative, capables d’exécuter efficacement sur l’IA et la distribution, et c’est précisément ce type de titres que nous privilégions au sein du fonds EdR Fund Big Data.
Réponses de Xiadong Bao, Gérant principal du fonds, EdR Fund Big Data* chez Edmond de Rothschild Asset Management (France)
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