Alan Greenspan, la naissance de la banque centrale moderne


La disparition le 22 juin d'Alan Greenspan à l'âge de 100 ans marque la fin d'une époque. Pendant près de 19 ans, de 1987 à 2006, il a dirigé la Réserve fédérale américaine et accompagné l'une des plus longues phases de croissance de l'histoire moderne des États-Unis.

Alan Greenspan, le « Maestro » qui a marqué l'histoire de la Réserve fédérale
Il « Maestro »
Celui que les marchés surnommaient le « Maestro » était aussi célèbre pour son goût de l'ambiguïté. « Si je vous ai paru particulièrement clair, c'est que vous avez probablement mal compris ce que j'ai dit », plaisantait-il régulièrement. Derrière cette formule se cachait une conviction profonde : la politique monétaire est aussi une affaire d'anticipations, et parfois le silence ou la nuance sont plus puissants que les certitudes affichées.
Pour beaucoup, Greenspan restera le symbole de la « Grande Modération », cette période durant laquelle inflation, chômage et volatilité économique semblaient durablement maîtrisés. Sous son mandat, l'inflation américaine est restée relativement stable, la croissance a été robuste et les marchés financiers ont connu un essor spectaculaire.
Mais son héritage dépasse largement ces résultats macroéconomiques.
Comment Alan Greenspan a transformé le rôle de la Réserve fédérale
Du gardien de l'inflation au gardien des marchés
Avant Greenspan, le rôle principal d'une banque centrale était relativement clair : préserver la stabilité monétaire, lutter contre l'inflation (et maintenir le plein emploi pour la Fed).
Sous son mandat, une nouvelle idée s'est progressivement installée dans l'esprit des investisseurs : en cas de choc majeur, la Fed interviendrait pour stabiliser les marchés.
Le krach boursier de 1987 constitue un moment fondateur. Quelques semaines seulement après sa prise de fonction, Greenspan rassure les marchés et fournit les liquidités nécessaires au système financier. Le même schéma se reproduira lors de la crise asiatique de 1997, de l'effondrement du fonds LTCM en 1998, de l'éclatement de la bulle internet puis après les attentats du 11 septembre 2001 (cf. le graphique du S&P 500 sous « son règne »).
Progressivement naît ce que les marchés baptiseront le « Greenspan Put » : la conviction que la banque centrale viendra toujours amortir les chocs les plus importants.
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Le « Greenspan Put », un tournant pour les marchés financiers
Une réussite... et le début d'un débat
À court terme, cette approche semble fonctionner. Les récessions sont moins fréquentes, les crises financières sont contenues et les marchés retrouvent rapidement leur équilibre. Mais cette stratégie ouvre également un débat qui reste d'actualité vingt ans après son départ.
En protégeant régulièrement le système financier des conséquences les plus sévères des crises, les banques centrales encouragent-elles indirectement davantage de prise de risque ?
Greenspan lui-même avait identifié certains excès. Dès 1996, il évoquait la célèbre « irrational exuberance » des marchés actions. Pourtant, la bulle internet continuera de gonfler pendant plusieurs années avant d'éclater. Après la récession de 2001, la Fed abaissera ses taux jusqu'à 1%, contribuant à alimenter l'expansion du crédit et, selon certains économistes, les déséquilibres immobiliers qui précéderont la crise de 2008.
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L'héritage d'Alan Greenspan sur les banques centrales et la politique monétaire
Un héritage toujours visible
Il serait excessif d'attribuer à Alan Greenspan la responsabilité de toutes les dérives financières qui ont suivi. Les innovations financières, la mondialisation de l'épargne, la dérégulation bancaire ou les déséquilibres internationaux ont également joué un rôle majeur. Mais son mandat a profondément transformé la relation entre les marchés et les banques centrales.
Jerome Powell, Christine Lagarde ou leurs homologues évoluent encore aujourd'hui dans un cadre largement hérité de cette période : celui où la stabilité financière est devenue presque aussi importante que la stabilité des prix.
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Conclusion
L'héritage d'Alan Greenspan est finalement celui d'une réussite devenue un dilemme.
En contribuant à stabiliser l'économie américaine, il a renforcé la confiance des investisseurs dans la capacité des banques centrales à amortir les crises. Mais cette confiance est progressivement devenue une dépendance.
Et c'est peut-être là que réside sa marque la plus durable sur les marchés : avoir fait de la banque centrale non plus seulement l'arbitre de l'inflation, mais l'un des acteurs centraux du fonctionnement des marchés financiers eux-mêmes.
RIP Mr Greenspan…
Gérald Grant, Fundesys
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